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La décroissance est un marché de dupes

Depuis plus de deux siècles, Thomas Malthus et ses adeptes soulignent la contradiction entre une croissance économique exponentielle et les limites des ressources naturelles. En dépit de prédictions catastrophistes erronées, de celles de Malthus lui-même au rapport du Club de Rome au siècle dernier, la pensée décroissante est revenue à la mode. Mais elle présente toujours deux défauts majeurs. Elle néglige à la fois l’acceptabilité sociale et politique d’un appauvrissement généralisé et plus encore ne parvient pas à comprendre et même à accepter la capacité de l’économie de marché à innover et à s’adapter. Pour preuve, depuis 20 ans les Etats-Unis et surtout l’Europe ont réussi à croître sur le plan économique en consommant bien moins d’énergie par habitant. Le lien entre croissance économique et augmentation de la consommation d’énergie qui justifie la décroissance n’existe plus.

La pensée malthusienne, qui annonce une catastrophe à venir en mettant en avant la contradiction entre une croissance économique exponentielle d’un côté et les limites physiques des ressources naturelles de l’autre, existe depuis plus de deux siècles. Elle a connu de multiples expressions, de multiples démentis et de nombreux retours en grâce depuis sa première formulation par Thomas Malthus en 1798. Au siècle dernier, en 1972, le rapport Meadows du Club de Rome, qui prônait la croissance zéro pour éviter que l’épuisement des ressources naturelles ne conduise à un effondrement de l’humanité, reste aujourd’hui dans toutes les mémoires. Il a en quelque sorte marqué les débuts de l’idéologie écologique contemporaine.

Le Club de Rome tout comme Thomas Malthus se sont lourdement trompés. Mais cela n’empêche pas aujourd’hui la décroissance d’être une idée à la mode dans les médias à défaut d’être très populaire dans l’opinion. La décroissance est présentée par un nombre non négligeable d’experts et de scientifiques comme étant la seule alternative crédible aux catastrophes écologiques à venir. Elle présente pourtant les mêmes faiblesses que les thèses de Thomas Malthus et celles du Club de Rome. Elle manifeste une incompréhension de la dynamique des économies de marché, de leur sensibilité aux variations de prix et de leur capacité à innover. Elle fait aussi comme si les opinions et les populations des démocraties allaient accepter un appauvrissement de fait sans remettre en cause leurs dirigeants…

Une contrainte toujours balayée par l’innovation

Historiquement, la contrainte malthusienne a été balayée par les innovations permettant une augmentation de la productivité, notamment dans le domaine agricole et dans celui des ressources énergétiques et minières. Les famines, les pénuries, les effondrements de civilisation annoncés ne se sont jamais produits.  Cela n’a pas empêché les mouvements écologistes de passer de l’objectif de croissance zéro du siècle dernier à celui plus radical encore de la décroissance. Ils partent du postulat qu’il existe une corrélation étroite entre la production et la consommation d’énergie dans le monde. Une prémisse sur laquelle est construite toute la justification de la décroissance et qui est en fait problématique…

Non seulement, la corrélation entre évolution du PIB et consommation d’énergie par habitant n’est que de l’ordre de 46%, mais les disparités entre pays sont considérables et le sont de plus en plus. À revenu équivalent, les Européens du Nord consomment bien moins d’énergie que les Américains. Le Royaume-Uni, la France et le Japon sont plus frugaux que l’Australie, la Corée du Sud, l’Arabie Saoudite ou le Canada. Mais le plus intéressant est l’évolution de la consommation d’énergie par habitant dans les pays développés. Aux États-Unis, elle a baissé de 15% au cours des vingt dernières années tandis que le PIB par personne augmentait de 25%.

Le lien entre consommation d’énergie et PIB n’est tout simplement pas ou plus la loi d’airain invoquée par les adeptes de la décroissance. Dans leur volonté première de mettre à bas le système capitaliste, ils n’intègrent pas l’innovation technologique et le fait que les économies ne sont pas des systèmes statiques mais dynamiques.

Aux Etats-Unis, l’évolution des prix relatifs favorisant le gaz par rapport aux autres hydrocarbures a produit une spectaculaire amélioration de l’efficacité énergétique. L’évolution est encore plus frappante en Europe. Tandis qu’aux États-Unis, la consommation absolue d’énergie a été pratiquement stable entre 2000 et 2019 (ce qui implique bien une baisse par habitant), elle baissait de 5,6% dans l’Union européenne et de façon plus spectaculaire de 19% au Royaume-Uni, de 14% en Italie ou de 12,5% en France. La relation entre évolution PIB et consommation d’énergie s’est en fait totalement inversée en Europe. Quand on peut faire plus avec moins, la décroissance n’apporte plus de réponse.

On peut faire plus avec moins

Un autre exemple illustre la faiblesse des théories malthusiennes. Les mésaventures de la fameuse théorie du «peak oil» développée par le géophysicien King Hubbert au milieu du XXème siècle. Il avait bien anticipé dès 1956, avec les données alors en sa possession, que le pic de production de pétrole serait atteint aux Etats-Unis en 1970, suivi d’un déclin rapide. Cette théorie du «peak oil» a été vérifiée par les faits … jusqu’à ce que la flambée des prix du baril dans les années 2000 ne stimule l’innovation technologique et relance la production américaine grâce au développement de nouvelles technologies d’exploitation (pétrole de schiste). Au point que le pic de 1970 a été dépassé en 2014 et que les Etats-Unis sont redevenus le premier producteur de pétrole mondial…

Les théories de la décroissance sont même dangereuses et sont une menace pour la transition. Elles sont construites sur un raisonnement faux selon lequel il est impossible de parvenir à réduire les émissions de gaz à effet de serre sans baisse sensible des niveaux de vie. Ce faisant, elles mobilisent les résistances et les oppositions à la transition, et négligent les progrès effectués en matière d’efficacité énergétique depuis des décennies. On peut faire plus avec moins. Ce qui est une nécessité. Le mouvement de décroissance est en fait un conservatisme extrême. Il ignore délibérément le rôle de l’innovation, les capacités d’adaptation humaines et, par exemple, ne tient même pas compte de la dématérialisation accélérée des économies modernes depuis vingt ans.

La rédaction

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