Il existe n’existe pas de puissance durable sans souveraineté énergétique. C’est le cas évidemment pour les Etats-Unis et la Russie, dont la puissance politique, économique et militaire tient notamment au fait que ce sont les plus grands producteurs d’hydrocarbures (avec l’Arabie Saoudite). Cela a été le cas dans le passé des grands pays européens, notamment le Royaume-Uni, l’Allemagne, quand ils produisaient beaucoup de charbon. Ce que fait encore l’Allemagne. Mais il existe aussi des puissances électriques.
C’était le cas de la France quand elle était à la pointe de la technologie nucléaire à la fin du siècle dernier avant que depuis deux décennies les gouvernements successifs ne sabotent cette industrie et cet atout. C’est devenu le cas maintenant de façon éclatante de la Chine. Ce n’est pas pour rien si elle a pris le contrôle des industries clés de la transition énergétique toutes orientées vers la production ou l’usage et la transformation de l’électricité : solaire, éolien, véhicules électriques et batteries, électrolyseur, pompes à chaleur, matériaux critiques et, évidemment… le nucléaire.
La Chine va dépasser les Etats-Unis au début de la prochaine décennie
La Chine va devenir, ce qui n’est pas forcément présent à l’esprit de tout le monde, la première puissance nucléaire civile du monde. C’est d’ores et déjà écrit. Si la production mondiale d’électricité d’origine nucléaire a atteint un niveau record en 2025, la Chine est à l’origine de la totalité de la croissance de la production.
Selon la dernière édition du « Statistical Review of World Energy », les centrales nucléaires ont produit 2.845 Térawattheures (TWh) à l’échelle mondiale l’année dernière, soit une hausse de 30 TWh (ou 1,3%) par rapport à 2024. La Chine a augmenté sa production de plus de 34 térawattheures. Sans elle, la production nucléaire mondiale aurait reculé…
La Chine construit des réacteurs beaucoup plus rapidement que les pays occidentaux
Ces chiffres reflètent mieux la réalité du secteur que les affirmations générales évoquant une renaissance du nucléaire à l’échelle mondiale. Si la production augmente, cela reste concentré sur un petit nombre de pays et par ailleurs le développement de nouvelles capacités nucléaires et la construction de nouveaux réacteurs ne se fait en quelques années. Les réacteurs en question sont là pour 80 ans, mais il faut plusieurs années pour les construire, au moins cinq ans effectifs pour les industries les plus performantes (la France des années 1970 et 1980 et la Chine d’aujourd’hui). Il faut 15 ans maintenant pour la France (Flamanville), les Etats-Unis (Plant Vogtle) ou le Royaume-Uni (Hinkley Point). La Chine a mis cinq années effectives pour construire le réacteur numéro 2 de la centrale de Taishan, un EPR de conception française…
Les États-Unis continuent d’exploiter le plus grand parc nucléaire au monde, mais la Chine réduit rapidement l’écart et devrait rapidement devenir le numéro un mondial. Le Japon rétablit progressivement sa production après l’arrêt total au moment de l’accident de Fukushima (2011), mais une grande partie de l’Europe reste en deçà des niveaux atteints il y a dix ans.
Un nombre restreint de pays
Les États-Unis ont produit 826 TWh d’électricité nucléaire en 2025, soit 29% du total mondial. Ce volume était près de 70% plus élevé que la production de la Chine qui s’est classée deuxième avec 485 TWh représentant 17,1% de la production mondiale. La France était en troisième position avec 390 térawattheures, soit 13,7 %. La Russie a produit 219 TWh, la Corée du Sud 185 TWh, le Japon 94 TWh et le Canada près de 85 TWh Ensemble, ces pays assurent la majeure partie de la production électrique nucléaire mondiale. Le niveau d’investissement nécessaire pour se doter d’un parc de centrales nucléaires et les longs délais de développement ont limité l’accès à cette énergie à un nombre restreint de nations.
La relance du nucléaire est une réalité avant tout en Chine
La Chine va dominer cette source d’énergie car la production du parc nucléaire américain est stagnante. Elle était de 839 TWh en 2015 et donc 826 TWh l’an dernier. En revanche, la Chine a presque triplé sa production nucléaire au cours de la dernière décennie, avec un taux de croissance annuel moyen de près de 11%. Elle est passée de 171 térawattheures en 2015 à 485 térawattheures en 2025. Si les taux de croissance observés dans les deux pays se maintiennent, et il n’y a pas de raison de croire que cela va changer, la Chine dépassera les États-Unis pour devenir le premier producteur mondial d’électricité nucléaire d’ici cinq ans.
Et cela marquera la vraie relance de l’énergie nucléaire dans le monde. Car le record de 2025 ne signifie pas grand-chose. La production nucléaire mondiale avait atteint son précédent record de 2.803 TWh en 2006. Il aura fallu deux décennies pour que le total atteint en 2025 ne batte ce record que de 1,5%. Cela signifie que la relance mondiale du nucléaire, qui est une réalité, va encore mettre des années avant d’avoir un impact sur les chiffres de production.
Rétablissement en France
L’énergie nucléaire commence seulement à se remettre de la crise qu’elle a traversé et de l’ostracisme dont elle a fait l’objet… dans les pays occidentaux ainsi qu’au Japon et en Corée. On mesure cela quand on voit que la production est passée de 2.576 térawattheures en 2015 à 2.845 térawattheures donc l’année dernière. Cela représente une croissance de 10,5% sur la décennie, soit environ 1% par an. Une fois encore, c’est la Chine qui en est à l’origine. La production mondiale a augmenté d’environ 270 térawattheures sur la même période, tandis que la Chine a ajouté près de 314 térawattheures. Sans la Chine, la production mondiale aurait baissé entre 2015 et 2025.
La Chine est à l’origine de la majeure partie de la hausse de production enregistrée en 2025, mais plusieurs autres pays ont également vu leur production augmenter. Notamment la France, dont la production d’électricité nucléaire a augmenté de 9,6 térawattheures pour atteindre 390 térawattheures. Maintenant, le volume produit reste inférieur de 47 térawattheures à son niveau record de 2015.
Le centre de gravité se déplace vers l’Asie et les pays en développement
Les chiffres régionaux illustrent le déplacement du centre de gravité de l’énergie nucléaire vers l’Asie. La production d’électricité d’origine nucléaire dans la région Asie-Pacifique est passée d’environ 420 térawattheures en 2015 à près de 845 térawattheures en 2025. La région génère désormais près de 30% de l’électricité nucléaire mondiale.
L’Amérique du Nord conserve une production légèrement supérieure, avec 921 térawattheures l’an dernier, un chiffre toutefois en baisse par rapport aux 952 térawattheures enregistrés en 2015. L’Europe a connu un recul bien plus prononcé, sa production nucléaire chutant de 968 térawattheures en 2015 à 759 térawattheures en 2025, soit une baisse de près de 22%.
Le contraste est tout aussi saisissant entre les économies développées et celles en développement. La production nucléaire des pays de l’OCDE a diminué d’environ 96 térawattheures sur la décennie, tandis que celle des pays hors OCDE a augmenté de près de 366 térawattheures. Si les pays de l’OCDE représentent toujours environ les deux tiers de la production nucléaire mondiale grâce à l’importance de leur parc existant, ils ne sont plus le moteur de la croissance du secteur.













