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Centrale nucléaire

Quels seront nos besoins d’électricité d’ici 2050?

La consommation d’électricité devrait fortement augmenter dans les prochaines décennies avec l’électrification des usages et les nécessités d’une production de masse d’hydrogène vert. Il faut se préparer comme l’Allemagne et le Royaume-Uni a un doublement de nos besoins électriques. Même si l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et la SNBC (Stratégie nationale bas carbone) se bercent d’illusions décroissantes avec des hypothèses d’économies massives permettant de ne pas avoir à produire beaucoup plus d’électricité.

La question de la consommation et surtout de la production d’électricité dans les prochaines décennies est devenue en France un sujet tabou. Pourquoi? Parce que la transition énergétique passe par une électrification accélérée des usages, notamment dans les transports et l’industrie, et cela signifie plus de production de renouvelables, mais pas seulement compte tenu de leur intermittence. Cela signifie donc s’interroger sur la nécessité de lancer un programme de construction de centrales nucléaires. Et comme la menace de black-out ne cesse de grandir du fait de capacités de production mobilisables (non intermittentes) insuffisantes dans toute l’Europe, les pouvoirs publics vont devoir rapidement prendre des décisions. Mais ils s’y refusent pour des raisons avant tout politiques.

Doublement en Allemagne et au Royaume-Uni… pas en France

Il y a bien différentes prévisions officielles faites notamment par la SNBC (Stratégie nationale bas carbone) et par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Mais elles ont plus une vocation politique qu’opérationnelle. Elles sont notamment construites sur des postulats décroissants douteux, à savoir que nous allons être capables de faire des économies considérables d’électricité et nous allons avoir la capacité technique de stocker de plus en plus d’électricité renouvelable.

La conséquence de cela est qu’en 2015, l’Ademe estimait à moins de 
400 TWh la demande en électricité dans notre pays à l’horizon 2050 contre 470 TWh aujourd’hui… Deux ans plus tard, elle revoyait sa copie, évoquant une consommation qui pourrait s’élever à plus de 500 TWh. On peut encore parier dans les prochaines années sur de nouvelles révisions déchirantes… des prévisions de l’Ademe.

La SNBC retenait elle l’an dernier le chiffre de 630 TWh. Mais pour l’Académie des technologies, d’ici 2050 la demande en électricité en France pourrait atteindre 850 TWh. Ce dernier chiffre pourrait être le plus proche de la réalité notamment quand l’Allemagne et le Royaume-Uni prévoient un doublement de leurs consommations d’électricité d’ici 2050…

Besoins massifs d’électricité décarbonée pour fabriquer de l’hydrogène vert

Pour en revenir à la France, son équation peut se résumer de la façon suivante. En 2019, un quart de l’énergie consommé était de l’électricité, soit 470 TWh. Environ 90% de cette électricité était décarboné avant tout nucléaire, hydraulique, éolienne et solaire. Mais les trois quarts de l’énergie utilisée dans le pays, soit 1.450 TWh provenait de carburants fossiles. Cela signifie que pour atteindre la neutralité carbone en 2050, il faut éliminer tout ce qui est fossile.

Il y a trois façons de le faire. Réduire la consommation en augmentant l’efficacité énergétique, substituer aux fossiles des carburants verts produits en émettant peu de gaz à effet de serre (hydrogène vert, biocarburants, carburants de synthèse, ammoniac vert…), et électrifier les usages.

Pour ce qui est de l’efficacité énergétique, l’Ademe a pour hypothèse principale 45% d’économies. Quand on mesure la difficulté qu’il y a depuis des années à améliorer la performance énergétique des logements, on peut avoir quelques doutes. Pour ce qui est des bioénergies, les filières et les capacités sont aujourd’hui très limitées. La SNBC table sur 425 TWh provenant de la biomasse, cela nécessitera un effort d’investissement considérable et de toute façon les ressources sont limitées.

Cela signifie que la production d’électricité décarbonée devra être massive, à fortiori pour produire de grandes quantités d’hydrogène vert indispensables pour décarboner les transports et l’industrie. Pour donner un ordre d’idées, l’Union Européenne s’est donnée comme objectif d’avoir 100.000 camions fonctionnant à l’hydrogène sur les routes d’ici 2030. Au regard des trois millions de camions qui circulent en Europe continentale, cela peut sembler modeste. Mais pour alimenter en hydrogène vert 100.000 camions, il faudra produire plus de 92 TWh d’électricité décarbonée, l’équivalent de 15 réacteurs nucléaires ou de 910 kilomètres carrés de panneaux solaires. Et s’il fallait alimenter les trois millions de camions en hydrogène, il faudrait alors 2.772 TWh, soit 427 réacteurs nucléaires ou 27.200 km2 de panneaux solaires…

Commencer maintenant à construire les infrastructures

On peut donc considérer que la prévision d’une production nécessaire de 850 TWh d’électricité en 2050 est même sous-estimée. Il faudra non seulement multiplier les moyens de production, mais aussi développer les réseaux électriques pour alimenter en forte puissance les électrolyseurs produisant de l’hydrogène et les nombreuses bornes permettant de recharger rapidement les véhicules à batteries. Il faudra aussi relier efficacement les multiples champs d’éoliennes et de panneaux solaires. Il faudra aussi pouvoir les construire compte tenu des oppositions locales, pour les éoliennes terrestres, de plus en plus grandes.

Et il faudra que les réseaux et les capacités permettent de faire face aux pics de consommation et aux situations météorologiques extrêmes, grands froids et grandes chaleurs. Cela devient de plus en plus difficile en France et en Europe. La situation pourrait même continuer à se dégrader avec les investissements massifs dans les renouvelables. En général, dans les conditions météorologiques extrêmes, le rendement des éoliennes et des panneaux solaires sont faibles. Il y a peu de vent et les panneaux photovoltaïques n’apprécient pas les grandes chaleurs.

La conclusion est que les infrastructures électriques nécessaires dans trente ans doivent se construire aujourd’hui. Que ce soit les centrales et les lignes à haute tension. Si nous le faisons pas, nous allons au devant de pénuries, d’un appauvrissement et d’un renoncement à la transition que les opinions rejetteront.

La rédaction

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