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Pylone Equilibre RTE

Le réseau électrique français est obsolète


Pour pouvoir adapter le réseau électrique français à des tensions entre l’offre et la demande sans précédents et à la nécessité de s’adapter en permanence à des productions intermittentes et aléatoires (éoliennes et solaires), il faut le moderniser et investir des dizaines de milliards d’euros. Encore un sujet majeur de la transition énergétique assez peu mis en avant. D’autant plus que les obstacles techniques, financiers et sociaux sont importants. Il devient ainsi très difficile de construire des lignes à haute tension tant les oppositions locales sont fortes.

Essor des énergies renouvelables intermittentes, augmentation à venir des besoins en électricité, équilibre de plus en plus incertain entre production et consommation, équipements vieillissants: le gestionnaire du réseau électrique français, RTE, va devoir investir des sommes considérables au cours des prochaines décennies pour moderniser un réseau de moins en moins adapté aux besoins et au système de production existant. Il a été contruit il y a un demi-sècle pour relier quelques grands centres de production (centrales nucléaires, barrages et quelques centrales thermiques) à des centres de consommation tout aussi importants, grandes villes et grandes concentrations industrielles.

Un monde qui disparait. Il doit gérer et devra gérer de plus en plus des unités de production et des centres de consommation dispersés sur le territoire. Bien plus compliqué et plus coûteux.

L’électricité ne se stocke pas, ou très peu

Il faut toujours rappeler que l’électricité ne se stocke pas, ou peu, via le remplissage des barrages. L’ensemble du système électrique doit donc être dimensionné pour faire face 24 heures sur 24 et 365 jours par an à toutes les conditions possibles de production et de consommation. Il doit assurer en permanence l’équilibre entre soutirage et injection, comme disent les électriciens. En cas de déséquilibre entre ces paramètres, il existe un danger pour les équipements et des risques de coupures d’électricité.

Le point clé c’est la fréquence. Le transport s’effectue en courant alternatif à une fréquence de 50 Hertz (c’est-à-dire que la courbe d’électricité oscille 50 fois par seconde). Selon que la production est supérieure ou inférieure à la consommation, la fréquence augmente ou diminue. Or, pour le bon fonctionnement de tous les appareils connectés au réseau, il est essentiel que la fréquence soit extrêmement stable (moins de 1% de variation), ce qui exige un équilibre quasi-parfait à chaque instant entre production et consommation.

La nature intermittente des renouvelables, éoliens et solaires, (pas de l’hydroélectricité et de la géothermie qui sont pourtant les oubliés des pouvoirs publics et des écologistes…), fait qu’il n’y a jamais autant de soleil ou de vent sur tout le territoire au même moment. Plus ces sources d’énergies sont importantes, plus il faut transférer des gros volumes d’électricité sur les différentes zones du territoire. Et ce n’est pas une mince affaire. Il faut franchir des obstacles techniques, financiers et sociaux.

« Lorsqu’on aura construit plusieurs parcs (éoliens) en mer, au nord et à l’ouest de la France, il faudra ramener toute cette énergie vers les métropoles et vers l’est », explique Xavier Piechaczyk, président de RTE. Le gestionnaire du réseau doit développer de nouvelles lignes, renforcer et remplacer les existantes et fait de multiples paris, plus ou moins risqués, sur le développement des capacités d’échange avec les pays voisins (qui doivent être multipliées par deux d’ici à 2035), sur la maîtrise de la consommation, sur la flexibilité de la demande…

Passer de 1,7 à plus de 4 milliards d’euros par an d’investissements

Aujourd’hui, RTE investit 1,7 milliard d’euros par an sur le réseau, une somme qui va plus que doubler d’ici le milieu du siècle. Ce sera plus de 2 milliards dès 2024, puis plus de 3 milliards après 2030 et enfin plus de 4 milliards annuels entre 2035 et 2050. La somme consacrée au transport du courant représente environ 10% de la facture d’électricité, une part qui doit rester stable à l’avenir pour le consommateur, promet RTE…

Le principal problème aujourd’hui est celui des oppositions locales farouches à l’installation de lignes à haute tension. Il y a quarante ans, il fallait deux ans pour construire 100 kilomètres de lignes. Il faut aujourd’hui dix ans quand cela se passe bien… Huit années de procédures et deux années de construction.

Amadouer les populations

RTE tente de convaincre les populations et veut faire un modèle de la toute nouvelle ligne Avelin-Gavrelle, allant des environs de Lille à ceux d’Arras, qui vient d’être inaugurée. Après huit années de concertation et de contestations et deux de travaux, RTE a adopté pour la région un nouveau pylône, baptisé «Equilibre» (voire la photographie ci-dessus), évoquant une voile de bateau et se fondant plus harmonieusement dans le paysage. Quarante-cinq pylônes ont été plantés le long de cette nouvelle ligne électrique de 400.000 volts, refaite pour un budget de 215 millions d’euros afin de multiplier par trois sa capacité. La précédente approchait de la saturation.

Le projet a été très fortement contesté. L’implantation des nouveaux pylônes a contraint RTE à acheter des maisons sur le passage et la plupart des propriétaire s’y sont opposés.

Pour RTE, il fallait absolument faire accepter cette nouvelle ligne, jugée indispensable du fait des gros besoins d’une région grande productrice d’électricité renouvelable et où les usines renoncent progressivement aux énergies fossiles. La nouvelle ligne permet aussi de renforcer l’interconnexion avec la Belgique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La rédaction

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