On sait depuis longtemps, même si cela est contraire aux discours répétés à l’envi par les politiques, les médias et les écologistes, que les mesures prises dans les grandes agglomérations pour lutter contre la pollution atmosphérique s’apparentent souvent à de la poudre aux yeux. Et cela pour de multiples raisons. Parce que les mesures en question ciblent uniquement la circulation automobile et que cette dernière est responsable d’une partie relativement limitée des émissions de particules fines et, il est vrai, d’une partie plus importante de la pollution à l’oxyde d’azote.
Mais le principal problème pour la santé publique, de loin, ce sont bien les particules fines et ses dernières voyagent sur des centaines de kilomètres. La démonstration en a été faite en grandeur réelle au cours de l’année 2020 marquée par la pandémie de Covid quand sur les trois alertes aux particules fines dans l’agglomération parisienne, deux sont intervenues pendant les confinements marqués par une chute drastique de la circulation automobile. Cela aurait dû porter un sérieux coup à l’intérêt des Zones à faibles émissions (ZFE) que le Conseil constitutionnel a pourtant sauvé cette année de la disparition au mépris du vote du Parlement et de la volonté des Français, mais à la grande satisfaction du gouvernement Lecornu. La démocratie française est vraiment malade…
Les Zones à trafic limité ne servent à rien
A côté des ZFE, il existe un autre dispositif contraignant qui s’appelle Zones à trafic limité (ZTL). Et une étude réalisée très récemment par deux étudiantes, l’une, Fiona O’Brien, du Master of Science and Technology de l’école Polytechnique de Paris et l’autre, Emma Jung, de l’Université technique de Munich, montre que la ZTL de Paris s’est traduite par une dégradation de la qualité de l’air dans la ville… L’étude en question intitulée « Impact of Low Emission Zones on Urban Mobility and the Environment », a été sélectionnée en mai dernier par la Transport Research Arena (TRA), le plus grand congrès européen sur l’innovation dans les transports, et sera publiée par Springer Nature à la fin de l’année.
L’étude a comparé le trafic automobile, la fréquentation du métro, l’usage du vélo et la qualité de l’air dans les différents arrondissements de Paris avant et après l’introduction de la ZTL. Si la circulation a bien diminué dans la zone, la qualité de l’air, elle, s’est dégradée à l’échelle de la ville, suggérant un report des embouteillages, de la circulation et des émissions polluantes en périphérie, à quelques kilomètres.
Aucun impact à l’échelle d’une ville
« L’analyse révèle que le trafic au sein de la ZTL a diminué d’environ 33,5 véhicules par heure après sa mise en place, une baisse statistiquement significative. En revanche, les variations de la fréquentation du métro et de l’usage du vélo ont été plus faibles et non statistiquement significatives. La qualité de l’air s’est dégradée à l’échelle de la ville suite à l’instauration de la ZTL : les concentrations de PM2,5 ont augmenté de 0,529 μg/m³ dans les zones concernées par rapport aux zones témoins, une hausse significative au seuil de 99,9 %. Ces résultats suggèrent que la ZTL a pu entraîner un déplacement de la congestion et des émissions vers les zones avoisinantes… ».
Une fois encore la démonstration est faite, la pollution atmosphérique ne se contrôle pas et ne se régule pas à l’échelle d’une ville. Elle se déplace tout comme le trafic routier d’ailleurs.
Cela fait irrésistiblement penser aux recommandations des municipalités quand il y a une alerte aux particules fines, notamment en région parisienne. Elle consiste à interdire la circulation d’une partie des véhicules et à inciter les populations à emprunter les transports en commun ou à utiliser la marche et le vélo, c’est-à-dire à respirer encore plus de particules. Et il y a encore plus grave que cela. Avant qu’une chape de plomb ne s’abatte sur des informations qui déplaisent, l’organisme Airparif avait montré que la concentration la plus élevée de particules fines en région parisienne, même supérieure à celle existant aux abords du périphérique, se trouvait dans les stations souterraines du métro et du RER…













