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Méthanier qatari

Gaz: le Qatar pourrait être le grand gagnant de la crise ukrainienne


Le Qatar, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), pourrait bien profiter du besoin des européens d’être moins dépendants des approvisionnements en gaz naturel venant de la Russie. Même si aujourd’hui ses capacités de production supplémentaires sont limitées, les investissements qu’il a réalisé devraient lui permettre d’augmenter de 65% sa production de GNL d’ici 2027.

Les risques de l’éclatement d’un conflit militaire d’envergure en Ukraine pourraient pousser les Européens, qui craignent de voir coupé leur approvisionnement en gaz russe, à se tourner vers le Qatar. Coïncidence, l’émir du très riche petit pays gazier rencontre Joe Biden à Washington le 31 janvier. L’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, doit notamment s’entretenir avec le président américain de la façon «d’assurer la stabilité de l’offre internationale d’énergie». Les deux pays sont avec l’Australie les trois principaux exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL). Et le GNL est la seule alternative pour approvisionner l’Europe aux gazoducs venant de Russie, de Norvège et d’Algérie.

Cette rencontre intervient en tout cas au moment même où les Etats-Unis et les Européens cherchent dans l’urgence des alternatives aux livraisons de  gaz russe, si elles venaient à manquer en cas d’attaque de la Russie contre l’Ukraine. Moscou fournit environ un tiers du gaz naturel consommé par l’Europe et pourrait répliquer à des sanctions à la suite d’une invasion de l’Ukraine en fermant le robinet des gazoducs. D’ores et déjà, la Russie est accusée, notamment par l’Agence internationale de l’énergie, d’être pour partie à l’origine de l’envolée des prix du gaz et de l’électricité en Europe en restreignant depuis plusieurs mois ses exportations.

Les Etats-Unis et l’Europe cherchent à mettre en place d’autres sources d’approvisionnement

En réponse, Washington et l’Union européenne ont affirmé qu’ils collaboraient pour trouver «d’autres sources d’approvisionnement en gaz naturel» pour l’Europe. L’émir du Qatar, premier pays producteur et exportateur mondial de GNL, doit apporter son soutien à l’Europe. Doha souhaite y prendre une plus grande part du marché. «Des négociations sont en cours» pour rediriger des livraisons de gaz prévues pour les marchés asiatiques vers l’Europe si le président russe, Vladimir Poutine, interrompt les approvisionnements vers l’Europe occidentale», a déclaré un responsable qatari.

Illustration des difficultés pour l’Europe à s’approvisionner en gaz au cœur de l’hiver et du soutien américain, pour la première fois en janvier, les livraisons d’urgence américaines de GNL auront été cinq fois supérieures en quantité aux livraisons russes par gazoducs. Pas moins de 30 méthaniers transportant du GNL ont quitté les ports américains au cours les dernières semaines pour se diriger vers les ports européens. Les prix du GNL en Europe sont supérieurs à ceux de l’Asie et 14 fois plus élevés qu’aux Etats-Unis!

«Les Etats-Unis ont promis d’aider l’Europe s’il y avait des pénuries d’énergies liées à un conflit et à des sanctions», a déclaré, sous le sceau de l’anonymat, un officiel américain à l’agence Reuters. Le Département d’Etat et son conseiller pour la sécurité énergétique, Amos Hochstein, ont mis en place au cours des six dernières semaines une stratégie visant à rediriger des productions de gaz existantes et à les augmenter.

Par le passé, le Qatar est déjà venu en aide à des pays alliés, assurant notamment un approvisionnement au Japon après le tsunami de 2011 et quatre livraisons spéciales au Royaume-Uni en octobre dernier pour faire face à des pénuries.

Le Qatar n’a pas de «baguette magique» à court terme

Mais le Qatar a d’importants contrats à long terme avec la Corée du Sud, le Japon et la Chine et sa capacité à augmenter sa production pour se substituer à la Russie et approvisionner l’Europe est limitée. Le pays du Golfe a atteint son «maximum» pour l’approvisionnement de ses premiers clients, a indiqué le ministre de l’Energie, Saad al-Kaabi, en octobre.

«Le Qatar n’a pas de «baguette magique» pour répondre aux pénuries de gaz en Europe», estime Bill Farren-Price, directeur du cabinet de conseil en énergie Enverus. «Il n’a pas les capacités pour un approvisionnement supplémentaire en GNL. Ce n’est pas comme l’Arabie saoudite, qui a des réserves additionnelles en pétrole», ajoute-t-il.

Le Qatar pourrait décider de rediriger un certain nombre de livraisons. Mais si un conflit armé entre la Russie et l’Ukraine se traduit pas un arrête des exportations de gaz russes, les consommateurs européens en payeront le prix. Ils ont déjà des factures record de gaz et vont le payer encore plus cher.

Mais si Doha est limité à court terme, l’émirat devrait augmenter fortement ses capacités de production dans les prochaines années. Il a lourdement investi afin d’accroître sa production annuelle de GNL de 77 millions de tonnes à 127 millions de tonnes d’ici à 2027, tout en cherchant de nouveaux marchés. L’Europe pourrait est une cible de choix pour le Qatar même si Doha a été furieux du manque de confiance de l’Europe, qui avait lancé en 2018 une enquête sur les modalités de ses ventes de gaz. En tout cas, il est vraisemblable que l’Europe qui cherche maintenant par tout les moyens à échapper à l’emprise russe, veuille conclure des contrats de longue durée avec le Qatar.

La rédaction

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