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Paris Wikimedia Commons

Les effets des confinements sur la qualité de l’air ont été très exagérés

Les confinements ont permis de mener une expérience sans précédent en grandeur réelle. Mesurer l’impact réel des transports sur la pollution atmosphérique dans les villes. Conclusion, si la circulation routière contribue évidemment à répandre des particules fines, du dioxyde d’azote et de l’ozone dans l’atmosphère, c’est dans des proportions bien moindres que l’affirment sans cesse les adversaires des véhicules motorisés. Et parfois, les effets sont marginaux. Ainsi, les proclamations d’une baisse spectaculaire de la pollution atmosphérique au début de l’année 2020 étaient très exagérées. Les graphiques d’Airparif pendant les deux confinements le montre tout comme une étude récente de chercheurs de l’Université de Birmingham sur 11 grandes villes dans le monde.

Le problème avec le simplisme est qu’il déforme parfois tellement la réalité qu’il ne permet plus de s’attaquer vraiment aux problèmes. Tout au plus de les effleurer. La question de la pollution atmosphérique dans les grandes villes en est un bon exemple.

Tout d’abord, et contrairement à de nombreuses idées reçues, elle a beaucoup baissé au cours des dernières décennies. Ensuite, si la circulation automobile a un impact indéniable, elle n’est pas de loin la seule et principale cause de phénomènes complexes. Les confinements ont été une expérience sans précédent en grandeur réelle qui a permis de le démontrer. Faut-il encore accepter des faits qui ne correspondent pas au discours automatique.

Deux alertes majeures aux particules fines à Paris pendant les deux confinements

Ainsi, l’agglomération parisienne aura connu deux alertes majeures à la pollution aux particules fines pendant le premier et le deuxième confinement. Il y aura eu en tout trois pics de pollution aux particules fines l’an dernier à à Paris, dont deux pendant les confinements marqués pourtant par des baisses sensibles de la circulation routière. Le premier le 28 mars, le second les 26 et 27 novembre.

Toujours dans l’agglomération parisienne, si les émissions de dioxyde d’azote semblent elles bien évoluer en corrélation avec le niveau de circulation automobile, il n’en est rien des particules fines qui sont cancérogènes et dont on affirme depuis des années qu’elles proviennent notamment des motorisations diesel. Mais depuis quelques mois, les communications officielles insistent surtout sur les niveaux de dioxyde d’azote. Ce polluant proviendrait à Paris pour 61% de la circulation automobile, selon les chiffres officiels. Et sa quantité dans l’atmosphère parisienne a bien diminué pendant le premier confinement de 28% en mars, 48% en avril et 44% en mai.

Le problème est que si le dioxyde d’azote est nocif pour la santé, il présente rarement un seuil critique… contrairement aux particules fines. La concentration dans l’air de dioxyde d’azote n’a déclenché le «seuil d’information» en Ile-de-France que seulement deux fois depuis 2015 contre 39 fois pour les particules fines…

Les niveaux de dioxyde d’azote ont baissé et les niveaux d’ozone ont augmenté!

Ce constat n’est pas seulement spécifique à l’agglomération parisienne. Dans un article publié par The Conversation au Royaume-Uni, deux chercheurs de l’Université de Birmingham, spécialisés dans la chimie et la science atmosphérique, montrent que les annonces d’une amélioration spectaculaire de la qualité de l’air dans les villes pendant le premier confinement étaient pour la plupart très exagérées…

Ils écrivent que les premières études et comparaisons faites sur la pollution atmosphérique pendant le confinement et avant et après «étaient trompeuses».

Ainsi, une étude a affirmé que les émissions de dioxyde d’azote avaient baissé de 90% à Wuhan. «Mais cette comparaison n’a pas de valeur. La météorologie affecte aussi les niveaux de pollution en dispersant, par exemple, les émissions provenant des villes. Plus de carburants fossiles sont brûlés pendant l’hiver pour le chauffage qu’au printemps et les polluants réagissent différemment dans l’atmosphère sous différentes conditions d’ensoleillement et de températures. Cela se traduit par le fait que les niveaux de pollution atmosphérique varient selon les saisons. Ces différents facteurs limitent l’influence d’un évènement unique sur la concentration de polluants dans l’atmosphère».

Les chercheurs de l’Université de Birmingham ont isolé l’impact des confinements sur la qualité de l’air dans onze grandes villes: Beijing, Wuhan, Milan, Rome, Madrid, Londres, Paris, Berlin, New York, Los Angeles et Delhi. Leur étude prend en compte les niveaux de dioxyde d’azote, de particules fines de taille inférieure à 2.5 micromètres (PM2.5) et d’ozone. Ces polluants ont tous des effets néfastes sur la santé humaine.

Dans toutes les villes étudiées, le niveau de dioxyde d’azote a baissé durant le confinement, «mais l’effet était plus faible que celui mesuré avant et après le confinement. A Wuhan, par exemple, les concentrations de dioxyde d’azote ont baissé de 47% pendant la seconde et la cinquième semaine de confinement. Mais une partie de cela était dû à la météorologie et au changement de saison et ce serait produit de toute façon. Le confinement seul a compté pour 34%».

Plus de particules fines à Beijing, Londres et Paris

Par ailleurs, et cela semble paradoxal, les niveaux d’ozone ont augmenté dans la plupart des villes pendant le confinement de 2% à 30%. L’ozone qui se situe au niveau du sol, contrairement à la couche qui se trouve à 20 kilomètres d’altitude, est un polluant qui se forme quand les hydrocarbures et le dioxyde d’azote réagissent à la lumière du soleil.

Enfin, le confinement a fait en général baisser les niveaux de particules fines PM2.5 qui proviennent en partie de la circulation routière. Mais ce n’est pas le cas à Beijing, Londres et Paris. Dans ces villes, des niveaux très élevés de particules ont même été enregistrés pendant les confinements. L’explication est relativement simple. Les particules fines proviennent avant tout du chauffage résidentiel, de l’agriculture et se déplacent sur des centaines de kilomètres voire des milliers de kilomètres. La circulation automobile joue un rôle mais assez limité contrairement à ce qui est dit en permanence. Une étude d’Airparif de 2017 montre qu’en hiver et en automne, la contribution de l’automobile aux émissions de particules fines serait de 15% en Ile-de-France et de 25% en été.

Pour les chercheurs de l’Université de Birmingham, «les confinements ont par inadvertance permis une expérimentation mondiale qui a fourni un air plus pur à des millions de personnes. La seule réduction des émissions de dioxyde d’azote a permis des bienfaits généralisés pour la santé. Mais cela a été contrebalancé par des augmentations d’ozone et bon nombre de changements ont été bien plus limités que ce que nous pensions. Cela illustre combien il est difficile de réduire la pollution de l’air».

La rédaction

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