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En 2025, le monde manquera de Lithium

Salarde Atacama Gisement Lithium Chili Wikimedia Commons

Les besoins en lithium vont augmenter de façon exponentielle au cours des prochaines années si la voiture électrique connait le développement que cherchent à imposer les gouvernements. Cela signifie que la demande de batteries lithium-ion devrait être multipliée par 8 en moins de dix ans. La production de lithium dans le monde ne pourra pas suivre, faute d’investissements suffisants dans de nouvelles mines. La faiblesse des cours du lithium depuis plusieurs années n’a pas incité les groupes miniers à lancer l’exploitation de nouveaux gisements. Cette situation pourrait limiter le succès commercial des véhicules électriques.

La banque UBS a réalisé très récemment une étude approfondie réservée à ses clients investisseurs institutionnels sur les matières premières des batteries lithium-ion. Ces batteries dont les inventeurs ont obtenu le Prix Nobel et qui alimentent tous nos appareils électroniques et plus encore les véhicules électriques. Le magazine Forbes a pu avoir accès à cette étude. L’une de ses principales conclusions est qu’il y aura une pénurie de lithium dans le monde d’ici 2025.

Une production de batteries multipliée par treize d’ici 2030

Pour UBS, qui a analysé sept technologies différentes de fabrication des cellules de batteries au lithium, les progrès rapides réalisés permettront aux véhicules électriques de parvenir à une parité de prix avec leurs équivalents à moteur thermique d’ici 2024. Et cela permettra, toujours selon UBS, aux véhicules électriques de représenter près de la moitié des ventes d’automobiles neuves d’ici 2030.

Maintenant, il faut faire attention aux prévisions à dix ans concernant les transports et plus particulièrement la voiture électrique. En 2006, Carlos Ghosn, alors patron de l’alliance Renault-Nissan, annonçait que les ventes de voitures électriques représenteraient 10% du marché mondial en 2020… Elles seront autour de 3%. Mais il y a mieux encore. Il y a tout juste dix ans, au Mondial de l’automobile de 2010, le gouvernement et plus particulièrement le ministère de l’Ecologie et de l’Energie prévoyaient que deux millions de voitures électriques circuleraient en France en 2020. Et que 400.000 bornes de recharge seraient accessibles sur la voie publique. Sans parler, déjà, de la mise en place d’une filière française de production de batteries… Il y a 300.000 véhicules électriques sur les routes, moins de 30.000 bornes publiques et la filière française de batteries est embryonnaire.

Il y a une certitude pourtant, les véhicules électriques emporteront tous des centaines de kilos de batteries lithium-ion dont la demande va s’envoler au cours des prochaines années. Pour donner un ordre d’idées, la production de véhicules électriques nécessitera en 2030 environ 2.700 GWh de batteries par an. Cela représente treize fois ce qui est fabriqué aujourd’hui.

Manque d’investissements par manque de rentabilité

Les batteries lithium-ion sont construites avec de nombreuses matières premières et métaux. Il existe des technologies très différentes pour construire les cellules. Mais elles contiennent toutes du lithium! Il s’agit du métal le plus léger existant sur terre. Selon les calculs d’UBS, la demande de lithium sera multipliée par 8 d’ici 2030.

Le lithium n’est pas un métal rare. Mais il est enfoui profondément dans la croute terrestre. Cela signifie que pour l’extraire, il faut des mines importantes dont l’exploitation est coûteuse et qui nécessitent des investissements de long terme pas toujours rentables au cours des dernières années. Depuis 2018, les prix du lithium se sont effondrés et ont perdu au plus bas entre 60 et 70%. Cela a contraint les groupes miniers à réduire leurs investissements et limiter les nouveaux projets.

Conséquence, les producteurs de lithium seront incapables de faire face à une envolée de la demande dans les toutes prochaines années. «Il n’y a pas assez de ressources pour satisfaire la demande compte tenu des projets miniers existants aujourd’hui. Cela comprend tous les projets qui sont en cours de réalisation, qui sont faisables ou qui sont encore en phase d’exploration», écrit dans l’étude Glyn Lawcock, le responsable pour UBS de l’industrie minière.

Vers une pénurie

Et tant que les prix du lithium resteront bas, du fait notamment des conséquences économiques de la pandémie, les groupes miniers n’augmenteront pas leurs investissements. Pour les analystes d’UBS, il faut que les cours du lithium augmente au moins de 20% pour espérer éviter une pénurie.

Cela signifie que dans les prochaines années, avec une demande de lithium qui ne peut que progresser fortement pour équiper des millions de voitures électriques, et une production limitée, les cours de ce métal ont toutes les chances de s’envoler car les capacités de production seront rapidement insuffisantes compte tenu du temps qu’il faut pour mettre en exploitation une nouvelle mine. L’espoir de voir les prix des voitures électriques s’aligner avec ceux de leurs équivalents à moteurs thermiques s’éloigne. D’autant plus que les batteries représentent au moins 40% de la valeur des véhicules électriques.

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