Dans le monde de l’énergie, on ne peut pas dire que les dernières semaines aient été particulièrement réjouissantes. Contrairement au discours ambiant, la crise énergétique née de la guerre contre la République islamique d’Iran ne va pas forcément accélérer la transition énergétique et l’abandon des énergies fossiles. Elle va d’abord commencer par appauvrir les populations, ralentir l’activité économique et donc les investissements. Elle va même se traduire par un retour en grâce du charbon… ce qui ne va pas exactement dans le sens de la transition
Si on ajoute, en France, le passage en force il y a un mois du gouvernement Lecornu avec la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3), il n’y a aucune raison de se féliciter. Rappelons que la PPE3 revient à gaspiller dans les prochaines années des dizaines de milliards d’euros pour subventionner et produire une électricité renouvelable dont le pays n’a pas besoin. Il produit d’ores et déjà et en surabondance une électricité décarbonée à plus de 95%. Le gouvernement ferait mieux de consacrer cet argent, que le pays surendetté n’a pas, à accélérer la transition et à promouvoir des renouvelables non intermittents tels que la géothermie et l’hydraulique.
Une météorologie très favorable à l’hydraulique
Justement, dans ce paysage il y a tout de même une bonne nouvelle. La première source d’énergie renouvelable du pays, l’hydraulique, se porte très bien par la grâce d’une météorologie favorable. Lors de la crise énergétique de 2022, liée à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la sécheresse avait limitée la production hydroélectrique et aggravé la situation. En 2026, ce ne sera pas le cas, au contraire. Il est tombé cet hiver deux fois plus de pluie qu’en moyenne sur les cinq dernières années. Au passage, c’est aussi une bonne nouvelle pour la production nucléaire qui utilise beaucoup d’eau dans ses circuits de refroidissement.
L’an dernier, la France a produit 68,1% de son électricité avec son parc nucléaire, 11,4% avec son parc hydraulique, 9,1% avec l’éolien et 6% avec le solaire. La capacité de production du parc hydraulique installé est de 25,7 GW et la production a atteint l’an dernier 62,4 TWh. Elle a été conforme à la moyenne des dernières années mais a baissé par rapport à 2024 (-12,9 TWh et – 17,2%) qui a été une année exceptionnelle avec près de 14% du total en bénéficiant de précipitations très abondantes qui avaient permis un niveau sans précédent de production depuis 2013. On peut espérer cette année une production supérieure à celle de 2025 compte tenu du niveau des précipitations en ce début d’année. Le remplissage des bassins en amont se fait en grande partie au début de l’année.
L’hydraulique est renouvelable… et pilotable en fonction de la demande
Cela est d’autant plus important que contrairement aux renouvelables intermittents éolien et solaire, l’hydraulique est dit pilotable. C’est-à-dire que son utilisation peut être ajustée à la demande et ne dépend pas exclusivement de la météorologie, en l’occurence le régime des vents et l’ensoleillement. En outre, la production hydroélectrique est la plus rapide à être activée en cas de besoin. Cela prend une poignée de minutes pour lâcher l’eau des barrages et faire tourner les turbines. Autre avantage, l’hydraulique contribue grandement à la stabilité des réseaux électriques avec l’inertie électro-mécanique considérable des grandes turbines des barrages. Ce que ne permet pas l’éolien et le solaire. Ce n’est pas pour rien si l’Agence internationale de l’énergie (AIE) avait qualifié il y a plusieurs années l’hydraulique de « géant endormi ».
Autre bonne nouvelle, la France va enfin pouvoir recommencer à investir dans la modernisation de ses barrages après l’accord trouvé enfin avec la Commission européenne. Cela devrait se traduire par une augmentation des capacités de production hydroélectriques qui sont stagnantes depuis des années. Les barrages français vont passer, au nom de la concurrence exigée par la Commission européenne, du régime des concessions à celui d’autorisations d’exploitation données sur longues périodes, plusieurs décennies. Cela permettra de rentabiliser les investissements.
Moderniser les barrages n’est pas la priorité de la PPE3…
EDF, qui exploite les trois quarts des barrages du pays, s’en réjouit et pourra enfin moderniser son outil. Le groupe public prévoit d’investir plus de 4,5 milliards d’euros dans des travaux sur ses barrages d’ici à 2035. Et cela même si EDF devra mettre à disposition 6 gigawatts (GW) de cette capacité de production à des fournisseurs tiers. Le système absurde de concurrence artificielle exigé par la Commission européenne… dont la politique énergétique est depuis des années le modèle de ce qu’il ne faut pas faire. Mais il n’y a pas moyen d’y échapper et de toute façon les technocrates bruxellois sont irresponsables dans tous les sens du terme.
En tout cas, cette réforme a été inscrite dans une proposition de loi récemment approuvée par l’Assemblée, et dont les sénateurs doivent se saisir début avril. Cela devrait permettre, selon les projections de la trop fameuse PPE3, de voir les capacités hydroélectriques passer à 28,7 GW d’ici 2035, une augmentation d’un peu moins de 12%. Un objectif limité au regard du potentiel de développement d’au moins 20%, mais le gouvernement et l’appareil d’Etat privilégient les renouvelables intermittents qui coûtent plus cher, très cher même à EDF, qui reviennent à privatiser la production électrique du pays et qui déstabilisent les réseaux et malmènent le parc nucléaire contraint de moduler sa production. Il faut croire que le lobby hydraulique n’a pas du tout le même poids que celui des renouvelables intermittents…
Les STEP, le meilleur moyen de stocker l’électricité à grande échelle
Il serait pourtant extrêmement judicieux de développer des STEP (Stations de transfert d’énergie par pompage) qui est le meilleur moyen de stocker de l’électricité à grande échelle. Bien plus performant, bien plus pérenne et bien plus réaliste que les gigantesques parcs de batteries que nous promettent les promoteurs solaires et éoliens et leurs relais politiques et médiatiques.
Justement, il existe à Rédenat, en Corrèze, une STEP dont le chantier est à l’abandon depuis 40 ans, un gaspillage dont la France a le secret… Elle aurait dû être la deuxième plus importante Station de transfert d’énergie par pompage du pays. François Mitterrand avait décidé pour d’obscures raisons politiciennes d’arrêter le chantier. Nicolas Sarkozy a un temps poussé à sa relance et EDF avait commencé en 2008 à assécher les tunnels déjà créés, préalable indispensable à la reprise du chantier. Mais comme d’habitude, il a manqué le courage politique. Il serait peut-être temps d’en faire preuve… On peut toujours rêver.













