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Le ministère de l’Ecologie pris en flagrant délit de mensonges sur les éoliennes

Dans son document officiel baptisé, «Pour y voir plus clair, vrai/faux sur l’éolien terrestre», le ministère de l’Ecologie accumule les contrevérités, les raisonnements contestables et les contradictions. Le gouvernement et la ministre Barbara Pompili auraient souhaité décrédibiliser la parole publique sur les éoliennes qu’ils n’auraient pas pu mieux faire!

Le 28 mai, pour répondre aux critiques nourries contre les éoliennes, le ministère de l’Ecologie s’est fendu d’un texte de 16 pages baptisé «Pour y voir plus clair, vrai/faux sur l’éolien terrestre». Il aurait mieux valu qu’il s’abstienne tant le document en question accumule les mensonges, les contrevérités et dessert la cause qu’il est censé défendre. Comment peut-on accumuler autant de bêtises…

Vous avez dit intermittence

Dès la première question abordée par ce document officiel, il est écrit que «les énergies renouvelables en général, et l’éolien en particulier ont montré leur résilience durant la crise sanitaire… Leur production n’a été que faiblement impactée, participant ainsi à la sécurité d’approvisionnement en électricité». Une première absurdité. En quoi la pandémie a-t-elle un rapport avec la météorologie et les vents. Et si la part de l’éolien a alors augmenté en proportion dans une consommation d’électricité qui baissait, c’est tout simplement parce qu’EDF est obligé d’acheter à tout moment toute la production éolienne qu’il en ait besoin ou pas… à un prix fixé à l’avance très nettement supérieur à celui du marché et à celui de sa propre production… Pour donner un ordre d’idée, le coût de l’électricité nucléaire est de 33 euros le MWh et le prix payé pour l’éolien terrestre compris entre 80 et 92 euros le MWh, quant à l’éolien marin, il sera supérieur dans tous les cas à 110 euros le MWh.

Plus fort encore, le ministère de l’écologie balaye d’un revers de main l’intermittence de l’éolien qui se traduit par le fait que son facteur de charge, le temps pendant lequel il fonctionne à sa puissance nominale, n’est pas supérieur pour les installations terrestres à 25%, un quart du temps. Le ministère écrit qu’il n’est «pas si simple, voire faux» de déclarer que l’éolien est différent des autres sources d’énergie et qu’aucune «production intermittente (…) ne peut suffire aux besoins des consommateurs» parce que, notamment, «les installations nucléaires et thermiques (ainsi que les éoliennes, les installations solaires et les barrages hydroélectriques) doivent être arrêtées régulièrement pour des opérations de maintenance qui peuvent durer jusqu’à plusieurs mois».

Il faut avoir beaucoup d’aplomb ou de mauvaise foi pour mettre sur le même plan la maintenance d’usines et d’installations, qui par définition sont programmées, avec l’intermittence aléatoire du vent. Il faut oser aussi comparer un facteur de charge de 90% d’une centrale nucléaire et de 21 à 25% d’une éolienne terrestre selon les propres chiffres du ministère de l’Ecologie… L’intermittence est encore niée et même cachée quand il est mis en avant dans le document le fait que «les éoliennes tournent en moyenne entre 75 et 95% du temps»… mais pour produire quoi.

Un léger oubli, il n’y a pas d’appel d’offres pour les parcs de moins de 7 éoliennes

Le texte se contredit aussi lui-même. Il affirme qu’il est faux de prétendre que «lorsqu’elles ne produisent pas, les éoliennes soutirent sur le réseau». Pour preuve, «les éoliennes disposent de batteries nécessaires pour assurer en permanence l’alimentation des équipements et la sécurité des installations». Mais il est tout de même précisé «qu’en temps normal, ces batteries sont alimentées par l’éolienne elle-même, mais peuvent occasionnellement se recharger grâce au réseau». Il faut savoir…

Autre morceau de bravoure, celui sur le coût pour le contribuable des éoliennes. «Les mécanismes d’appels d’offres pour attribuer le soutien permettent de sélectionner les installations qui coûteront le moins cher et de stimuler la concurrence sur les prix», écrit le ministère. Il oublie au passage que tous les parcs de moins de 7 éoliennes ne sont pas soumis à des appels d’offre. Ils sont évidemment la majorité.

Il n’y aurait pas d’impact sur la valeur des terrains et des habitations…

On peut aussi mettre en avant deux contrevérités flagrantes parmi d’autres. La première concerne l’impact sur la valeur des habitations et des terrains de la présence à proximité d’éoliennes. Le ministère ose écrire que «des études ont été menées sur le sujet et concluent globalement à un impact faible voire inexistant sur les prix de l’immobilier». Devant une telle énormité, les auteurs du rapport ont tout de même cherché à se dédouaner, écrivant: «une telle analyse est difficile à mener efficacement car elle nécessite d’isoler objectivement l’impact de l’installation d’éoliennes parmi les nombreux autres facteurs qui influent sur les prix de l’immobilier».

Autre affirmation étonnante, celle selon laquelle la construction des éoliennes n’est pas anarchique car «tout développeur éolien fournit une analyse de l’impact paysager de son projet dans sa demande d’autorisation». D’une part, la réponse ne correspond pas à la question, ensuite elle oublie le fait qu’il n’y a eu jusqu’à aujourd’hui aucun plan d’ensemble d’implantation des éoliennes à l’échelon national ou même régional. Pour preuve, la moitié des éoliennes terrestres se trouvent aujourd’hui concentrées dans deux régions, les Hauts de France et le Grand Est.

Les éoliennes, comme toutes les sources d’énergie, présentent des avantages et des inconvénients. Les rejeter en bloc n’a pas de sens tout comme les utiliser de fait pour remplacer l’électricité nucléaire, elle aussi décarbonée, mais non intermittente et bien moins coûteuse. Mais en faisant de la propagande éhontée au lieu d’aborder honnêtement les problèmes, le ministère de l’Ecologie ne peut qu’accroître les antagonismes entre la France périphérique et le gouvernement et perdre au passage ce qui lui reste de crédibilité.

La rédaction

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