<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Depuis le début de la guerre en Iran, le monde a perdu 50 milliards de dollars de pétrole

21 avril 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Navires d'attaques des Gardiens de la Révolution Détroit d'Ormuz Wikimedia Commons
Abonnement Conflits
Abonnement Conflits

Depuis le début de la guerre en Iran, le monde a perdu 50 milliards de dollars de pétrole

par

Depuis le 28 février et le déclenchement des frappes américano-israéliennes contre la République islamique d’Iran, pas moins de 500 millions de barils de pétrole ne sont pas sortis du Golfe persique. La plus importante perturbation de l'approvisionnement énergétique de l'histoire moderne à en croire l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Le calcul a été fait par l’agence Reuters. Depuis le début des attaques américano-israéliennes contre la République islamique d’Iran, le monde a perdu au moins 50 milliards de dollars de pétrole. La plus importante perturbation de l’approvisionnement énergétique de l’histoire moderne à en croire l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Cela représente concrètement, selon les calculs du cabinet spécialisé Kpler, 500 millions de barils de pétrole et de condensats qui ne sont pas sortis du Golfe persique et même pour certains des puits de pétrole et de gaz. Car les condensats sont des hydrocarbures liquides récupérés lors de l’extraction de gaz naturel. La diminution de pression et de température en têtes des puits provoque une condensation de certains des hydrocarbures les plus lourds du gisement gazier. Il s’agit une forme de pétrole léger de haute valeur.

La plupart des économistes néglige le rôle des ressources physiques, en partant du principe qu’elles seront toujours disponibles dans les quantités dont nous avons besoin, à des prix abordables et au moment où nous en avons besoin. Lorsque ces ressources ne sont pas disponibles, ce qui est le cas aujourd’hui pour le pétrole, le gaz et un certain de produits dérivés, les théoriciens admettent à contrecœur que l’activité économique subira un certain préjudice, mais ont tendance à en sous-estimer l’impact. Ils ont tort. Parce qu’ils ne mesurent pas bien le rôle central de l’énergie dans toute l’activité économique. Pour reprendre l’économiste Charles Gave, « l’économie cela n’est que de l’énergie transformée ».

La corrélation entre activité économique et consommation d’énergie est presque parfaite

Prenons l’exemple de la première économie du monde celle des Etats-Unis. Elle consacre environ 5,7% de son PIB à l’approvisionnement et la distribution d’énergie. La plupart des économistes vous diront qu’une baisse de 10% de la disponibilité énergétique n’aurait qu’un effet limité sur l’économie américaine. Ils prendraient le pourcentage de l’économie consacré à l’énergie, soit 5,7%, et le réduirait de 10% pour aboutir à une baisse de 0,57% de l’activité économique.

Un raisonnement qui est absurde. L’énergie ne peut être considérée comme les autres ressources. Elle est la ressource qui rend toutes les autres ressources disponibles. Rien ne peut se faire sans énergie. La corrélation entre l’activité économique et la consommation d’énergie est de 0,9 sachant que 1,0 représente une corrélation parfaite. Cela signifie qu’une baisse de 10% de la disponibilité énergétique est bien plus susceptible d’entraîner un recul de l’activité économique de l’ordre de 10% que de 0,5 % !

L’impact réel sur l’activité économique

Tentons d’adapter le raisonnement à ce qu’il se passe depuis le 28 février. Le pétrole représente environ 31,5% de l’énergie primaire mondiale. En perdre 10% signifie que le monde a perdu un peu plus de 3% de son approvisionnement énergétique depuis 50 jours et donc potentiellement pas loin de 3% de son activité économique.

Il faut bien mesurer ce que cela signifie. Une réduction de la production d’essence, de diesel, de fioul domestique, de kérosène, de lubrifiants pour d’innombrables machines et véhicules à travers le monde et de matière première pour de nombreux produits pétrochimiques. La disparition de 500 millions de barils de pétrole sur le marché équivaut à : une réduction de la demande mondiale dans le secteur aérien pendant 10 semaines ; l’arrêt total de la circulation routière à l’échelle mondiale pendant 11 jours ; ou une interruption de l’approvisionnement en pétrole de l’économie mondiale pendant cinq jours. Si on veut poursuivre les comparaisons, cela représente également près d’un mois de consommation de pétrole aux États-Unis, plus d’un mois de pétrole pour l’ensemble de l’Europe, et assez de carburant pour faire fonctionner le secteur mondial du transport maritime international pendant environ quatre mois.

Du côté des pays producteurs, les pays arabes du Golfe persique ont perdu environ 8 millions de barils par jour de production en mars. Les exportations de kérosène de l’Arabie saoudite, du Qatar, des Émirats arabes unis, du Koweït, de Bahreïn et d’Oman sont passées d’environ 19,6 millions de barils en février à seulement 4,1 millions de barils pour mars et avril combinés, selon les données de Kpler. Cette quantité de kérosène aurait permis d’alimenter environ 20.000 vols aller-retour entre New York et Londres.

Des mois voire des années pour retrouver des capacités de production nominales

Maintenant la question est de savoir si le Golfe persique retrouvera un jour, et à quelle échéance, un fonctionnement « normal ». Cela dépendra évidemment de la situation politique à l’issue de la guerre et du contrôle du détroit d’Ormuz et de la rapidité de remise en état et de redémarrage des installations endommagées et mises à l’arrêt.

On sait que les gisements du Koweït et de l’Irak qui contiennent des pétroles lourds pourraient mettre quatre à cinq mois à retrouver leur niveau d’exploitation normal, ce qui prolongerait la baisse des stocks tout au long de l’été. La situation est plus compliquée pour les capacités de raffinage sans qu’on puisse aujourd’hui avoir une idée précise du temps qu’il faudra pour retrouver des capacités de production nominales. Cela signifie notamment que le marché mondial du diesel et du kérosène restera tendu un moment. Du côté de la production de Gaz naturel liquéfié (GNL), la situation est encore plus difficile du fait des dommages subis par le complexe de liquéfaction qatari de Ras Laffan, le plus grand au monde. La reconstruction d’au moins deux trains de liquéfaction sur 14 détruits par les drones iraniens prendra entre 3 et 5 ans.

À propos de l’auteur

La rédaction

La rédaction

Newsletter

Voir aussi

Share This
.et_pb_column_1_4 { display:none !important; } .wp-image-13628 { display:none !important; }