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Les transports en commun, une autre victime du coronavirus

Metro Paris station Etoile wikimedia commons

La relation avec les transports en commun pourrait profondément changer avec la pandémie. Ils pourraient maintenant être considérés durablement comme risqués car vecteurs de transmission des infections. La conséquence pourrait en être à la fois une diminution des déplacements en ville et un recours plus important à la voiture individuelle.

A en croire Moovit, l’utilisation des transports en commun a baissé de plus de 80% dans les grandes villes européennes et américaines depuis le 15 janvier. Les données de Moovit sont construites à partir du comportement des 750 millions d’utilisateurs de son application. Même si elles ne sont pas un reflet exact de la réalité, elles montrent comment la pandémie de coronavirus a arrêté net la majeur partie des activités dans les métropoles et plus particulièrement les transports collectifs. Au temps de la distanciation sociale, partager un train, un bus, un tramway ou une rame de métro n’est pas exactement recommandable.

Au début du mois d’avril, l’utilisation des moyens de transport traquée par Moovit (les bus, les trains, les métros, les tramways et même les mobilités partagées comme les vélos et les trottinettes) était en baisse de 86% à Paris, 71% à New York City, 89% à Rome, 88% à Madrid, 72% à Berlin et 37% à Singapour.

Perçus comme un danger sanitaire

Une telle désaffection, particulièrement soudaine, pour les transports collectifs laissera des traces. «Nous nous démenons tous aujourd’hui pour réussir à communiquer virtuellement. Ce faisant, nous en apprenons bien plus sur les situations dans lesquelles les déplacements peuvent être évités sans perdre beaucoup dans le fait de ne plus être les uns face aux autres», souligne Michael Gerrard, directeur du Sabin Center for Climate Change Law de l’Université de Columbia. «Beaucoup de ses nouveaux comportements que nous adoptons par nécessité vont rester», ajoute Michael Liebreich qui dirige un cabinet spécialisé dans l’analyste des questions de transport et d’énergie.

Ce qui peut changer au lendemain de la pandémie est la croyance plutôt générale selon laquelle les transports en commun sont bons pour la planète et donc pour les personnes. Ils vont aussi être maintenant perçus comme un danger sanitaire et un vecteur de transmission d’infections. On pourrait revenir des décennies en arrière, quand les transports en commun étaient considérés comme une option quand il n’y avait pas d’alternative individuelle. Les transports publics étaient alors destinés aux personnes qui avaient le moins de moyens et défendus avant tout par les militants de l’environnement. Si la crainte des épidémies et des infections perdure dans les mois et même les années à venir, les personnes vont privilégier logiquement la sécurité. Elles préféreront ne plus se déplacer ou le faire dans leur propre espace plutôt que dans un train ou un bus. Et leur propre espace sera avant tout leur voiture.

Les promoteurs de mobilités collectives, qui considèrent que la propriété privée des véhicules est une aberration écologique et économique qu’il faut éliminer, risquent de connaître un difficile retour à la réalité. Au lieu de se débarrasser de voitures coûteuses, polluantes et encombrantes et de privilégier les transports publics, le covoiturage, la location et le partage, le réflexe de préservation pourrait bien être de revenir à un cocon protecteur bien à soi.

Maitriser son environnement immédiat

Cela ne veut pas dire que les véhicules électriques voire même autonomes sont condamnés. Au contraire même. Les constructeurs automobiles, s’ils survivent à la récession, auront une nouvelle vague d’acheteurs à la recherche de véhicules confortables, sécurisants, efficaces sur le plan énergétiques et surtout accessibles. La récession mondiale qui s’annonce aura de sévères conséquences sur le pouvoir d’achat des automobilistes et sur les comportements des consommateurs. L’ostentation devrait passer de mode pendant quelques temps.

Il est en tout cas indéniable que conduire sa propre voiture et mieux maîtriser son environnement immédiat apportent une certaine sécurité lors d’une pandémie comme celle que nous traversons. C’est ce que beaucoup de citadins ont compris. Tout comme leurs prédécesseurs dans l’histoire durant des épidémies de typhus et de peste bubonique, les Parisiens et les New-Yorkais aisés ont fui les métropoles surpeuplées et confinées, la plupart du temps en voiture, vers leurs résidences secondaires.

Et il ne s’agit pas forcément d’un nouvel épisode purement anecdotique de la lutte des classes. La concentration toujours plus grande d’habitants dans les métropoles a sans doute atteint ses limites, en tout cas dans les pays riches. Les statistiques le montre, les pandémies touchent surtout les villes monde où les gens vivent les uns sur les autres et où pour des motifs touristiques comme commerciaux se croisent sans cesse des populations à destination et en provenance de pays étrangers.

Il ne faut pas négliger non plus l’impact du télétravail, de l’envolée continue des prix de l’immobilier dans les grandes villes et de la recherche d’une meilleure qualité de vie. Aux États-Unis, l’utilisation des transports en commun dans la plupart des villes stagne, voire diminue, tandis que le télétravail connaît une croissance rapide: +140% depuis 2005. En Europe, le pourcentage de personnes travaillant à domicile est passé de 7,7% en 2008 à près de 10%.

En terme de transition énergétique, les transports en commun ne sont pas non plus une solution ultime. Il est encore plus souhaitable de réinstaller une partie de l’activité économique en-dehors des villes et même de «mettre les villes à la campagne…» pour reprendre la boutade attribuée à Alphonse Allais.

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