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Flamanville Chantier EDF

EDF «ne passera pas» l’année si le gouvernement maintient son bouclier tarifaire, alerte le CSEC


EDF n’a pas aujourd’hui les moyens financiers et humains de devenir l’indispensable chef d’orchestre de la transition énergétique en France. Et le gouvernement en lui faisant porter une partie du poids financier du soutien au pouvoir d’achat des Français face à l’envolée des prix de l’énergie enfonce encore un peu plus l’entreprise publique. Le Comité central d’entreprise central (CSEC) se révolte. Et une renationalisation semble maintenant inéluctable.

Le Comité central d’entreprise central d’EDF, le CSEC, ne veut plus qu’EDF serve de variable d’ajustement à la politique de soutien du pouvoir d’achat des Français face à l’envolée des prix de l’énergie. Bien avant cela, l’énergéticien était déjà dans une situation précaire, victime à la fois d’une gestion défaillante, d’investissements hasardeux et plus encore des exigences contradictoires depuis deux décennies de la puissance publique. A tel point d’ailleurs, que le projet envisagé l’an dernier baptisé Hercule et rejeté par Bruxelles et les syndicats visait à renationaliser une partie de l’entreprise, le nucléaire et l’hydraulique, et a privatiser ensuite la partie renouvelables et distribution.

En l’état, EDF est aujourd’hui incapable de faire face à ses missions, à savoir entretenir efficacement son parc nucléaire et prolonger sa vie d’au moins deux décennies, développer les renouvelables et construire une série de nouveaux réacteurs nucléaires. Les errements, le mot est faible, du chantier de l’EPR de Flamanville, et la découverte de problèmes de corrosion sur une partie du parc nucléaire existant illustre ses difficultés. EDF n’a ni les moyens financiers, ni les moyens humains nécessaires. Ce n’est pas pour rien si l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) demandait le mois dernier un «plan Marshall» pour la filière nucléaire.

Une dette aux alentours de 60 milliards d’euros en fin d’année

Et dans ce contexte difficile, le CSE central d’EDF accuse «le pouvoir en place» d’avoir plongé l’entreprise «dans le rouge à dessein ces derniers mois». Les mesures gouvernementales font basculer la dette «probablement aux alentours de 60 milliards d’euros fin 2022, voire au-delà». A tel point qu’EDF ne «passera pas le cap de la fin d’année» si le gouvernement maintient les mesures mises en place dans le cadre de son bouclier tarifaire pour contenir la hausse de la facture des ménages. Le coût de ses mesures est évalué à plus de 8 milliards d’euros pour l’entreprise publique.

Philippe Page Le Mérour, secrétaire du CSEC, a présenté les conclusions de la procédure de droit d’alerte économique engagée en début d’année, après l’annonce de mesures gouvernementales faisant peser sur les finances d’EDF la limitation de la hausse de la facture d’électricité des ménages et des entreprises français.

Le gouvernement a contraint EDF à vendre davantage d’électricité à bas prix à ses concurrents pour protéger le pouvoir d’achat des Français, en relevant le plafond de l’Arenh, ou «Accès régulé à l’électricité nucléaire historique» de 100 à 120 TWh d’électricité vendue à prix réduit à ses concurrents. Un dispositif totalement absurde concocté à Bercy pour créer une concurrence artificielle en France sur la distribution de l’électricité qui n’a pas permis de faire baisser les prix et qui a considérablement affaibli EDF.

«Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage»

Dans sa résolution, votée le 14 juin à l’unanimité par les organisations syndicales représentatives lors d’une séance extraordinaire du CSEC, ce dernier propose d’ailleurs de suspendre l’Arenh et «calculer les tarifs en fonction du mix de production français, c’est-à-dire de sortir du mariage avec le marché européen» qui «impose une fixation des tarifs en fonction des énergies fossiles utilisées en Europe», deux mesures permettant de protéger le pouvoir d’achat tout en préservant la santé financière de l’entreprise. Ces conclusions doivent être présentées le 29 juin lors d’un conseil d’administration d’EDF, qui aura un mois pour apporter des « réponses motivées » à ces propositions.

«Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage et là, la rage a été inoculée de force par le gouvernement», a affirmé Philippe Page Le Mérour, soupçonnant le gouvernement de laisser volontairement se dégrader la situation financière de l’entreprise pour la renationaliser provisoirement, et préparer son démantèlement.

La renationalisation il en a été question, toujours le 14 juin, dans les propos de la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher. «Cette décision, elle sera regardée, elle n’est pas tranchée, mais elle n’est pas exclue», a déclaré la ministre sur l’antenne d’Europe 1.

Une renationalisation inéluctable

Si le gouvernement dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale, la ministre a évoqué la mise en route d’un «projet d’accélération de la transition énergétique au Parlement dès cet été… C’est un projet qui va nous permettre d’accélérer sur les énergies renouvelables, mais qui va aussi nous permettre d’accélérer sur le nucléaire, parce qu’il ne faut pas prendre de retard et donc nous allons également travailler sur la trajectoire actionnariale, qui compose l’actionnariat d’EDF», a déclaré la ministre.

Ce projet doit également déterminer «quels sont les financements que nous devons apporter en tant qu’actionnaire à 85% d’EDF pour permettre ce projet nucléaire qui coûte 60 milliards d’euros et comment nous allons derrière piloter ce groupe qui est essentiel pour la nation et sa souveraineté énergétique».

La rédaction

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