Transitions & Energies

La taxe carbone, une fausse bonne idée

Sidérurgie

Article paru dans le N°2 du magazine Transitions & Energies.

Il s’agit en France avant tout d’un impôt supplémentaire destiné à remplir les caisses d’un État impécunieux. Et il n’a aucune incidence sur le bilan carbone. Tandis que les scientifiques de l’environnement essayaient de travailler sur les incertitudes des sciences biologiques et environnementales, en privilégiant les facteurs de transformation et donc la compréhension du vivant, des conférences internationales ont transformé leurs travaux en avertissements pour modifier en urgence nos modes de vie.

À Stockholm, en 1972, on s’interroge sur la planète que l’on va laisser à nos enfants. En 1992, on commence à Rio à se méfier des humains. En 1997 à Kyoto, on fournit la réponse unique à toutes une série de questions aux résultats contradictoires en désignant un coupable, le carbone, devenu cause essentielle, unique, du dérèglement climatique rebaptisé « réchauffement climatique ».

« Éradiquez le carbone et vous serez sauvés », voilà alors le credo. Même si en 1972 les scientifiques avaient exprimé les complexités de notre univers qui justifiaient une multiplication des solutions à étudier selon les territoires. Nous héritons de cette simplification hasardeuse et trompeuse. Le protocole de Kyoto enjoignait le monde entier à lever une « taxe carbone » pour contraindre le genre humain dans son ensemble à éradiquer l’utilisation des énergies fossiles, pétrole, gaz et charbon.

DROIT À POLLUER. Première interrogation donc, cet objectif est-il scientifiquement le bon ? La réponse est clairement non ! En supposant que l’urgence climatique à cause anthropique soit acceptée de tous, le coupable ne peut pas être unique.

Mais la deuxième question est encore plus préoccupante : peut-on espérer en un temps court faire régresser l’utilisation énergétique des énergies fossiles (je rappelle ici qu’environ 15 % des hydrocarbures sont des sources de produits industriels, du bitume aux plastiques et aux cosmétiques) ? La réponse est encore plus non. Car 80 % de l’énergie utilisée par les humains est d’origine fossile et une transformation radicale est tout simplement impossible en quelques années.

Tandis que se mettait en place un « marché carbone » que l’on pourrait caricaturer en marché de droits à polluer qui a conduit à des dérives incroyables et des résultats insignifiants, certains États, dont la France, ont tenté de lever un nouvel impôt, la taxe carbone, pour orienter leur pays vers la vertu. Après des tentatives en 2000 et 2009 refusées par le Conseil constitutionnel, ce n’est qu’en 2014 qu’une taxe est levée, d’abord modeste, puis en augmentation chaque année jusqu’à la révolte des gilets jaunes qui a entraîné un recul et une pause en décembre 2018.

UN IMPÔT SUPPLÉMENTAIRE SANS INCIDENCE SUR LE BILAN CARBONE. De fait, cette taxe se résume à une augmentation de la fiscalité automobile puisque la plupart des autres utilisations des fossiles sont exonérées, en particulier les avions et les bateaux qui sont les plus grands consommateurs. Mais on peut donner deux éléments supplémentaires. Ses revenus ne sont que très marginalement utilisés pour réaliser des économies d’énergie, base de raisonnement de la levée de la taxe, et, par ailleurs, on frappe ainsi un pays qui est un des leaders actuels du bas carbone grâce à sa production électrique à 75 % nucléaire et 11 % hydraulique.

Finalement, pour la France, la taxe carbone n’est en fait qu’une levée supplémentaire d’un impôt destiné à remplir les caisses d’un État impécunieux qui peine à réaliser la seule réforme nécessaire pour rétablir la compétitivité du pays, à savoir la baisse des dépenses publiques.

Si la taxe carbone n’a finalement aucune incidence pour le bilan carbone de la France qui est déjà très bon et qui a surtout besoin d’être préservé grâce au maintien de la production nucléaire, qu’en est-il du monde en général et l’idée de Kyoto a-t-elle un sens ?

SEULE SOLUTION EFFICACE, PROPOSER UNE ALTERNATIVE MOINS ONÉREUSE. Les pays émergents ont clairement indiqué qu’ils ne souhaitaient pas prendre des engagements en matière d’émissions de CO2 à court ou moyen terme lors des conférences internationales. Leur objectif est de fournir à leurs populations une énergie abondante et bon marché, peu importe la source et les émissions. C’est ainsi que l’inde et la Chine poursuivent leurs programmes de centrales électriques à charbon en dehors des zones trop urbanisées car leur prix est très compétitif. On pourrait multiplier les exemples à cet égard. C’est le prix qui va décider partout de l’utilisation, ou non, des combustibles d’origine fossile, et les derniers mois nous montrent un renouveau mondial des explorations d’hydrocarbures dans tous les bassins sédimentaires prometteurs. il n’y a donc pas de ralentissement, mais plutôt une accélération mondiale de l’exploration et de la production du pétrole et du gaz…

C’est ainsi que se confirme le véritable statut de la taxe carbone, une occasion pour des administrations désargentées de lever un impôt aux bonnes intentions déclarées mais dont le seul résultat est une ponction supplémentaire sur des automobilistes et leur stigmatisation. La seule bonne méthode pour restreindre la consommation énergétique d’hydrocarbures est de proposer une alternative moins onéreuse ; ce n’est pas encore le cas, mais cela arrivera. L’énergie de demain, ce sera la moins chère.

Loïk Le Floch Prigent

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