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Une remise de 15 centimes par litre de carburant pour 4 mois


Le gouvernement ajoute un nouveau dispositif pour limiter l’impact sur les Français de l’augmentation des prix de l’énergie et plus particulièrement cette fois du pétrole après le gaz et l’électricité. Il s’agit d’une remise de 15 centimes par litre de carburant acheté dans les stations services qui sera mise en place pendant quatre mois du 1er avril au 31 juillet. Elle couvre ainsi toute la période électorale, présidentielle et législative.

Face à l’envolée des prix du baril depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie et ses conséquences sur les transports et le pouvoir d’achat, le gouvernement a fait un geste. Le Premier ministre Jean Castex a annoncé une «remise à la pompe de 15 centimes par litre» de carburant, à partir du 1er avril et pendant quatre mois. Cette mesure, qui coûtera environ 2 milliards d’euros à l’État, concerne les ménages comme les entreprises et sera «valable sur tous les carburants», a précisé le Premier ministre dans une interview au journal Le Parisien.

Coïncidence, la mesure couvre l’ensemble de la période électorale, élections présidentielle et législative, et intervient au moment même où commencent à s’amorcer des mouvements sociaux pour protester contre l’augmentation des prix à la pompe, notamment de la part des transporteurs routiers…

Des réactions très critiques

La mesure s’appliquera à «tous les carburants comprenant du brut», à l’exception uniquement de l’E85 (éthanol). Sur le plan pratique, la remise s’effectuera au moment du paiement, en caisse ou par carte bancaire à la pompe, et ne sera donc pas visible d’emblée sur les prix affichés. Si l’État «remboursera» ensuite les distributeurs, Jean Castex les a appelés, tout comme les «pétroliers», à faire «un geste complémentaire». En cas de chute des prix d’ici au 1er avril, Matignon pourrait réexaminer la remise.

Les réactions à cette annonce n’ont dans l’ensemble pas été particulièrement favorables… Pour Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d’automobilistes, le geste est «juste normal» puisque «l’Etat engrange actuellement des recettes de TVA qui dépassent le budget prévu». L’Association des maires ruraux de France a réagi de façon similaire appelant à une baisse de la TVA sur les carburants à 5,5% comme tous les produits de première nécessité au lieu de 20%.

Du côté des politiques, la mesure a été jugée insuffisante par Marine Le Pen, candidate RN à la présidentielle, pour qui «le gouvernement se moque de nous en baissant le prix de 15 centimes» dix jours avant le premier tour du 10 avril. Le candidat communiste Fabien Roussel a demandé d’aller plus loin et de bloquer les prix à 1,70 euro le litre. Pour Valérie Pécresse, candidate LR à la présidentielle, «le 1er avril c’est à 10 jours de l’élection, la ficelle est un petit peu grosse… La seule question que je me pose, c’est pourquoi au 1er avril, pourquoi pas dès maintenant puisque c’est dès maintenant que les Français n’arrivent plus à se déplacer».

EDF contraint de vendre plus d’électricité à prix bradés à ses concurrents, les syndicats portent plainte

Le gouvernement a multiplié depuis la fin de l’année dernière les mesures pour tenter de limiter l’impact de l’envolée des prix de l’énergie sur les ménages français. Il y a ainsi le blocage du prix du gaz jusqu’à la fin de l’année 2022, la limitation à 4% de la hausse du prix de l’électricité dont EDF est contraint de prendre une part évaluée à 8 milliards d’euros, un chèque énergie exceptionnel de 100 euros ou encore une hausse du barème des indemnités kilométriques.

La facture totale des mesures énergétiques avait été chiffrée à 22 milliards d’euros par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, dont 10 milliards d’euros pour le gel des prix du gaz et 8 milliards d’euros pour le plafonnement des tarifs de l’électricité. Dans un cas comme dans l’autre, l’addition devrait augmenter avec la poursuite de l’envolée des prix du gaz et de l’électricité depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Certains experts estiment que la facture pourrait largement dépasser 30 milliards d’euros et même 40 milliards si on comprend le coût pour EDF.

D’ailleurs, le gouvernement a publié samedi 13 mars les textes augmentant le volume d’électricité qui sera cédé à prix réduit par EDF à ses concurrents en 2022, afin de protéger le pouvoir d’achat des Français. Les syndicats du groupe s’opposent à cette mesure, qu’ils jugent électoraliste et très pénalisante pour EDF, et ont annoncé le dépôt d’une plainte devant la Commission européenne.

EDF devra donc céder cette année encore plus d’électricité qu’elle produit à prix réduit à ses concurrents dans le cadre de l’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique), une usine à gaz concoctée à Bercy pour créer en France une concurrence artificielle. Concrètement, un décret et deux arrêtés parus au journal officiel organisent le relèvement, jusqu’à la fin de l’année, de 20% du plafond de l’ARENH, qui passe ainsi de 100 à 120 térawattheures (TWh). L’entreprise publique, qui a déjà vendu sa production pour l’année par anticipation, devra désormais en racheter 20 TWh sur les marchés (qui frôlent actuellement les 290 euros/MWh)…afin de les revendre à ses concurrents au prix de 46,2 euros/MWh… Difficile de trouver plus aberrant.

Pour tenter de compenser, le gouvernement a annoncé souscrire à une petite augmentation de capital de 2 milliards d’euros pour soutenir EDF. Cela n’a pas vraiment convaincu les syndicats. Les fédérations CGT, CFE-CGC, CFDT et FO du secteur de l’énergie ont annoncé dans un communiqué commun qu’elles allaient demander à la Commission européenne d’ouvrir «une procédure d’examen formelle à l’encontre du gouvernement français sur le régime d’aides illégalement mise en place et potentiellement incompatible avec le marché commun».

La rédaction

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