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Les 10% les plus riches de la population mondiale jouent un rôle majeur dans le réchauffement

Denver Aéroport Wikimedia Commons

Une étude de l’université de Leeds montre que le mode de vie des 10% de la population mondiale ayant le pouvoir d’achat le plus élevé a un impact majeur sur les émissions de gaz à effet de serre. Il s’agit à la fois d’une illustration des inégalités dans le monde et aussi de la démonstration de la nécessité d’altérer ce mode de vie trop coûteux en énergie.

La lutte des classes existe aussi dans l’énergie. Des chercheurs de l’université de Leeds en Angleterre ont étudié en détail la consommation d’énergie dans le monde. Ils ont analysé les données de la Banque mondiale et de l’Union Européenne provenant de 86 pays et ont «découvert», sans réelle surprise, l’existence d’une «lutte des classes énergétique». Les populations les plus favorisées consomment beaucoup plus d’énergie que les autres notamment dans les transports et le logement. Les biens les plus élaborés et les plus coûteux sont également, et toujours sans surprise, ceux qui utilisent le plus d’énergie et de composants et de matières premières venus de nombreuses régions du monde. On peut y ajouter pour les populations favorisées l’usage intensif de moyens de communication. Ainsi, la moitié de la population mondiale la plus pauvre utilise moins de 20% de l’énergie et en consomme moins que les 5% les plus riches. La conclusion de l’étude est que les plus favorisés au sens large portent une lourde part de responsabilité dans les émissions de gaz à effet de serre et en conséquence dans le réchauffement climatique.

Impact des transports

Les principaux éléments de l’étude ont été publiés dans la revue scientifique Nature Energy et montrent que la différence d’impact sur le climat entre riches et pauvres se fait avant tout dans le domaine des transports (avant la pandémie de coronavirus et le confinement). Les 10% les plus riches de la population mondiale utilisent 187 fois plus d’énergie pour leurs déplacements que les 10% les plus pauvres. Cela tient à l’utilisation par les populations favorisées à la fois des transports aériens et de la voiture. Les populations défavorisées marchent ou utilisent les transports collectifs, les populations avec un haut pouvoir d’achat se déplacent seules et conduisent une voiture même sur de courtes distances. Elles prennent aussi l’avion relativement fréquemment. Au Royaume-Uni, 15% des voyageurs prennent 70% des vols et 57% de la population ne prend jamais l’avion.

La différence est moins marquée dans l’énergie utilisée dans les logements mais elle existe tout de même. Les 10% de la population mondiale les plus riches consomment un tiers du total de l’énergie utilisée dans les logements, ce qui est notamment la conséquence du fait qu’ils sont plus grands, mieux chauffés et climatisés et utilisent plus de moyens de communication.

Difficile à accepter

Si on entre dans le détail des pays, l’étude estime que 20% des citoyens britanniques et 40% des Allemands appartiennent au 5% de la population mondiale qui consomme le plus d’énergie contre 2% des Chinois et 0,02% des Indiens. Mais les 20% les plus pauvres au Royaume-Uni consomment tout de même plus d’énergie que les trois quarts de la population indienne et même cinq fois plus que les 20% les plus démunis en Inde.

Pour les auteurs de l’étude et notamment la Professeure Julia Steinberg qui l’a dirigé, la meilleure façon à la fois de réduire les inégalités et les émissions à effet de serre consiste à agir sur les transports en réduisant la demande. Il faut pour cela améliorer les transports publics et augmenter encore les taxes sur les véhicules individuels les plus grands, notamment les SUV, et sur l’utilisation trop intensive du transport aérien. Ils soulignent que si l’utilisation des carburants fossiles dans le transport ne se réduit pas, elle devrait mécaniquement augmenter de 31% d’ici 2050, ce qui aura des conséquences «désastreuses» sur le climat.

Reste comme l’explique à la BBC Kevin Anderson, un chercheur sur l’énergie et le climat du Tyndall Centre, que les conclusions de l’étude sont difficiles à accepter. «L’étude dit à des gens relativement privilégiés comme nous ce que nous ne voulons pas entendre. Elle remet en cause notre mode de vie, que nous considérons comme normal. Mais les chiffres nous disent autre chose.»

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