–T&E : La politique énergétique menée par le pays depuis de nombreuses d’années est catastrophique. Elle est extrêmement coûteuse et se traduit par une envolée des prix de l’énergie et une perte de souveraineté. Nous privilégions les renouvelables intermittents lourdement subventionnés qui produisent une électricité dont nous n’avons nul besoin. Même les pays à l’origine de cette politique, à commencer par l’Allemagne, en reviennent. Mais nous persévérons. Comment expliquer le fait que la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3) soit passée en force et qu’il y ait une volonté de lancer coûte que coûte les appels d’offres sur les projets éoliens marins avant la présidentielle de 2027 ?
-X.M. : Cette politique énergétique est dictée par quatre forces toutes aussi néfastes les unes que les autres. La première, c’est l’incompétence jusqu’au plus haut niveau de l’État. Tous les Français savent que laisser la nuit toutes les lumières allumées augmente leur facture d’électricité. Que brancher un radiateur d’appoint en même temps que le four et la machine à laver, cela peut faire sauter les plombs. Mais nos dirigeants ne font pas la différence entre l’essentiel, empêcher que les plombs sautent à l’échelle du pays, et l’accessoire, c’est-à-dire la quantité totale d’électricité produite.
Il est évident pour tous les spécialistes que pour éviter la catastrophe d’un black-out, il faut équilibrer à chaque minute la puissance électrique produite et celle dont on a besoin. Ce qui est ignoré par nos dirigeants. C’est pourtant la seule chose dont ils devraient se préoccuper. À savoir que la France dispose de centrales électriques pilotables dont la production se commande indépendamment du vent et du soleil. Or, nos dirigeants ne parlent que de production annuelle. Pour prendre une image, ils regardent l’eau dans la baignoire alors que le sujet, c’est la pression qui sort du robinet.
Ils se glorifient de voir augmenter la quantité d’électricité produite par le vent ou par le soleil sans comprendre qu’elle ne sert à rien pour empêcher un black-out, qu’elle est inutile pour le climat et qu’elle ruine les Français. Donc, le premier problème que j’ai constaté à de très hauts niveaux, c’est l’incompétence. Nous sommes victimes de l’incompétence et aussi du mensonge. Quand le président de la République dit pour tenter de justifier son arrêt que Fessenheim était une centrale qui était très vieille et ne pouvait plus fonctionner, c’est totalement faux.
Le second facteur, c’est l’idéologie. Le mouvement antinucléaire en est à l’origine. Il est devenu un marqueur de la bien-pensance écologique. Avec une myopie complète sur un changement majeur : le fait que le risque aujourd’hui pour la planète, c’est le réchauffement du climat et pas les risques liés au nucléaire civil qui sont de mieux en mieux contrôlés. Mais l’idéologie empêche de voir qu’en Allemagne, on a remplacé le nucléaire par le gaz et le charbon, temporairement relayés quand il y a du vent et du soleil par l’électricité de ces sources intermittentes. Einstein disait : « Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. » Il avait amplement raison.
Le troisième facteur, essentiel, est l’intérêt financier de ceux qui s’enrichissent avec les énergies éoliennes et photovoltaïques. Ce sont des acteurs privés qui engrangent des sommes colossales prélevées sur le consommateur et le contribuable. C’est même plus compliqué que cela parce qu’il y a des retombées. Des agriculteurs qui ont des hangars subventionnés par des panneaux photovoltaïques et ne sont pas des gens très privilégiés en profitent aussi. Des communes rurales polluées par les nuisances des éoliennes ont quand même quelques revenus liés à l’éolien. Il y a les rentiers du foncier de ces énergies qui récupèrent des miettes des profits colossaux des opérateurs privés. Car on parle de centaines de milliards, 300 milliards et peut-être plus, prélevés sur le consommateur et le contribuable. C’est en cumulé de 2025 à 2050 ce qu’on va gaspiller.
Et ce lobby a une influence déterminante. Il utilise l’argent qu’il a en abondance pour diffuser des mensonges techniques que reprennent les idéologues et les incompétents. Je donne un exemple : les pages de publicité montrant des éoliennes en mer avec un message disant que ce parc permet de satisfaire les besoins en électricité de la population d’une ville moyenne proche. Aucun citoyen de cette ville n’accepterait de ne plus être alimenté en électricité les jours sans vent. La publicité est mensongère. Mais qui osera la dénoncer ? Sûrement pas les journaux qui en vivent.
–T&E : Peut-on dire que le système de financement des renouvelables intermittents via des prix garantis par l’État et avec une priorité d’accès au réseau, c’est en quelque sorte une OAT, une obligation assimilable du Trésor. Avec la solidité de l’OAT, mais au lieu d’être sur dix ans, elle est sur vingt ans ou vingt-cinq ans et les rendements assurés sont très très supérieurs.
-X.M. : Avec l’OAT, c’est la signature publique. La comparaison est plus proche des constructeurs privés d’autoroutes. Ils ont seulement comme risque le trafic, tous leurs coûts étant connus. Le seul risque pour les opérateurs de renouvelables est le nombre d’heures de vent et d’ensoleillement. On garantit les profits de l’opérateur privé. Les idéologues qui sont pour les énergies renouvelables privatisent la production d’un bien national qui est l’électricité. Et on nationalise les pertes.
Cet été, il y a pratiquement eu tous les jours des prix de l’électricité qui sont à zéro sur le photovoltaïque et l’État garantit aux producteurs un prix qui va de 50 euros à 200 ou 300 euros. Et tout cela est payé gentiment tous les jours par le contribuable sans que personne le signale.
Il y a enfin un quatrième facteur qui explique les errements de la politique énergétique. C’est pour moi le plus grave, car il touche au fonctionnement de notre démocratie. Tous les politiques, du fait du mode de scrutin, ont le souci d’aller chercher des voix pour le second tour en ne déplaisant à personne. Même la droite lucide sur l’inutilité des énergies éoliennes et photovoltaïques soutient le en même temps énergétique. On cherche toujours à plaire à son aile gauche. Le pire avec l’échéance qui s’annonce, c’est quand un candidat à la présidentielle est prêt à soutenir des centaines de milliards d’investissements qui sont du pur gaspillage dans l’éolien marin parce qu’il pourra bénéficier d’une centaine d’emplois dans sa ville portuaire.
Donc, voilà les quatre facteurs qui conduisent aujourd’hui à ruiner les Français avec une électricité trop chère, après avoir terriblement affaibli depuis vingt ans toute la filière du nucléaire civil qui était pourtant un fleuron de la compétitivité industrielle et économique de la France.
–T&E : Si en quelque sorte le mur des réalités scientifiques, techniques et économiques ne suffit pas à changer de politique énergétique, le mur qui ne pourra pas être ignoré, c’est le mur financier. Est-ce qu’il faut une crise financière majeure pour qu’on arrête enfin cette politique énergétique suicidaire ?
-X.M. : Le mur technique a quand même amené la réhabilitation du nucléaire civil : le fameux discours de Belfort, après l’aberration qui était sous le règne des ministres de l’Écologie qu’on connaît bien, la fermeture de Fessenheim et le plafonnement du nombre de réacteurs nucléaires comme si c’était un marqueur de gauche. Le mur des réalités vient d’avoir aussi un deuxième impact.
Nous sommes partis pour construire une puissance installée en éolien et en photovoltaïque qui va passer de l’équivalent au maximum de la puissance de 40 réacteurs nucléaires à 150, si on applique tout ce qui est dans le tuyau avec la PPE3 et dans les préfectures. C’est une folie absolue qui va déséquilibrer le système électrique français et une production totalement inutile. Le gouvernement s’est réveillé et évidemment EDF n’est pas été étranger à cela. Avec un constat qui saute aux yeux. On est en train de vouloir monter la production électrique de 550 térawattheures à 750 térawattheures avec une consommation qui stagne à 450 térawattheures.
Peut-être on pourrait-on s’occuper des raisons pour lesquelles la demande d’électricité stagne. Donc le contact avec le mur des réalités a fait qu’est apparu un plan d’électrification après l’absurde PPE3. Même si on est surtout dans l’apparence puisque c’est vrai qu’il y a un problème d’électrification, mais les moyens déployés sont ridicules par rapport aux besoins.
–T&E : Et on ne s’attaque pas au problème de fond, qui est celui du prix de l’électricité.
-X.M. : On a aussi découvert au gouvernement une vérité économique élémentaire. Quand on fait monter le prix de l’électricité en subventionnant des productions d’électricité inutiles et qui coûtent très cher, l’éolien et le solaire, on consomme moins d’électricité. C’est comme quand on fait monter le prix de la tomate, on vend moins de tomates. Du coup, comme on est en France, on va mettre des subventions pour s’équiper de ceci ou de cela.
Mais on n’enlève pas ce qui fait monter le prix de l’électricité. Au contraire, on se précipite pour signer des appels d’offres. Et pourtant, la CRE, qui de temps en temps dit des grosses bêtises, mais aussi de temps en temps des vérités, a annoncé que le coût des soutiens aux énergies intermittentes est passé de 6 à 8 milliards, puis à 10, et va passer à 12 ou 14 milliards dans les deux années qui viennent pour la seule France métropolitaine.
Donc, pour revenir à la question, oui, le mur des réalités a fait un peu bouger les choses, mais reste impuissant d’une part sur le prix de l’électricité, et d’autre part sur le en même temps. On préfère gaspiller des centaines de milliards pour des calculs politiciens. Essayer au second tour d’avoir, en étant un candidat du centre droit, les voix des écologistes de gauche et ne pas permettre que l’extrême droite l’emporte.














