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Covid-19, la chute de la consommation d’énergie en France sera supérieure à celle du choc pétrolier de 1975

choc pétrolier

Selon le scénario le plus probable retenu par Enerdata, avec un confinement effectif de deux mois et une reprise lente de l’activité économique, la France enregistrera une baisse de plus de 9% de sa consommation d’énergie en 2020. Un recul sans précédent depuis la seconde guerre mondiale.

Le média spécialisé dans les données et les statistiques sur l’énergie, Enerdata, vient de publier le 29 avril une étude sur ce que pourrait être l’impact du Covid-19 sur la consommation d’énergie en France. Elle a été réalisée par Morgan Crenes, responsable du département de la recherche et des données d’Enerdata, et Carine Sebi, professeure et coordinatrice de la chaire «Energie pour la société» à l’école de management de Grenoble.

Leurs premières conclusions, à partir des estimations macroéconomiques disponibles et des expériences tirées d’autres crises, sont que l’impact de deux mois de confinement sur la consommation d’énergie en France sera supérieur à ceux observés pendant la crise financière de 2008 et même lors du choc pétrolier de 1975.

Quatre scénarios

Selon les dernières données calculées par l’INSEE, l’activité économique en France durant la période de confinement se trouve à environ 65% de la normale, ce qui se traduira par une baisse record de la consommation d’énergie dans le secteur industriel, tertiaire et dans les transports. Toujours selon une première estimation l’INSEE, le Pib (Produit intérieur brut) a reculé de 5,8% au premier trimestre. A partir de ses chiffres, Enerdata estime à 35% la baisse de la consommation d’énergie dans l’industrie et le tertiaire et à 80% pour le transport des personnes. En revanche, compte tenu du fonctionnement ininterrompu de la chaîne logistique, notamment pour les biens de première nécessité, les baisses de la consommation d’énergie dans le transport de marchandises et l’agriculture sont considérées comme marginales.

Par ailleurs, le secteur résidentiel enregistre lui une augmentation significative de sa consommation d’énergie, de l’ordre de 15%, puisque une grande partie de la population est confinée et de ce fait utilise plus à son domicile le chauffage, l’éclairage et des appareils consommant de l’électricité.

L’ensemble de ses évolutions s’est traduit, tout secteurs confondus, par une baisse de 15% de la consommation d’électricité en mars en France, ce que montrent les chiffres du gestionnaire de réseau RTE. Mais l’électricité représente seulement, en période normale, environ 27% de la consommation totale d’énergie. Pour calculer la baisse totale de consommation sur l’ensemble de l’année, Enerdata présente quatre scénarios différents en fonction de la durée effective du confinement et de la vitesse de redémarrage de l’activité économique.

Première incertitude, la durée effective du confinement. Elle devrait être de l’ordre de deux mois, mais ce n’est pas aujourd’hui une certitude. La date du 11 mais fixée pour le début du déconfinement peut être retardée et il peut y avoir, en fonction de l’évolution de la situation sanitaire, un déconfinement très progressif voire un retour au confinement dans certaines régions.

Il est encore plus difficile de faire des prévisions sur les conséquences économiques de ce confinement, elles dépendent notamment de la vitesse, aujourd’hui évidemment inconnue, de redémarrage de l’activité, de la production et de la consommation. La prévision du gouvernement français est d’un recul de 8% du Pib en 2020 par rapport à 2019. Cela est considérable et sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, mais il s’agit d’une hypothèse moyenne.

Durée effective du confinement et rapidité de la reprise

Les quatre scénarios de Enerdata sont construits avec deux hypothèses de confinement effectif, deux et trois mois, et deux hypothèses de redémarrage de l’économie, rapide ou lent. Selon ses scénarios, la baisse du Pib serait comprise en 2020 entre 5%, avec deux mois de confinement effectif et une reprise rapide de l’activité économique et 11%, avec trois mois de confinement effectif et une reprise lente. Les deux autres scénarios, confinement de deux mois et reprise lente ou confinement de trois mois et reprise rapide, se traduisent par le même niveau de baisse du Pib de 8% qui est celui prévu par le gouvernement.

Les conséquences de ses scénarios sur la consommation d’énergie seraient les suivantes selon Enerdata.

-Si le confinement effectif est de deux mois et la reprise rapide, la consommation d’énergie baissera sur l’année de 4,6% par rapport à 2019.

-Si après deux mois de confinement effectif, la reprise est lente, la consommation d’énergie chutera de 9,2%, et sera plus importante encore que lors du choc de pétrolier de 1975. Ce scénario est considéré comme le plus probable.

-Si le confinement effectif dure trois mois et la reprise est rapide, la consommation d’énergie baissera de 7% sur l’année.

-Et dans le dernier scénario, le plus difficile avec trois mois de confinement effectif et une reprise lente, la consommation d’énergie finale en France chutera de 11,5%.

Un autre aspect de la baisse de la consommation d’énergie sera une réduction des émissions de CO2. Si le contenu moyen en carbone de l’énergie consommée en France ne change pas trop en 2020 par rapport à 2019, les émissions de CO2 baisseront dans une fourchette comprise entre 9,9% et 12,6%.

«De nombreux experts estiment que quand la crise sera terminée, nous assisterons à un effet rebond en 2021, avec la consommation d’énergie qui recommencera à augmenter et à effacer la tendance de 2020», conclut Enerdata.

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