Le principal problème énergétique résultant du blocage du détroit d’Ormuz par la République islamique d’Iran est l’impossibilité pour le Qatar et les Emirats arabes unis de faire transiter leurs cargaisons de GNL (Gaz naturel liquéfié). Ces cargaisons, essentiellement celles provenant du Qatar, représentent 20% des exportations mondiales de GNL. Elles sont destinées à 85% à l’Asie et 12% à l’Europe. Mais le marché du gaz est beaucoup plus tendu que celui du pétrole. Les stocks stratégiques, en Asie comme en Europe, sont en général plus limités et les possibilités de productions de substitutions quasiment inexistantes.
Cela explique la flambée des cours du gaz, que ce soit en Asie et en Europe. Ils se sont envolés de 61% depuis le début des attaques américano-israéliennes le 1er mars pour le contrat Dutch TTF (la norme européenne) passé de 32 dollars à 51,6 dollars par MWh pour le contrat avril. Cela s’explique d’autant plus qu’une attaque de drones a contraint le plus grand centre industriel de production de GNL au monde, celui de Ras Laffan au Qatar, de cesser de fonctionner. Qatar Energy a ainsi été contraint de déclarer un cas de « force majeure » pour ne plus honorer ses contrats de livraison, ce que l’entreprise publique qatarie n’avait jamais fait de son histoire. Le Qatar est le deuxième exportateur mondial de GNL juste derrière les Etats-Unis.
Une capacité de production annuelle de 77 millions de tonnes
Si le blocage des méthaniers dans le Golfe persique pourrait se prolonger pour un temps allant de de quelques jours à quelques semaines, l’incertitude de la guerre, redémarrer Ras Laffan ne se fera pas du jour au lendemain. Il s’agit d’un processus technique complexe qui prendra plusieurs semaines.
Ras Laffan abrite le plus grand complexe d’exportation de GNL au monde. Il compte 14 trains de GNL d’une capacité de production de 77 millions de tonnes par an. Le port attaché au complexe dispose de six terminaux où s’amarrent et se remplissent les plus grands méthaniers au monde. Les réservoirs de stockage de l’usine ont une capacité d’environ 1.880.000 mètres cubes. Cela peut sembler beaucoup, mais cela correspond à seulement quatre jours de production à plein régime. Ce qui aurait contraint, attaque de drones ou pas sur les installations, à la production de s’arrêter compte tenu du fait que les méthaniers de retour de livraison restent bloqués à l’extérieur du Golfe persique et du détroit d’Ormuz. Des réservoirs et terminaux d’amarrage supplémentaires sont actuellement en cours de construction afin de pouvoir exporter jusqu’à 126 millions de tonnes par an d’ici 2027.
Eviter tout choc thermique
Une fois le processus de redémarrage de la production lancé, il faudra au moins deux semaines pour que l’installation retrouve sa pleine capacité opérationnelle. Le processus est inévitablement lent afin d’éviter tout choc thermique aux équipements cryogéniques critiques fonctionnant à des températures inférieures à zéro. La production de GNL implique des températures extrêmement basses de -160°C. Le gaz naturel devient liquide à cette température.
L’introduction trop rapide de gaz dans des équipements inactifs pourrait causer des contraintes importantes, endommageant ou rompant des équipements essentiels et coûteux. De plus, les trains ne peuvent pas redémarrer simultanément. Ils doivent être remis en service de manière séquentielle afin d’assurer leur stabilité.
« Rien ne peut remplacer le GNL qatari… »
Tout cela signifie que les marchés mondiaux du gaz connaîtront un déficit important pendant plusieurs semaines, au minimum. Ce qui ne sera pas sans conséquences durables sur les prix du gaz. Car « rien ne peut remplacer le GNL qatari. Si l’arrêt se prolonge, cela laisse présager un choc plus important sur le marché du gaz qu’en 2022, lorsque la Russie a coupé l’approvisionnement en gaz par gazoduc vers l’Europe. Les prix du gaz pourraient atteindre à nouveau leurs niveaux records enregistrés en 2022 », explique Saul Kavonic, responsable de la recherche énergétique chez MST Marquee, à l’agence Reuters. Lors de la crise de l’énergie qui avait suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, le MWh de gaz naturel avait dépassé 300 euros pour le contrat Dutch TTF.
Les États-Unis sont le premier producteur mondial de GNL devant le Qatar mais disposent de peu de capacités d’exportation supplémentaires pour compenser les perturbations de l’approvisionnement. Ils ont seulement environ 5% de volume supplémentaire disponible. Les usines d’exportation de GNL américaines fonctionnent actuellement à pleine capacité et la majeure partie de la production n’est pas disponible car destinée à honorer des contrats à long terme. Plusieurs grandes usines d’exportation de GNL sont en cours de construction aux Etats-Unis dans le golfe du Mexique, avec pour objectif une augmentation significative des capacités d’ici 2030.














