A en croire le lobby des renouvelables intermittents et bon nombre d’institutions internationales et d’organisations écologistes, la transition de l’ensemble du système énergétique mondial vers l’électricité solaire et éolienne est seulement une question de temps. Cette transformation radicale est à notre portée, une fois les obstacles politiques surmontés. Il s’agit en quelque sorte de la renaissance sous une autre forme du fameux sens de l’histoire cher aux marxistes de tous poils du siècle dernier.
Mais on se trouve plus dans le domaine de la foi que de la réalité économique et technologique. Il suffit juste de mesurer ce qu’impliquerait une telle transition. Il faut pour cela balayer plusieurs légendes urbaines. A commencer par l’affirmation sans cesse répétée selon laquelle le solaire et l’éolien sont désormais les sources d’énergie les moins chères. Cela n’est vrai que si l’on ignore le fait que le principal inconvénient de ces sources d’énergie, à savoir leur intermittence, est compensé par le système électrique existant, principalement alimenté par des combustibles fossiles, et en France par le nucléaire. Celui-ci fournit la charge de base de la production d’électricité continue, condition nécessaire à un approvisionnement en électricité 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Sans un système électrique conventionnel et avec un réseau entièrement alimenté par des renouvelables intermittents, il ne pourrait fonctionner qu’en stockant massivement l’électricité ce qui nécessiterait des millions de batteries et ce qui augmenterait énormément le coût des énergies renouvelables. Il faudrait aussi des capacités de production considérables compte tenu d’un facteur de charge (production à puissance nominale des équipements sur l’année) très faible. Il est en moyenne sur l’année en France selon RTE de 14% pour le solaire photovoltaïque, de moins de 25% pour l’éolien terrestre et de moins de 35% pour l’éolien marin. Et cela sans parler des problèmes de dimensionnement et surtout de sécurité et de stabilité du réseau électrique que les renouvelables intermittents ne peuvent assurer avec une production aléatoire et surtout faute d’inertie électromécanique.
L’électricité, c’est seulement 21% de la consommation d’énergie dans le monde
Dans l’état actuel des choses, les renouvelables ne représentent que 14% de la consommation mondiale d’énergie tout compris (hydraulique, biomasse, éolien, solaire, géothermie…). Et cette production d’énergie renouvelable est encore assurée en bonne partie par l’hydraulique qui n’est pas intermittent mais pilotable. Si les énergies renouvelables intermittentes venaient à être développées à très grande échelle pour remplacer totalement les centrales thermiques et même nucléaires, nous verrions alors le coût réel de ces technologies alternatives et de toutes les infrastructures nécessaires pour pallier leur intermittence exploser.
Elles occupent des surfaces importantes car leur production est peu intensive par rapport aux centrales thermiques, hydroélectriques et nucléaire. Elles nécessitent de ce fait à puissance égale des quantités beaucoup plus importantes de matériaux, matières premières et énergies fossiles pour fabriquer les équipements, les transporter, les installer et les entretenir. Une seule éolienne ce sont des centaines de tonnes de béton et d’acier. La fabrication des panneaux photovoltaïques demande des quantités importantes de terres rares et métaux dits stratégiques et consomme beaucoup d’électricité, provenant en Chine, où sont produits 80% des panneaux, provenant avant tout de centrales à charbon…
Autre légende urbaine à balayer, l’électrification des usages et le poids réel de l’électricité dans la consommation énergétique. L’électricité, qui est un vecteur d’énergie qu’il faut produire, pas une source d’énergie, ne représente que 21% de la consommation totale d’énergie dans le monde (27% en France). Un réseau entièrement renouvelable ne réduira que très légèrement notre dépendance aux combustibles fossiles. Bien que l’objectif idéal soit d’électrifier autant de processus non électriques que possible, cela ne peut se faire en l’état actuel de la technologie que dans une certaine mesure.
Pas de renouvelables sans fossiles…
L’industrie lourde, sidérurgie, cimenteries, chimie, verrerie… et les transports sur longue distance, maritime et aérien notamment, ne peuvent pas aujourd’hui passer à l’électrique. Les quelques technologies qui pourraient un jour permettre de le faire sont expérimentales. Même si des substituts sans carbone sont techniquement possibles, leur mise en œuvre nécessitera la création de nouvelles filières industrielles subventionnées et protégées car non compétitive pour une longue période.
Mais sans doute le plus problématique avec les renouvelables intermittents est paradoxalement leur qualification de renouvelables. Compte tenu du fait que le vent et le rayonnement solaire qui les alimentent et leur permettent de produire de l’électricité décarbonée sont fournis gratuitement et presque perpétuellement par la nature, ils sont qualifiés de renouvelables et sont parés de toutes les vertus. S’ils ont des qualités certaines et aussi des défauts, les panneaux photovoltaïques et les éoliennes terrestres sont également et surtout des machines fabriquées à partir de ressources non renouvelables. Ils sont le produit de l’industrie minière et de l’industrie lourde, au même titre qu’un moteur à combustion interne. Leur seul avantage est qu’ils n’émettent pas de carbone pendant leur fonctionnement. Mais ils en émettent lors de leur fabrication, leur installation, leur maintenance et leur démantèlement. Et tous ses aspects de leur existence dépendent des combustibles fossiles.
La question est de savoir si cela changera un jour, c’est-à-dire si un panneau solaire sera un jour fabriqué en utilisant uniquement des renouvelables. En l’état actuel des technologies, on peut juste dire que cela ne sera certainement pas le cas dans un avenir proche.
Les éoliennes, les panneaux solaires et les batteries s’usent
Le fond du problème n’est donc pas de savoir si l’énergie solaire ou éolienne est bon marché, ni s’il sera techniquement possible d’étendre l’utilisation de ces technologies pour décarboner l’ensemble des économies. La vraie question est de savoir quel sera le coût environnemental de l’extraction minière, du raffinage des métaux, de la fabrication des composants, de la pollution inévitable, des déchets toxiques… pour créer les millions de panneaux solaires, d’éoliennes et de batteries. Et n’oublions pas un autre fait : ces machines s’usent et doivent être remplacées, tous les vingt ans environ dans le cas des panneaux solaires et des éoliennes et moins d’années encore dans le cas des batteries. Quel que soit le coût environnemental de la transition, il devra être payé encore et encore…
Le réchauffement climatique représente une vraie menace pour la biosphère et donc pour la survie de l’humanité. Il faut y faire face. Mais sans se bercer d’illusion et croire aux solutions miracles et faciles. Le premier pas dans la bonne direction consiste à regarder les réalités technologiques et économiques en face. Les renouvelables intermittents offrent des réponses pour décarboner la production d’électricité notamment quand les conditions météorologiques et géographiques leur sont favorables et qu’ils permettent alors de remplacer des productions électriques très émettrices de gaz à effet de serre (charbon, fioul, gaz). Mais ils ne sont en aucun cas une solution miracle et la condition sine qua none de l’électrification des usages. Ceux qui accréditent cette thèse sont soit très naïfs, soit y trouvent un véritable intérêt économique.














