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Fils de cuivre Wikimedia Commons

Le cuivre pourrait devenir le pétrole de la transition

La décarbonation des économies ne pourra pas se faire sans une augmentation considérable de la consommation de cuivre. Ce métal est indispensable à l’électrification des usages aussi bien dans les transports, la chaleur et l’industrie. Pas de véhicules électriques, pas de bornes de recharge et pas de réseaux électriques «intelligents» (smart grids) et adaptés aux renouvelables sans cuivre.

Les cours du cuivre ont atteint la semaine dernière leur plus haut niveau historique à 10.440 dollars la tonne. Le prix de ce métal essentiel à la transition énergétique a doublé au cours des douze derniers mois. Il n’avait plus dépassé 10.000 dollars depuis une décennie. Le dernier sommet atteint par le cuivre remonte à 2011. Il avait alors été porté par la croissance de l’économie chinoise alimentée par la construction à une rapidité sans précédent d’infrastructures notamment énergétiques. Cette fois, le moteur s’appelle électrification.

Elle est indispensable à la transition et consiste à substituer pour de nombreux usages de l’électricité émettant peu de gaz à effet de serre aux énergies fossiles. C’est le cas dans les transports, la chaleur et l’industrie. Mais pour cela il faut augmenter la production d’électricité, développer et renforcer les réseaux, fabriquer toujours plus de moteurs électriques et de transformateurs. Et cela consommera toujours plus de cuivre.

«Pas de décarbonisation sans cuivre»

Ainsi, les véhicules électriques contiennent environ quatre fois plus de cuivre qu’une voiture à moteur thermique. Et cela sans compter la quantité de cuivre nécessaire pour alimenter et faire fonctionner les bornes de recharge. De la même façon, relier les éoliennes et les fermes solaires aux réseaux électriques demande de grande quantité de câbles en cuivre.

Dans une note publiée le mois dernier, la banque d’investissement américaine Goldman Sachs souligne que la transition vers les renouvelables et l’électrification ne peut que se traduire par une envolée des cours du cuivre. «Le cuivre est le nouveau pétrole» affirme Goldman Sachs, ajoutant qu’il n’y aura «pas de décarbonisation sans cuivre».

Les analystes de Goldman Sachs estiment que la demande de cuivre liée à la transition énergétique augmentera de près de 600% d’ici à 2030 pour atteindre 5,4 millions de tonnes dans leur scénario de base. Dans le cas d’une «hyper adoption» des technologies vertes, la demande pourrait même augmenter de 900% pour atteindre 8,7 millions de tonnes. Goldman Sachs considère que 20% de la demande supplémentaire proviendra de l’éolien et 40% des véhicules électriques. Les panneaux solaires et le stockage de l’énergie constitueront l’essentiel du reste.

Des atouts uniques

Le cuivre bénéficie d’atouts uniques, sa conductivité électrique et sa durabilité et le fait qu’il soit facile de le travailler. Cela en fait le matériau le plus adapté et le plus compétitif pour le stockage et le transport de l’électricité.

Le cuivre a toujours joué un rôle majeur dans l’histoire de l’humanité depuis les premiers systèmes monétaires et les systèmes de distribution d’eau dans les villes jusqu’aux trains, aux avions, aux voitures et aux équipements électroniques. Il est utilisé aujourd’hui dans presque toutes les activités industrielles et est pour cela un bon indicateur de l’activité économique mondiale.

Ainsi, le marché du cuivre a été l’un des premiers à subir les conséquences de la pandémie du Covid-19. Entre janvier et mars 2020, les cours du cuivre ont plongé de plus de 25%. Et avec le redémarrage de l’activité économique en Chine, ils sont repartis à la hausse et elle ne s’est plus arrêtée depuis. Mais l’économie chinoise, qui consomme la moitié du cuivre produit dans le monde, n’est plus le seul moteur de la demande. Pour preuve, la demande chinoise a baissé au cours des derniers mois et a été relayée par celle des autres grandes économies comme les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne. Mais les marchés et les investisseurs anticipent évidemment autre chose. Les conséquences de la transition énergétique sur la demande de cuivre. La mise en exploitation de nouvelles mines sera lente. Il est difficile et coûteux de trouver de nouveaux gisements et plus encore de pouvoir les exploiter.

Jusqu’à 20.000 dollars la tonne

Trafigura Group, le premier trader de cuivre au monde, et Goldman Sachs estiment que les cours pourraient atteindre 15.000 dollars la tonne dans les prochaines. Bank of America considère même que 20.000 dollars est une hypothèse très plausible. Pour Trafigura, la croissance de la demande chinoise sera éclipsée dans la décennie qui vient par celle du reste du monde résultant de la transition énergétique.

La seule bonne nouvelle est que le cuivre est souvent utilisé ne très petites quantités dans les produits de grande consommation. Un doublement des cours dans les prochaines années n’aura pas les mêmes conséquences pour les consommateurs qu’une augmentation des prix des produits alimentaires ou des carburants. En revanche, il aura pour conséquence de renchérir significativement le coût des énergies renouvelables et des véhicules électriques.

La rédaction

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