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«La voiture électrique est victime des préjugés»

Nouvelle Renault Zoe

Interview. Frédéric Pereira est un spécialiste de la vente automobile. Il a exercé d’importantes fonctions dans de grands réseaux de concessionnaires, et travaillé tout au long de sa carrière pour un grand nombre de marques: Volkswagen, Audi, Seat, BMW, Mini, Jaguar, Land Rover en passant par Bentley ou Infiniti. 

T&E : Vous avez décidé il y a quelques mois de lancer un réseau spécifique de vente de voitures d’occasion électriques et hybrides. Pourtant, les chiffres montrent que le consommateur français renâcle à passer à la voiture électrique. Cette situation va-t-elle changer ?

Frédéric Pereira : Je pense que les mentalités commencent à évoluer face au véhicule électrique.  Mais cela prend du temps. La voiture électrique est victime des préjugés. Le principal problème à mon sens est le manque d’informations.

Il y a une partie des automobilistes qui, par principe, ne veut pas entendre parler de l’électrique et d’autres qui ne croient pas à l’utilité écologique de l’électrique. Il y a aussi un nombre important d’automobilistes qui considèrent qu’ils n’ont pas les moyens de s’y intéresser. C’est justement pour cela que j’ai lancé Green Car. Le prix moyen des véhicules d’occasion que nous commercialisons est de 12 000 euros et nous vendons des Renault Zoe d’occasion de première génération à 6 000 euros sans les aides. Cela change beaucoup de choses. Avec un coût de recharge de 2 euros pour 100 kilomètres et un coût d’entretien extrêmement limité, c’est imbattable économiquement.

Mais nous devons avant tout faire de la pédagogie. Car un grand nombre d’automobilistes ne connaît pas ces véhicules et cette technologie et a des préjugés. C’est souvent pour cela qu’ils considèrent que cette voiture n’est pas pour eux. Ils ne se rendent pas compte qu’elles peuvent être parfaitement adaptées à l’utilisation qu’ils font d’une voiture 85 % à 90 % du temps. On craint ce qu’on ne connaît pas.

En moyenne, un automobiliste fait 17,5 kilomètres par jour en Île-de-France et 32 kilomètres en province. Une voitureélectrique d’occasion comme une Renault Zoe de première génération ou une Nissan Leaf ont une autonomie de 120 à 150 kilomètres qui convient largement.

Et quand un automobiliste franchit le pas et passe à l’électrique,  il regrette souvent de ne pas l’avoir fait plus tôt tant laconduite et l’utilisation sont agréables. C’est tellement souple,  silencieux, avec un couple instantané. Cela change un peu laméthode de conduite car le frein moteur est beaucoup plus présent. Vous usez beaucoup moins les pneumatiques et lesplaquettes de frein. Les gens qui ont deux voitures aujourd’hui et sont passés à l’électrique ne se servent quasiment plus que de l’électrique dans leur vie de tous les jours.

Maintenant, il ne faut pas vendre une autonomie qui n’existe pas. Il faut présenter tout de suite les contraintes, notamment le temps de recharge et l’accessibilité des bornes. Mais si vous êtes prêts à les accepter, vous n’aurez que des avantages.

T&E : Justement dans les contraintes, la plus inquiétante peut-être pour les éventuels acheteurs est celle de la recharge. À la fois la question de l’emplacement des bornes ou de leur installation et du temps ensuite d’immobilisation du véhicule.

P. : À partir du moment où l’automobiliste habite dans une maison individuelle, il n’y a aucun problème. Avec la prise de courant classique de 220 volts, on recharge la voiture dehors ou dans un garage sans problème. Il faut entre 8 et 10 heures et cela revient à deux euros pour 100 kilomètres. Après vous avez des bornes spécifiques installées chez vous qui vous permettent de passer à 3 heures 30.

Contrairement aux idées reçues, la voiture électrique est de ce fait plus attractive en province, car le logement en maison y est bien plus répandu. Et pourtant, on ne cesse de dire que c’est un véhicule adapté aux grandes villes, même si l’espace pour des bornes est limité et si dans les immeubles d’appartement il est plus difficile de recharger une batterie. L’urbain quand il ne peut pas se garer, quand il vit dans un appartement, c’est plus compliqué.

T&E : Les concessionnaires jouent-ils le jeu?

P. : Ils ont du mal. d’abord parce que les commerciaux n’ont pas l’habitude et souvent pas l’envie ou le temps de faire la pédagogie de l’électrique ou même de l’hybride. Car ce sont des véhicules qu’on doit vendre en fonction des besoins précis de l’acheteur.

Ensuite, ces véhicules posent un problème de fond aux concessionnaires. S’ils vendent un véhicule électrique, son entretien est très réduit et peu coûteux. Or l’entretien représente une grande part des marges des concessionnaires. Il y a beaucoup moins de pièces que dans un véhicule à moteur thermique et ils sont très fiables.

Et les investissements qu’il faut dans une concession, les bornes de recharge rapide, la formation des techniciens et des vendeurs, tout cela coûte et ne rapporte rien, en tout cas dans l’immédiat. Mais pour un marché de 1 % à 2 % des véhicules neufs vendus, cela n’a pas de sens.

T&E : Combien de kilomètres sont capables de faire ces véhicules et quelle est l’usure des batteries et leur perte progressive de capacité ?

P. : Aux États-Unis, il y a des Tesla qui ont dépassé 600 000 kilomètres. J’ai vu passer des Renault Zoé, Nissan Leaf ou BMW I3 ayant 150 000 à 200 000 kilomètres et fonctionnant parfaitement. Ces voitures s’usent très peu. On ne parle pas de kilométrage avec une voiture électrique. La fiabilité est meilleure que sur une thermique. Il y a beaucoup moins de pièces en mouvement et en frottement, et donc moins de pièces à changer.

Concernant les batteries, elles sont garanties huit ans et 160 000 kilomètres. On parle de garantie, pas de durée de vie. Elles perdent un peu de leur capacité au fil des années, pas en puissance mais en autonomie. Et contrairement à ce qu’on dit, ces batteries sont réparables si certains composants ont lâché.

T&E : Où trouvez-vous les véhicules d’occasion pour alimenter votre réseau ?

P. : J’achète des voitures seulement à partir de 2013, la deuxième génération avec des batteries lithium-ion. On commence à en trouver, mais il n’y a pas que la France. Je vais chercher, par exemple, des véhicules en Norvège.

Propos recueillis par Éric Leser

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