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Le numérique émet plus de CO2 que le transport aérien

Le numérique émet plus de CO2 que le transport aérien

Le transport aérien est devenu l’ennemi public des militants écologistes. Au point qu’en Suède, la campagne lancée notamment par Greta Thunberg a donné naissance à un mot, «flygskam», littéralement la honte de voler. Mais le transport aérien n’est rien à côté d’une activité qui bénéficie d’une grande mansuétude, le numérique. Les télécommunications, les serveurs et l’énergie qu’ils consomment et les objets électroniques toujours plus puissants avec des batteries lithium-ion de plus en plus performantes ont un impact considérable et grandissant sur les émissions de gaz à effet de serre.

Dans une étude rendue publique lundi 21 octobre, le cabinet militant GreenIT, qui regroupe des associations de protection de l’environnement et des experts, montre que l’industrie numérique produit 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (4 fois plus que la France) Ce chiffre est aussi sensiblement supérieur à celui du transport aérien. Compte tenu de la croissance rapide du numérique, ces émissions de gaz à effet de serre devraient doubler d’ici 2025, dans seulement six ans, et dans le même temps cette industrie multipliera par trois son impact environnemental notamment par l’utilisation de matières premières.

Car il faut prendre en compte dans le calcul, non seulement la production d’électricité pour faire fonctionner les réseaux, pour utiliser, stocker et échanger des données numériques de plus en plus rapidement et de plus en plus nombreuses et pour recharger les batteries, mais aussi le coût pour l’environnement de la production même des équipements numériques, téléphones, consoles, tablettes, ordinateurs, serveurs, relais de télécommunications…

Recyclage inexistant

Pour donner un ordre d’idées, le numérique représente 4,1 milliards d’utilisateurs et 34 milliards d’appareils. Il s’est vendu 1,5 milliard de smartphones en 2017. Et l’utilisation de ressources sur les réseaux connait une croissance exponentielle. Les services de vidéo à la demande sont devenus l’une des principales sources de consommation d’énergie et représentent 60% des transferts de données dans le monde. Selon une étude récente du Think Tank The Shift Project, une heure de visionnage de vidéos sur smartphone correspond à la consommation d’un réfrigérateur pendant un an… Le streaming vidéo représente, à lui seul, un cinquième des émissions de gaz à effet de serre du numérique. The Shift Project considère que la croissance au rythme actuel de l’utilisation des données numériques est intenable.

Au-delà de l’énergie utilisée, le numérique consomme pour les circuits, pour les écrans et pour les batteries, des minerais non renouvelables comme l’antimoine, le zinc ou l’or… GreenIT cite une étude du cabinet McKinsey sur le secteur minier qui estime qu’il ne reste plus, par exemple, que 12 ans de réserves d’antimoine, une substance chimique indispensable pour la fabrication des circuits électroniques.

Le problème des métaux et du numérique est d’autant plus criant que le recyclage est presque inexistant. En France, selon l’étude de GreenIT, seulement 6% des téléphones sont recyclés sur les 24 millions vendus neufs par an.

Pour répondre à ce que GreenIT considère comme une urgence, le cabinet recommande de changer les habitudes de consommation et d’adopter un comportement plus frugal. A savoir, éteindre les box, les réseaux wifi et ne pas laisser les écrans en veille. Il faut aussi éviter l’usage du cloud qui mobilise les centres informatiques grands consommateurs d’électricité pour leur fonctionnement et leur refroidissement et limiter les vidéos en streaming. Cette fois, ce sont les jeunes générations qui sont condamnées à changer…

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