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Une baisse vertigineuse de la demande d’énergie dans le monde

Les chutes Victoria Zimbabwe Wikimedia Commons

Le constat de l’Agence internationale de l’énergie est sans appel. Il faut remonter à la seconde guerre mondiale et même à la grippe espagnole, en 1918 et 1919, pour trouver une chute aussi vertigineuse de la demande d’énergie dans le monde que cette année.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) consacre une bonne partie de son rapport annuel, publié jeudi 30 avril, à évaluer les conséquences de la pandémie sur l’énergie dans le monde en 2020. Son constat est sans appel, il faut remonter à la seconde guerre mondiale et même à la grippe espagnole, en 1918 et 1919, pour trouver un pareil choc et une chute aussi vertigineuse de la demande d’énergie dans le monde.

Au premier trimestre, elle a baissé de 3,8% par rapport à la même période de l’an dernier. Pour toute l’année 2020, la demande mondiale devrait reculer de 6%, soit une baisse sept fois plus importante que celle qui a suivi la crise financière de 2008. «La plus importante en 70 ans en pourcentage et la plus importante jamais connue en termes absolus». C’est comme si l’Inde, troisième plus grand pays consommateur d’énergie, avait subitement disparu de la surface de la terre et ne consommait plus la moindre goutte de pétrole ou le moindre kilowatt d’électricité pendant un an.

Les énergies fossiles les plus affectées, notamment le pétrole

Autre illustration de ce qui est en train de se passer: en 2020, la demande en électricité devrait baisser de 5% dans le monde, ce qui n’a pas été constaté depuis la Dépression des années 1930. «Un choc d’ampleur historique», résume Fatih Birol, le directeur exécutif de l’AIE.

Depuis le début de la pandémie, le recul de la demande en énergie varie, logiquement, selon le degré de confinement des pays et l’importance de leur consommation et de leur activité économique. En clair, les pays les plus avancés et les plus riches, qui consomment le plus d’énergie, sont ceux où la baisse sera la plus importante. Selon l’AIE, la demande reculera de 9% aux États-Unis et de 11% en moyenne dans l’Union européenne.

Les énergies fossiles, qui assurent environ 80% de la consommation d’énergie primaire dans le monde, sont plus particulièrement affectées. A commencer par le pétrole, compte tenu notamment de son utilisation massive dans les transports. Avec la baisse du trafic automobile et du transport aérien, la demande en pétrole devrait reculer de 9%. Le charbon est lui aussi touché avec une baisse de la consommation qui devrait atteindre 8%. Il est victime avant tout du ralentissement de l’économie chinoise, premier consommateur de charbon au monde, et de la montée en puissance du gaz naturel. Le gaz naturel est le moins affecté parmi les énergies fossiles avec une décrue de la consommation évaluée à 5%.

Les énergies à faible teneur en carbone résistent mieux, «à cause de coûts de fonctionnement réduits et d’un accès préférentiel à de nombreux réseaux électriques». L’AIE classe dans cette catégorie l’éolien, l’hydroélectrique, le solaire, et le nucléaire. Ses énergies représenteront, en 2020, environ 40% de l’électricité produite dans le monde, un chiffre en progression, notamment du fait du recul de la production d’électricité à partir d’énergies fossiles. Sinon, la demande en électricité verte devrait très légèrement progresser (+1%) et celle en électricité nucléaire légèrement reculer (-3%).

Une baisse temporaire des émissions de CO2

Conséquence de ce choc sans précédent dans la consommation d’énergies, notamment fossiles, les émissions de gaz à effet de serre provenant de l’énergie baisseront fortement. L’AIE évalue cette décrue pour le CO2 à 8% par rapport à l’année dernière, soit 2,6 gigatonnes en moins dans l’atmosphère. Ce reflux est là encore sans précédent: six fois plus important que celui ayant eu lieu après la crise de 2008, et deux fois plus que le total des baisses d’émissions depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale!

Mais Fatih Birol prévient qu’il n’y aucune raison de se réjouir de cette baisse qui est la conséquences de morts prématurées en grand nombre et d’un traumatisme économique et social. En outre, cette évolution n’est pas structurelle mais conjoncturelle. «Si l’on se fie aux conséquences de la crise financière de 2008, nous devrions bientôt assister à une forte reprise des émissions à mesure que les conditions économiques s’amélioreront.» D’autant plus que l’effondrement des prix du pétrole et dans une moindre mesure du gaz, rendra ses énergies plus compétitives.

Une façon de dire également que la baisse des émissions cette année, aussi spectaculaire soit-elle, n’est pas une réponse au défi climatique et n’est pas, non plus, la mise en œuvre d’une «vraie» transition énergétique. Le choc, sans précédent ou presque dans l’histoire économique mondiale, est d’ailleurs loin d’avoir un impact sur les émissions de gaz à effet de serre à la hauteur des enjeux climatiques. La réponse à ce défi ne peut pas être la décroissance, prônée par certains, ni même les changements de comportements individuels, expérimentés de fait avec le confinement de la moitié de la population mondiale. Il faut une transformation structurelle de long terme sur la façon dont l’énergie est produite et consommée dans le monde.

«D’ici 2030, les émissions devront être réduites de 25% ou de 55% par rapport à 2018 pour mettre le monde sur la voie d’une limitation du réchauffement climatique à respectivement 2°C ou 1,5°C à la fin du siècle», écrivait le Giec l’an dernier. Pour y parvenir, l’AIE insiste sur la nécessité pour les gouvernements d’accorder la priorité dans leurs plans de relance de l’activité économique à la transition et à l’innovation énergétiques.

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