<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Le détroit d’Ormuz n’est plus bloqué par la République islamique d’Iran

21 octobre 2026

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Detroit Ormuz image Wikimedia Commons
Abonnement Conflits
Abonnement Conflits

Le détroit d’Ormuz n’est plus bloqué par la République islamique d’Iran

par

En dépit des attaques régulières de la République islamique d'Iran contre les pétroliers franchissant le détroit d’Ormuz, jamais autant de pétrole n’est sorti du Golfe Persique depuis le début du conflit il y a maintenant huit mois avec les Etats-Unis et Israël. Selon les chiffres du cabinet spécialisé Kpler qui fait autorité, dans la semaine du 12 au 18 octobre, 24 millions de barils par jour sont sortis en moyenne du Golfe Persique. C’est-à-dire plus qu’avant la guerre et avant le blocage du détroit d’Ormuz qui n’a plus de blocage que le nom. Déjà en septembre, pendant 14 jours les exportations de pétrole provenant du Golfe Persique avaient dépassé leurs niveaux d'avant la guerre. Même si les risques restent toujours grands, les équipages des pétroliers acceptent de les prendre pour des primes considérables qui peuvent atteindre 25.000 dollars par personne pour un aller-retour.

Les chiffres sont saisissants. Ils ne correspondent en rien à l’analyse la plus répandue de l’efficacité de la guerre énergétique que la République islamique d’Iran mène contre les Etats-Unis et en fait le reste du monde. Les chiffres du cabinet spécialisé Kpler, qui fait autorité, pour la semaine du 12 au 18 octobre, montrent que 24 millions de barils par jour sont sortis en moyenne du Golfe Persique via le détroit d’Ormuz ou des voies de contournement. Il en sortait en moyenne 23,3 millions de barils par jour avant la guerre lancée à la fin du mois de février par les Etats-Unis et Israël. La République islamique d’Iran a beau attaquer des pétroliers autour du détroit d’Ormuz qu’elle annonce avoir bloqué, le pétrole circule en grande quantité.

Une évolution « spectaculaire », écrit le Wall Street Journal, qui pourrait être « un tournant » dans l’affrontement acharné depuis des mois entre l’Iran et les Etats-Unis pour le contrôle du « principal point de passage énergétique mondial ». L’Iran peut encore rendre les expéditions dangereuses, « mais sa capacité à dissuader les transits s’est réduite ».

Et c’était déjà le cas au mois de septembre. Pendant 14 jours en septembre, les pays exportateurs de pétrole du Golfe ont dépassé, leurs niveaux d’exportation de pétrole brut d’avant-guerre, toujours selon des données de Kpler. Le cabinet a notamment attribué cette hausse au fait que l’Arabie saoudite a pu alors effectuer des chargements de pétroliers aussi bien depuis la mer Rouge que depuis le golfe Persique.

Un système de chargement et transport clandestin et de transfert de la cargaison à d’autres pétroliers

Toujours selon Kpler, le trafic dans le détroit d’Ormuz est revenu entre le 12 et le 18 octobre à 82% de la normale même si le mois d’octobre a vu une trentaine d’attaques de navires. Les pipelines de contournement saoudien (l’oléoduc Est-Ouest) et émirati ( Habshan-Fujairah), transportent désormais 40% du brut non iranien du Golfe contre 17% en février (voir ci-dessous). Seules les exportations de l’Iran restent en grande partie bloquées par le blocus américain.

Les deux oléoducs dits de contournement permettent à l’Arabie Saoudite de transférer une partie de sa production pétrolière vers le port de Yanbu sur la mer Rouge et aux Emirats arabes unis de contourner le détroit d’Ormuz jusqu’au port de Fujairah dans le golfe d’Oman.

Le système qui permet au pétrole de sortir du Golfe Persique, en-dehors des oléoducs, est le suivant. Les pétroliers chargent le brut dans le Golfe clandestinement avec leurs trackers éteints. Ils filent ensuite à pleine vitesse sous couverture aérienne américaine le long de la côte omanaise. Arrivés dans le golfe d’Oman à la sortie du détroit d’Ormuz, ils transfèrent leur cargaison sur un autre pétrolier et repartent pour un nouveau tour.

Des risques qui ont un prix élevé

Prendre ce genre de risques a évidemment un prix. Les équipages reçoivent trois fois leur paie mensuelle ou une prime pouvant atteindre 25.000 dollars par personne par aller-retour, en quelque sorte « Le Salaire de la peur ». Le voyage d’un supertanker vers la Chine coûte ainsi aujourd’hui le tarif record de 37 dollars le baril. L’assurance guerre des pétroliers navigant dans le Golfe Persique a bondi de moins de 3% à 10% de la valeur du pétrole se trouvant dans les cuves des navires. Comme le résume dans le Wall Street Journal, Natasha Kaneva analyste de la banque JP Morgan, « en avril, le problème était la pénurie de brut. En octobre, c’est le coût de son transport ».

Tout cela valide en partie les déclarations du commandement central américain (CENTCOM) basé au Qatar qui affirmait la semaine dernière que les États-Unis contrôlent Ormuz et que la fermeture du détroit par Téhéran est un mensonge. En fait, des deux côtés on travestit la réalité. Les Etats-Unis ne contrôlent pas vraiment le détroit d’Ormuz mais permettent au pétrole de le franchir en grande quantité. Et l’Iran a toujours la capacité de rendre le trajet dangereux mais ne peut pas le bloquer. Par ailleurs, le déséquilibre du marché pétrolier mondial est loin d’avoir été résorbé et il faudra du temps pour cela. Pour preuve, les cours du baril de brut de qualité Brent se trouvaient autour de 110 dollars le 22 octobre en début de journée. Mais la République islamique d’Iran n’a apparemment plus la capacité d’empêcher l’essentiel de la production pétrolière du Golfe Persique d’être exportée, ce qui est en soi une très bonne nouvelle pour tous les pays qui importent des barils.

À propos de l’auteur

La rédaction

La rédaction

Newsletter

Voir aussi

Share This
.et_pb_column_1_4 { display:none !important; } .wp-image-13628 { display:none !important; }