Transitions & Energies

Les leçons à tirer du blackout au Texas.

Tempete Neige Texas 2021

Confronté à des tempêtes de neige et une baisse historique des températures, le réseau électrique du Texas a été incapable de faire face. Des millions de texans ont été privés d’électricité. La dérégulation du marché de l’électricité au Texas est une explication, mais elle n’est pas la seule. L’Europe en général et la France en particulier, dont les systèmes électriques se dégradent, ne sont pas à l’abri de connaître un jour pareille mésaventure.

Après la Californie, le Texas. Un autre des plus grands Etats américains a été victime de pénuries massives d’électricité qui ont privé des millions de personnes d’énergie. Cette fois, ce n’était pas la conséquence d’une canicule et d’une multiplication d’incendies comme durant l’été 2019 mais d’une vague de froid et de tempêtes de neige en février 2021, inhabituelles dans un Etat en général épargné par des hivers trop rigoureux.

Le Texas dérégulé et la Californie, régulée, confrontés aux mêmes problèmes

Cela a provoqué une polémique aux Etats-Unis à la fois sur les renouvelables, éoliennes et panneaux solaires qui ne fonctionnent plus ou mal pendant les périodes de grand froid, et sur l’incapacité de l’Etat du Texas à avoir anticipé ce type de problème et à avoir construit un réseau électrique capable d’y faire face. Autant, la Californie est un Etat où la production et la distribution d’électricité sont régulées, autant le Texas est l’exemple même de la dérégulation et du laisser-faire. Et pourtant, le résultat est presque le même.

De fait, on assiste à une fragilisation grandissante des réseaux électriques, un peu partout dans le monde. Elle est dénoncée depuis plusieurs années par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Elle est la conséquence à la fois d’un manque d’investissements, de l’augmentation de la consommation d’électricité, d’épisodes météorologiques extrêmes et de productions renouvelables intermittentes grandissantes éoliennes et solaires. France Stratégie prévoit ainsi, dans une étude parue il ya quelques jours et passée étonnamment inaperçue, des pénuries répétées d’électricité en Europe d’ici 2030. D’ailleurs, le 8 janvier, le réseau européen a évité un blackout, une information également minimisée.

Plus de 4 millions de personnes sans électricité

Pour en revenir au Texas, ce qui s’est passé lors des derniers jours était assez difficile à anticiper. Des masses d’air venant de l’arctique, un vortex polaire, ont amené soudain des températures extrêmement froides et des précipitations de neige considérables dans le centre et le sud des Etats-Unis. Si les Etats du centre ont l’habitude d’hivers parfois très rigoureux, ce n’est pas le cas pour ceux plus au sud dont Le Texas. Pour donner un ordre d’idée, la température est descendue jusqu’à -20 degrés Celsius à Dallas et les chutes de neige ont atteint près de 30 centimètres en 24 heures à San Antonio. Dans la plupart des grandes agglomérations, les températures sont restées plusieurs jours inférieures à -15 degrés Celsius et les infrastructures énergétiques, d’adduction d’eau et parfois de transports ont été endommagées.

Conséquence, plus de 4 millions de personnes (sur 29 millions) ont été privés d’électricité, c’est-à-dire de lumière et souvent de chauffage, à la suite de coupures décidées en catastrophe par le gestionnaire du réseau électrique de l’Etat  le Electric Reliability Council of Texas (ERCOT). Sans cela, le réseau aurait sauté en totalité.

Une demande d’électricité nettement supérieure aux capacités de production

Pour décrire la situation, ERCOT a surtout mentionné le fait que les pâles gelées des éoliennes avaient réduit le production d’électricité. Mais la majeure partie de l’électricité produite au Texas provient d’énergies fossiles et surtout de centrales au gaz.

En fait, la baisse historique des températures a entraîné une demande d’électricité nettement supérieure aux capacités de production. D’autant plus, que les températures et les tempêtes de neige ont dans le même temps réduit considérablement ces mêmes capacités de production. Selon Popular Science, la demande d’électricité au Texas était théoriquement de 70 gigawatts, mais les capacités de production ont été ramenées à 45 gigawatts du fait notamment de plus de 30 gigawatts de capacités rendues inopérantes par les conditions météorologiques.

Un système électrique dérégulé, autonome et isolé

La fragilité de ce réseau semble à priori difficile à comprendre. Dans de nombreux pays et régions du monde, les éoliennes et les centrales thermiques fonctionnent pas grand froid. Mais pour cela, elles ont besoin d’une maintenance et d’une préparation spécifiques, surtout quand les températures restent durablement sous les -15 degrés Celsius. Cela a un coût que les producteurs d’électricité au Texas n’ont pas voulu assurer compte tenu du fait que les hivers dans cet Etat sont en général assez doux.

La plupart des capacités de production qui sont tombées en panne étaient des centrales à gaz dont les chaudières et les turbines étaient exposées aux éléments. La chute de la production a été la conséquence à la fois de défaillances d’équipements, mais aussi d’une pénurie de gaz. Ce manque de gaz s’explique par le fait que les demandes pour le chauffage et pour la production d’électricité ont fortement augmenté en même temps et se sont concurrencées.

Les spécificités du système électrique texan ont également aggravé la situation. D’abord, il est totalement dérégulé. Cela signifie que plusieurs producteurs se disputent en permanence des parts de marché. Cela permet au consommateur de payer des prix bas en général… pas au cours des derniers jours marqués par la pénurie et une envolée des tarifs. La contrepartie de la dérégulation est qu’il n’y a pas de planification à moyen et long terme des capacités de production. ERCOT n’a aucun moyen de le faire. Cela a eu d’autant plus de conséquences négatives qu’en plus le réseau électrique du Texas n’est pas relié à celui du reste des Etats-Unis.

Cet Etat, qui marque sa différence dès qu’il le peut, dépend de sa propre production d’électricité et a peu de capacités d’échange avec les réseaux des Etats proches. Cela lui permet notamment de ne pas avoir à se conformer aux règles de la Commission fédérale de l’énergie. Jusqu’à aujourd’hui, cela avait permis au Texas, dont le territoire est plus grand que la France, de plutôt en profiter avec des ressources énergétiques abondantes et bon marché, de pétrole, de gaz, de vent et de soleil. Le Texas est même le premier Etat américain producteur d’énergie. Mais durant la crise des derniers jours, les rares parties de cet Etat dont le système électrique est relié à celui du réseau fédéral ont moins souffert de coupures de courant que celles dépendant uniquement du réseau de l’Etat.

Si la dérégulation crée des faiblesses, la régulation n’est pas non plus une garantie. En Californie, le fait d’avoir des producteurs d’électricité bénéficiant d’un monopole régulé par l’Etat ne les a pas conduit pour autant à protéger leurs infrastructures en cas de météorologie extrême. PG&E en Californie avait négligé les opérations de maintenance de ces lignes qui auraient permis d’empêcher des incendies massifs en 2019.

La seule façon de consolider les systèmes électriques est comme l’indique l’AIE de les renforcer en permanence en investissant dans des moyens de production redondants et de nature différentes et en multipliant les lignes à haute tension. Mais cela coûte cher et demande des stratégies de long terme.

En ligne dès maintenant


Inscrivez-vous à la newsletter de Transitions&Énergies




Agenda

Les leçons à tirer du blackout au Texas.
Qui fait quoi dans le monde de l’énergie