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On ne peut pas réussir la transition énergétique en gommant la réalité

Un groupe de 150 ONG et organisations militantes écologistes a publié une lettre ouverte demandant à l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) de modifier ses prévisions. L’AIE est sommée de faire du scénario ramenant les émissions nettes de carbone à zéro en 2050 son hypothèse principale. Comme si refuser une réalité dérangeante suffisait à la faire disparaître. Surtout quand les mêmes organisations entendent aussi dicter les technologies qui doivent être utilisées et celles qu’il faut abandonner. Elles veulent ainsi que l’AIE rejette la capture du CO2, le nucléaire, les bio-carburants, le gaz naturel… Cela rendrait encore plus difficile d’atteindre l’objectif de zéro émissions nettes de CO2 en 2050. On peut parler du retour de la fameuse méthode Lyssenko… Quand la science soviétique voulait effacer la science bourgeoise et ses conclusions politiquement inacceptables.

Le principal adversaire de la transition énergétique est l’idéologie. 150 ONG et autres organisations militantes écologistes avec à leur tête Greenpeace et le WWF viennent encore d’en apporter la preuve. Elles ont publié une lettre ouverte sommant l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) de modifier ses prévisions sur l’énergie dans le monde (World Energy Outlook) afin «de faire du scénario ramenant les émissions nettes de carbone à zéro en 2050 son scénario central» et de réduire le recours dans ce même scénario à la capture et au stockage du CO2, à l’énergie nucléaire, aux biocarburants et au gaz naturel.

Nier la réalité pour l’effacer

Comme si nier la réalité suffisait à l’effacer. Comme si l’AIE avait le pouvoir en changeant ses prévisions de les rendre auto-réalisatrices… Le plus incroyable est l’aveu implicite par ses différentes organisations de leur croyance irrationnelle dans la supériorité des mots et de la communication sur la réalité. Ce qui est pour la plupart leur mode de fonctionnement. Si l’AIE fait du scénario ramenant les émissions nettes de carbone à zéro en 2050, alors les dirigeants du monde prendront d’autres décisions, les populations se comporteront différemment et les innovations technologiques seront plus rapides… Une forme de pensée magique.

L’Agence internationale de l’énergie est une institution respectée parce qu’à de rares exceptions près, elle ne mélange pas l’idéologie et la politique avec la réalité économique et technologique des besoins et de la production d’énergie dans le monde. De ce fait, les analyses et les prévisions qu’elle publie sont en général les plus fiables et les plus sérieuses. Notamment, il est vrai, parce que celles réalisées par des organismes beaucoup moins sérieux et moins indépendants d’intérêts politiques,  économiques ou militants, sont d’une qualité souvent médiocres. Y compris quand elles émanent d’ONG ayant signé la lettre ouverte ou même d’agences publiques françaises. Cela n’empêche pas les travaux contestables d’avoir un retentissement médiatique important. On peut même affirmer sans grand risque de se tromper que l’impact médiatique est souvent inversement proportionnel au sérieux des analyses et des hypothèses. C’est pour cela que le grand public entend rarement parler de l’AIE. Et il faudrait maintenant en plus que l’Agence internationale de l’énergie rejoigne le camp de ceux qui changent la réalité quand elle leur déplait…

Faire taire une voix dérangeante

La plus incroyable est que les 150 organisations qui ont publié la lettre entendent aussi imposer certaines technologies pour se passer des énergies fossiles et en rejeter d’autres. Au nom de critères éthiques ou moraux qui n’ont aucun fondement. Pourquoi faut-il rejeter la capture et le stockage du CO2, l’énergie nucléaire et les bio-carburants? La lettre insiste par exemple sur le fait que «la production de biocarburants est liée à l’accaparement de terres, aux violations des droits de l’homme, à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre…». Il faut les remplacer par les renouvelables. L’AIE soutient les renouvelables, mais considère aussi qu’il ne s’agit pas d’une solution miracle. Et puis le problème est que la production des équipements et des infrastructures renouvelables et leur installation même  se traduit aussi par des accaparements de terres, par des violations de droits de l’homme et l’utilisation du travail forcé et par des pollutions et destructions de l’environnement notamment pour extraire les métaux et matières premières indispensables aux panneaux solaires et aux éoliennes. Mais pour les 150 organisations qui somment l’AIE de s’aligner sur leurs positions, cette réalité n’existe pas.

Le communisme du XXIème siècle

De la même façon, s’opposer à la capture du CO2 n’a pas de justification scientifique. Quant à l’énergie nucléaire, elle permet tout simplement la production de l’électricité la plus décarbonée qui soit, ce que souligne l’AIE et même le GIEC.

Il faut espérer maintenant que l’AIE ne cède pas aux pressions idéologiques et continue à produire des analyses et des prévisions construites sur la réalité et non des stratégies politiques et médiatiques. Dans le cas contraire, la transition énergétique pourrait devenir le communisme du XXIème siècle.

La rédaction

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