EDF a publié la semaine dernière ses résultats pour l’année 2025. Ils sont marqués par une baisse sensible du résultat net de 3 milliards d’euros à 8,4 milliards contre 11,4 milliards en 2024. Un recul de la rentabilité lié à la fois au chantier compliqué, un euphémisme, des deux EPR de Hinkley Point au Royaume-Uni et à la baisse moyenne des prix de gros de l’électricité qui deviennent même de plus en plus souvent négatifs face à l’afflux au printemps et en été des productions renouvelables intermittentes. EDF a ainsi dû procéder à la « dépréciation de la valeur du projet Hinkley Point C pour 2,5 milliards d’euros ». La mise en service du premier des deux réacteurs en construction a été encore décalée de douze mois, à 2030. Elle était initialement prévue en 2025 puis a été d’abord repoussée en 2027 et en 2029, comme pour l’EPR de Flamanville.
Et dans le même temps, le chiffre d’affaires d’EDF était en baisse l’an dernier à 113,3 milliards d’euros contre 118,7 milliards en 2024 tandis que paradoxalement la performance industrielle a été meilleure avec une production totale de 515 TWh et surtout de 373 TWh (en hausse de 11,3 TWh) pour le parc nucléaire.
Les conséquences « cachées » de l’effacement nucléaire face aux renouvelables intermittents
Mais l’afflux intermittent et aléatoire d’électricité produite par des éoliennes et des panneaux solaires pose des problèmes grandissants à EDF illustrés par le rapport publié le 16 février dernier sur les lourdes conséquences de la modulation de plus en plus fréquente de la production des centrales nucléaires, hydrauliques et thermiques puisque les productions renouvelables intermittentes sont prioritaires sur le réseau. Ce rapport aurait dû être rendu public en décembre dernier mais le gouvernement Lecornu l’a empêché avant la publication par décret de la PPE3 (programmation pluriannuelle de l’énergie version 3) qui stipule des investissements massifs dans les renouvelables intermittents dans les dix prochaines années. Et le rapport finalement publié par EDF est tronqué ! Il y manque le chapitre 5 sur les coûts de la modulation pour l’entreprise publique qui a mystérieusement disparu entre décembre 2025 et février 2026… On peut le constater sur la comparaison entre les photos ci-dessous.

Comparaison entre le sommaire du rapport d’EDF sur les conséquences de l’effacement des centrales nucléaires, hydrauliques et thermiques pour laisser la place aux renouvelables intermittents, tel que publié le 16 février dernier (à gauche) et le document de travail qui devait l’être en décembre 2025 (à droite) et a été bloqué par le gouvernement Lecornu. Dans le rapport publié, il manque le chapitre 5 intitulé : « Impact économique d’un développement soutenu de l’offre d’électricité renouvelable dans un contexte de demande électrique atone, et leviers sur l’équilibre offre-demande ».
Pour en revenir aux comptes 2025 d’EDF, ils s’inscrivent dans la droite ligne du rapport de la Cour des comptes de septembre 2025 qui soulignait le fait que l’entreprise publique est face à un mur d’investissements. La Cour des comptes l’évaluait à 460 milliards d’euros d’ici 2040. Sans une augmentation durable et sensible de la rentabilité d’EDF, affaiblie depuis des années par les injonctions contradictoires de l’Etat et les politiques énergétiques irresponsables des gouvernements successifs, EDF sera incapable de financer de tels investissements. A la fin de l’année 2025, sa dette financière nette était de 51,5 milliards d’euros.
Mais pour bien mesurer aussi les défis techniques et d’organisation auxquels fait face EDF, il faut se pencher sur le rapport 2025 de l’Inspecteur Général pour la Sûreté Nucléaire et la Radioprotection (IGSNR) d’EDF qui vient d’être rendu public. L’inspecteur général, en l’occurrence l’Amiral Jean Casabianca, est totalement indépendant. On peut trouver son rapport de 116 pages ici en PDF.
Des indicateurs de sûreté « satisfaisants »
Il souligne notamment que l’année 2025 marque une étape importante pour l’industrie nucléaire française « avec la montée en puissance réussie de l’EPR de Flamanville et sa connexion au réseau national, le renouveau mondial du nucléaire, pilotable et décarboné, instrument de puissance géopolitique, en Europe et en France, les exigences accrues de fiabilité et d’excellence opérationnelle face aux défis de l’adaptation des réseaux, de l’intégration des nouveaux systèmes de production et des effets du changement climatique notamment sur la source froide… ».
Sur le bilan de l’année en termes de sûreté, la plupart des indicateurs sont jugés « satisfaisants ». « Le nombre d’arrêts automatiques de réacteurs (AAR) pour des causes internes se stabilise autour d’une vingtaine en France (24 pour 57 réacteurs) et il a augmenté à un niveau rarement atteint au Royaume-Uni (8 pour 9 réacteurs). De part et d’autre de la Manche, le facteur humain ainsi que des défaillances d’équipements en sont les causes principales. En France, s’y ajoutent, de manière atypique, six AAR liés à des causes externes (foudre, méduses, réseau, etc…). »

Les sites nucléaires d’EDF IGSNR 2025
Source : Rapport 2025 IGSNR.
Le rapport IGSNR 2025 passe au crible non seulement la gestion de la sûreté des installations nucléaires, mais les perspectives stratégiques de la filière en France, les priorités à établir pour les années à venir, la nécessaire prise en compte des expériences passées, difficiles, pour la construction de nouveaux réacteurs et la nécessité de développer les réacteurs dits de quatrième génération à neutrons rapides et de « continuer à innover pour préserver notre souveraineté et diminuer notre empreinte carbone grâce à une énergie abondante, pilotable et décarbonée ».
Pour ce qui est de la construction de nouveaux réacteurs, à commencer par les six EPR2 prévus et éventuellement huit supplémentaires, l’IGSNR insiste sur « la maîtrise et l’enchaînement de nombreuses phases impliquant de multiples acteurs : étude de faisabilité suivie de l’avant-projet sommaire puis détaillé, contractualisation et plans d’exécution, réalisation avec la préparation du site, le génie civil et les montages électromécaniques et enfin les essais à froid et à chaud, chargement et démarrage avant la mise en service industrielle. La bonne exécution de chacune de ces phases conditionne les 60 ans, à minima, d’exploitation ».
La nécessité de relancer les projets de réacteurs de quatrième génération à neutrons rapides
Le rapport revient aussi sur le blackout de la péninsule ibérique du 28 avril 2025 qui aurait fait 147 morts. Il « a été qualifiée par l’ENTSO-E, l’association des gestionnaires de réseaux européens, de « premier black-out lié à un phénomène de surtensions en cascade, en Europe et probablement dans le monde ! ». Il a provoqué des perturbations dans le sud-ouest de la France et l’arrêt automatique d’un réacteur de Golfech… Ce passage dans le noir de la péninsule Ibérique met en lumière la plus grande robustesse du réseau français et de ses moyens de production ».
Enfin, l’IGSNR insiste sur un point stratégique très important, la nécessité de fermer le cycle du combustible, c’est-à-dire de développer les réacteurs de quatrième génération dits à neutrons rapides. Ils ont pour caractéristique, entres autres, d’utiliser comme combustibles les déchets nucléaires stockés depuis des décennies, uranium appauvri et plutonium. La France a longtemps été en pointe dans cette technologie avant que pour des raisons purement politiciennes et stupides, le réacteur Superphénix soit arrêté par Lionel Jospin en 1997 et qu’un peu plus de 20 ans plus tard, en 2019, le projet Astrid soit stoppé net par Emmanuel Macron.
« Développer une nouvelle filière à neutrons rapides, à un horizon compatible avec nos besoins de souveraineté énergétique, impose de définir rigoureusement, sans impasse ni retard, les moyens d’essais nécessaires. Tout programme nucléaire solide et durable s’appuie sur une colonne vertébrale de R&D, un parc de moyens d’essais et des financements publics », écrit l’IGSNR.














