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Rénovation énergétique des logements, le gouvernement se prend encore les pieds dans le tapis


Le dispositif des certificats d’économies d’énergie (CEE) a pour objet d’accélérer la rénovation énergétique des logements. C’est un dispositif d’une rare complexité dont l’administration française a le secret. Il contraint les fournisseurs d’énergie à faire effectuer des travaux d’économies d’énergies mais certains plutôt que d’autres grâce à des aides plus importantes. Le dispositif fonctionne très mal, coûte cher et il est impossible d’en mesurer l’impact. Il a favorisé en plus la multiplication des arnaques, comme avec les travaux à 1 euro de sinistre réputation. Pour redresser la situation, que fait le gouvernement? Il ne change pas un dispositif catastrophique. Non. Il réduit les prestations en espérant un miracle. C’est ce qu’il vient de faire le 1er mai, au moment même où les prix de l’énergie flambent.  

A en croire les discours officiels et les promesses sans cesse répétées, la rénovation énergétique des bâtiments en général et des logements en particulier est une priorité du gouvernement. Elle présente deux avantages indéniables, réduire évidemment la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre, et permettre d’alléger la facture d’énergie des ménages modestes, une nécessité sociale au moment où les prix du gaz, de l’électricité, du fioul et du bois s’envolent.

Les primes vont baisser de 20 à 30% selon les travaux

Voilà pour la théorie. Dans la pratique, les pouvoirs publics font exactement le contraire de ce qu’ils disent. Ainsi, les aides publiques qui permettent aux particuliers de se lancer dans de coûteux travaux d’isolation et de réduire enfin le nombre de «passoires thermiques» dans le pays ont été fortement réduites… depuis le 1er mai. Il y a un an, c’était les diagnostics de performance énergétique ou DPE qui étaient faux…  et avaient bloqué tout le système.

En tout cas, depuis le 1er mai et selon les calculs effectués par différents spécialistes, les primes et autres offres «coups de pouce» adossées aux Certificats d’économies d’énergie, les CEE, vont baisser de 20 à 30% selon les travaux engagés. Ce sera le cas pour l’isolation des sols (-32% d’aides), des toitures et terrasses (-26%) et des réseaux d’eau chaude sanitaire (-21%). Les primes versées pour l’isolation des murs vont chuter d’un tiers (33%) pour les logements chauffés à l’électricité et de plus de moitié (58%) dans les logements chauffés au gaz ou au fioul. Au moment même où il est plus que jamais nécessaire de réduire la consommation et les importations de gaz, de pétrole et de fioul…

Ne surtout pas changer un dispositif catastrophique

Le dispositif des CEE contraint les fournisseurs d’énergie à financer des actions d’économies d’énergie chez les particuliers et à atteindre ainsi des objectifs (d’économies) fixés sur une période de trois ans. En contrepartie des aides qu’ils accordent aux ménages, les fournisseurs reçoivent des certificats, dont le nombre dépend des économies d’énergie qu’ils financent. Pour orienter «subtilement» ces financements vers certaines opérations et pas d’autres, les pouvoirs publics ont mis en place un système de bonifications. Ils augmentent le nombre de CEE délivrés aux énergéticiens sur certains travaux, comme le remplacement de chauffages aux énergies fossiles, et les incitent à verser des aides plus généreuses. Un mécanisme dont l’efficacité est impossible à mesurer et qui crée de nombreux effets d’aubaine… et a vu se multiplier les arnaques.

Pour assainir un secteur de la rénovation qui a accumulé les tromperies et les malfaçons, ce qui devrait normalement être du ressort de la justice, le gouvernement a donc décidé de réduire certaines bonifications de primes et de mettre aux offres de travaux à 1 euro de sinistre réputation. Face à un dispositif mal conçu, mal géré, et coûteux, le gouvernement a décidé… de ne pas le changer, mais de réduire progressivement les bonifications en espérant un miracle, c’est-à-dire financer moins mais mieux. C’est pour cela qu’il a réduit à nouveau depuis le 1er mai les aides à l’isolation.

La demande en travaux d’isolation s’est effondrée de 75% au premier trimestre

Le caractère catastrophique du système des CEE est illustré par la baisse spectaculaire des primes au cours des derniers mois. Depuis le 1er janvier 2022, une nouvelle période de trois ans d’obligation a débuté et de nouveaux objectifs d’économies d’énergie ont été fixés aux énergéticiens. Mais ces derniers disposent encore d’un important reliquat de CEE de la période précédente. En décembre dernier, ce stock représentait un peu plus de 10% des 2.500 TWh d’économie d’énergie à réaliser d’ici 2025. Ils n’ont donc aucune raison de se précipiter.

Du coup, beaucoup de Français abandonnent leurs projets de rénovation, ou lse remettent à des jours meilleurs Au premier trimestre 2022, la demande en travaux d’isolation se serait effondrée de près de 75% selon les artisans du bâtiment. Selon la filière, la seule parade serait de fortement relever le niveau des objectifs d’économies d’énergie imposés aux énergéticiens. Le ministère du logement étudie la question…

La rédaction

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