En octobre 2025, l’armée américaine a dévoilé le programme Janus, visant à équiper ses bases de micro réacteurs nucléaires d’ici 2028. Ces réacteurs génèrent généralement entre 1 et 20 mégawatts d’électricité, soit une puissance qui n’a rien à voir avec celle des grandes centrales mais qui reste bien supérieure à celle des plus grands groupes électrogènes portables.
Ils constituent une solution idéale pour l’armée, sachant que les grandes bases militaires consomment autant d’énergie qu’une petite ville et qu’elles sont aujourd’hui vulnérables car raccordées au système électrique général vulnérable aux cyberattaques et aux incidents de tous genres qui peuvent entraîner des blackouts. La logique militaire veut aussi qu’en situation de conflit, le transport de combustibles fossiles vers des lignes de front isolées crée des cibles très vulnérables, tandis que des réacteurs nucléaires localisés peuvent fonctionner pendant des années sans ravitaillement.
Et l’avenir de la guerre et même son présent sont à toujours plus d’utilisation d’énergie pour des centres de données d’intelligence artificielle, des armes à énergie dirigée et des infrastructures spatiales et cybernétiques
Jusqu’à 2,2 milliards de dollars sur 5 ans pour 20 micro réacteurs
D’ores et déjà, en février dernier un avion de transport géant C-17 de l’armée de l’air américaine a transporté un petit réacteur d’une puissance de 5 MW depuis la base de March en Californie jusqu’à la base de Hill dans l’Utah pour y être assemblé et mis en service. Ce premier test vise à démontrer que l’armée américaine est capable de déployer un équipement capable de produire pendant des années une assez grande quantité d’électricité n’importe où dans le monde en moins de vingt-quatre heures.
Et l’armée américaine vient d’accélérer en attribuant des contrats pouvant atteindre jusqu’à 2,2 milliards de dollars sur cinq ans à plusieurs entreprises construire et exploiter des microréacteurs nucléaires sur cinq bases militaires américaines. Le programme prévoit au total le déploiement de 20 microréacteurs. Cinq fournisseurs ont déjà été sélectionnés pour concevoir et déployer les unités sur des sites spécifiques : Antares Nuclear construira un microréacteur à Fort Bragg (Caroline du Nord), BWXT Technologies à Fort Campbell (Kentucky), General Atomics Electromagnetic Systems à Fort Hood (Texas), Radiant Industries à Fort Benning (Géorgie) et Westinghouse Government Services à Fort Drum (New York).
L’armée américaine délivrera les licences d’exploitation
Les entreprises prévoient de livrer et de déployer leurs microréacteurs sous forme de modules, permettant ainsi leur transport par camion standard, par rail, par avion ou par barge. Les installations seront construites en usine afin d’éviter les longs travaux de construction sur site. Le microréacteur Kaleidos (d’une puissance de 1 MW de la start-up Radiant est conçu pour être entièrement transportable et prêt à l’emploi, capable d’être opérationnel dans les 48 heures suivant son arrivée sur une base. Radiant Industries a décroché un contrat pouvant aller jusqu’à 750 millions de dollars pour déployer 15 de ses microréacteurs Kaleidos.
Pour accélérer le processus, c’est l’armée américaine qui délivrera les licences d’exploitation des réacteurs et pas la Commission de réglementation nucléaire des États-Unis (NRC) qui le fait pour les réacteurs nucléaires commerciaux. Ce qui a provoqué un début de polémique. Notamment, parce que ses réacteurs ne sont pas destinés à un usage exclusivement militaire et devraient ultérieurement être vendus à des entités privées. Jeff Waksman, adjoint principal du secrétaire adjoint de l’armée pour les installations, l’énergie et l’environnement, s’est voulu rassurant en affirmant qu’une commercialisation privée des microréacteurs ne se fera qu’avec l’aval de la NRC. Il a ajouté que l’évacuation des déchets radioactifs des réacteurs militaires se fera également en totale coordination avec la NRC.
Accélérer le déploiement commercial et civil
Comme l’expliquent souvent les experts de l’histoire militaire, c’est la logistique qui permet de gagner les guerres, et plus encore aujourd’hui. Car l’avenir de la guerre est à une consommation toujours plus grande d’énergie souligne Michael P. Duffey, sous-secrétaire américain à la guerre. Mener un conflit nécessite désormais des centres de données d’intelligence artificielle, des armes à énergie dirigée et des infrastructures spatiales et cybernétiques.
Mais le développement des SMR doit aller bien au-delà des besoins militaires même s’ils viennent de là. Il existe déjà des dizaines de SMR en service dans le monde qui équipent des sous-marins et des porte-avions à propulsion nucléaire en France, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Chine, en Inde et en Russie.
Et de nombreux géants américains de la technologie et fournisseurs de services « hyperscale » ont bien l’intention aujourd’hui de s’équiper en SMR pour alimenter notamment leurs centres de données. Il y a deux ans, Google a signé un accord avec Kairos Power pour l’achat de 500 mégawatts d’électricité issus d’un nouveau parc de six à sept SMR, la mise en service du premier réacteur est prévue pour 2030. La même année, Amazon a investi dans le développeur de SMR X-Energy en menant un tour de table de 500 millions de dollars et en s’assurant des droits d’achat pour ses réacteurs. Amazon a aussi conclu des accords avec le consortium de services publics Energy Northwest, dans l’État de Washington, pour développer des projets de SMR de nouvelle génération. Enfin, Meta a signé des accords avec les développeurs de technologies nucléaires Oklo et TerraPower en janvier 2026 pour construire plusieurs SMR.














