<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> L’industrie chimique européenne s’effondre

19 février 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Usine BASF Ludwigshafen Wikimedia Commons
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L’industrie chimique européenne s’effondre

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Minée par des prix de l’énergie deux à trois fois supérieurs à ceux de ses concurrents asiatiques et nord-américains et par une réglementation climatique européenne kafkaïenne, l’industrie chimique européenne est menacée de disparition… dans l’indifférence générale. Encore des pans de la souveraineté industrielle européenne qui s’effondrent. Rappelons que sans l’industrie chimique et ses productions il n’y a plus d’agriculture capable de nourrir l’humanité, plus d’hôpitaux et de médicaments pour la soigner, plus d’industrie de défense et plus d’industrie automobile…

Les investissements dans l’industrie chimique européenne sont en chute libre et les fermetures de capacités représentent des dizaines de millions de tonnes. Les investisseurs désertent cette industrie stratégique minée par les réglementations kafkaïenne de l’Union Européenne (UE) et des coûts énergétiques deux à trois fois supérieurs à ceux de la concurrence en Asie et en Amérique du Nord. Cette industrie a un poids économique et financier considérable. Elle a enregistré un chiffre d’affaires de plus de 600 milliards d’euros en 2024.

Le constat fait par Sir Jim Ratcliffe, président d’INEOS, un groupe britannique qui est le numéro 9 mondial de l’industrie chimique, est effrayant. « Depuis février 2024, 101 sites industriels ont fermé, 25 millions de tonnes de capacité de production chimique ont quitté l’Europe et plus de 75.000 personnes ont perdu leur emploi. Remplacer ces usines coûterait environ 70 milliards d’euros », a-t-il déclaré le 11 février dernier à Anvers lors du troisième sommet de l’industrie européenne. « Nous sommes dépendants désormais à 95% des vitamines provenant de Chine et d’Inde. La chimie était le pilier de toutes les industries et il est en train de s’effondrer à l’heure où nous parlons », a-t-il ajouté. Les entreprises chimiques européennes ont vu leur part du marché mondial tomber de plus de 27% en 2004 à 12,6 % en 2024.

De nouvelles dépendances

Rappelons que sans l’industrie chimique et ses productions il n’y a plus d’agriculture capable de nourrir l’humanité, plus d’hôpitaux et de médicaments pour la soigner, plus d’industrie de défense et plus d’industrie automobile… Un seul exemple suffit à illustrer son rôle majeur. L’industrie chimique produit par an dans le monde environ 180 millions de tonnes d’ammoniac. Cet ammoniac est indispensable pour fabriquer les engrais azotés. Sans eux, la moitié des huit milliards d’humains qui vivent sur terre ne peuvent être nourris.

L’Europe proclame qu’elle veut réindustrialiser… mais fait exactement le contraire et va se retrouver très bientôt avec de nouvelles dépendances qui mineront un peu plus sa souveraineté. Selon le Financial Times, citant des données du Conseil européen de l’industrie chimique (Cefic), les investissements dans l’industrie chimique européenne se sont effondrés de 80% l’année dernière.

Toujours selon le Cefic, les fermetures de capacités dans l’UE ont été multipliées par six depuis 2022 pour représenter au total 37 millions de tonnes en 2025, ce qui représente 9% de la capacité de production. Et cela est loin d’être terminé. « Le secteur est en train de s’effondrer. Le taux de fermetures a doublé en un an, et pire encore, les investissements annuels ont diminué de moitié et sont proches de zéro. Des deux côtés, la vitesse s’accélère, elle ne ralentit pas. Nous avons besoin d’une action décisive cette année, avec un impact au niveau des usines », explique Marco Mensink, directeur du Cefic. « Si vous voulez un secteur de la défense… un secteur automobile, celui-ci dépend totalement des produits chimiques qui fournissent les matériaux. Il s’agit tout simplement d’un étranglement de l’Europe par le reste du monde », ajoute-t-il.

Les hydrocarbures fournissent à la fois la matière première et l’énergie

Le Wall Street Journal dresse un tableau aussi sombre que ceux brossés par le Financial Times et le Cefic. L’entreprise saoudienne SABIC a cédé ses actifs en Europe. Dow prévoit de fermer plusieurs usines en Allemagne, invoquant les coûts élevés de l’énergie, les coûts élevés des émissions de CO2 et la faiblesse de la demande. Exxon envisagerait de suivre l’exemple de SABIC et de se retirer complètement du secteur chimique européen.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 et la perte qui a suivi pour les pays européens de l’approvisionnement en gaz russe bon marché a joué un rôle majeur. Des intrants énergétiques bon marché, et plus particulièrement le gaz, sont essentiels à la compétitivité d’une industrie qui utilise des hydrocarbures à la fois comme la matière première pour la plupart de ses productions, notamment le gaz naturel, et évidemment comme ressources énergétiques.

Une stratégie européenne en échec… pour changer

Les coûts énergétiques très élevés frappent toutes les industries européennes, mais évidemment plus celles qui sont les plus énergivores. Mais ce n’est pas tout. À cela s’ajoutent les réglementations de plus en plus restrictives liées au climat imposées par les institutions européennes qui ont indiqué clairement et à plusieurs reprises que leur priorité n’est pas la compétitivité, mais la réduction des émissions de gaz à effet de serre à tout prix.

Mais l’effondrement de l’industrie chimique européenne et l’importation massive de produits chimiques provenant d’Asie et des Etats-Unis qui sont très peu vertueux en matière d’émissions montrent que cette stratégie est un échec total… pour changer. Voilà pourquoi la Commission européenne cherche aujourd’hui à sauver ce qui peut l’être avec son mécanisme controversé d’ajustement carbone aux frontières, ou CBAM. Il s’agit dans le principe de taxer les importations moins chères de marchandises produites dans des pays où les réglementations en matière d’émissions sont moins strictes et où l’énergie provenant du gaz et du charbon est abondante et bon marché. C’est évidemment la Chine qui est visée. Mais ce mécanisme est facilement contourné… et il reste pénalisant pour l’économie européenne.

L’avenir de la chimie européenne semble bien sombre à moins d’un changement radical de politique très peu vraisemblable avec la priorité donnée à un approvisionnement énergétique abondant, bon marché et souverain et un renversement des priorités de réduction des émissions. Difficile à croire que les pays européens vont soudain se mettre à exploiter massivement le gaz de schiste de leur sous-sol et privilégier la survie industrielle à la politique climatique.

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