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Le retour du pétrole

Barils de pétrole wikimedia commons

Il y a moins d’un mois, le marché pétrolier connaissait un effondrement comme il en a le secret. Mais les cours du baril sont repartis nettement à la hausse, dopés par la remontée rapide de la demande et de la consommation de pétrole en Chine et en Inde et par la baisse simultanée de l’offre des pays producteurs. De quoi réanimer la spéculation.

L’éclipse pétrolière n’aura-t-elle finalement duré que le temps du confinement mondial? En tout cas, les cours du baril sont repartis nettement à la hausse au même rythme que le retour à la normale de la demande. Au point que Donald Trump n’a pas pu s’empêcher lundi 18 mai de tweeter «oil is back» (le pétrole est de retour). Sans doute très prématuré. Et il y a beaucoup de spéculation et de volatilité sur les marchés. En tout cas, le pétrole Brent de la mer du Nord flirtait le 19 mai en début de journée avec les 35 dollars le baril et le WTI, le brut léger américain, se trouvait à près de 32 dollars le baril. Il y a moins d’un mois, des contrats à terme sur le WTI se débouclaient à des prix négatifs… Mais depuis, une partie de l’économie mondiale a redémarré et les pays producteurs ont cessé d’inonder le marché.

La peur des transports en commun pousse les Chinois à prendre leurs voitures

Selon l’agence Bloomberg, la demande de pétrole en Chine a quasiment retrouvé ses niveaux d’avant le coronavirus. Notamment parce que la peur des transports en commun incite les Chinois à utiliser en grand nombre leur voiture pour aller travailler. Dans certaines villes chinoises les embouteillages sont encore plus nombreux qu’avant l’épidémie, d’après les données compilées par TomTom.

«La consommation d’essence et de diesel a complètement retrouvé ses niveaux d’avant-crise», écrit Bloomberg. La Chine est le deuxième plus gros consommateur de pétrole au monde, derrière les Etats-Unis. Avec le confinement, sa consommation avait chuté de 20%. Mais depuis quelques jours, les raffineurs du pays «achètent tout ce qui passe sous leurs yeux», indique à Bloomberg un responsable d’une maison de négoce.

Il n’y a que la demande de kérosène pour le transport aérien qui reste très en dessous de ses niveaux d’il y a un an. Et si la consommation de diesel a fortement rebondi ces derniers temps, c’est aussi parce que Beijing a demandé aux agriculteurs d’accroître les semis pour garantir à la Chine la sécurité alimentaire. Les traders et les professionnels du marché pétrolier estiment que la consommation en Chine est actuellement d’environ 13 millions de barils par jour, à comparer avec une moyenne de 13,4 millions en mai 2019 et de 13,7 millions en décembre 2019.

Augmentation de la demande et baisse de l’offre

 La consommation de carburants repart également à la hausse en Inde, un autre grand pays consommateur de pétrole, en dépit du fait que le confinement y est prolongé jusqu’à la fin du mois. La consommation de diesel a tout de même rebondit de 75% à la mi-mai sur un mois glissant. Celle d’essence est en progression de 72%. En avril, la consommation de carburants en Inde se trouvait au plus bas depuis douze ans.

La demande repart ainsi fortement à la hausse dans le monde et dans le même temps l’offre se tarit… Après une partie de bras de fer à trois entre les trois principaux producteurs, la Russie, l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis, ils ont finalement décidé de fortement baisser l’offre pour soutenir les prix. Et cette fois, les pays producteurs semblent respecter leurs engagements. Même la Russie semble résolue à s’en tenir aux termes de l’accord.

Les expéditions de pétrole de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) ont connu «un renversement stupéfiant» en mai, selon les données de Kpler, un cabinet spécialisé dans le suivi du trafic pétrolier. Les exportations de l’Opep+ (l’Opep et ses alliés dont la Russie) ont chuté de 6,4 millions de barils par jour, précise-t-il. L’Arabie saoudite, sollicitée par trois pays asiatiques souhaitant recevoir davantage de pétrole de la compagnie nationale Aramco, a aussi décidé de ne pas y donner suite, toujours d’après Bloomberg.

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