Transitions & Energies
Le gouvernement allemand sauve Uniper de la faillite

Le gouvernement allemand sauve Uniper de la faillite


Berlin a annoncé un plan de sauvetage du premier importateur de gaz du pays, la société Uniper. Elle sera en partie nationalisée. Une mesure similaire à l’entrée de l’État allemand dans le capital de la Commerzbank lors de la crise financière il y a une douzaine d’années ou sa prise de participation dans la compagnie aérienne Lufthansa lors de la pandémie de Covid-19.

Le chancelier Olaf Scholz et son gouvernement agitaient depuis plusieurs semaines le spectre d’un «Lehman Brothers» de l’énergie, en référence à la banque américaine dont la faillite a précipité la grande crise financière de 2008 aux États-Unis et dans le monde. Une faillite d’Uniper aurait provoqué le chaos sur le marché allemand de l’énergie. C’est le premier importateur et stockeur de gaz du pays. Il a été touché de plein fouet par la forte baisse des livraisons de gaz russe et la nécessité d’acheter du gaz à n’importe quelle condition pour continuer à honorer ses contrats sans pouvoir répercuter les surcoûts. Une situation intenable.

Une menace sur le stockage de gaz pour l’hiver prochain

A tel point qu’Uniper a été contraint de commencer à puiser dans ses réserves mettant en péril le remplissage des stockages allemands pour réussir à passer l’hiver prochain… Pour donner un ordre d’idée de l’importance d’Uniper, c’est la deuxième entreprise allemande en terme de chiffre d’affaires. Et elle perd 55 millions d’euros par jour.

Pour autant, les négociations pour mettre en place un plan de sauvetage ont été difficiles avec l’actionnaire majoritaire du groupe, Fortum, détenu par l’État finlandais. Ce dernier plaidait pour le transfert des activités menacées dans une entité distincte et pour le démantèlement du groupe. Berlin demandait de son côté à Fortum de participer au sauvetage après lui avoir déjà apporté 8 milliards d’euros.

Engager des poursuites contre Gazprom

Depuis l’invasion de l’Ukraine, le groupe russe Gazprom a réduit de 60% ses livraisons via le gazoduc Nord Stream, indispensables pour l’approvisionnement de l’Allemagne. Uniper doit désormais, pour honorer ses contrats, se procurer du gaz sur le marché au comptant où les prix se sont envolés. De ce fait, le groupe allemand, qui emploie près de 12.000 salariés, va perdre «plus de 6 milliards d’euros» entre juin et septembre, a expliqué son patron Klaus-Dieter Maubach. La société a par ailleurs perdu plus de 80% de sa valeur en Bourse avec une capitalisation aujourd’hui inférieure à 3 milliards d’euros. Elle a annoncé engager des poursuites contre Gazprom pour non respect des contrats.

Un engagement de 15 milliards d’euros

L’Etat allemand va donc entrer dans le capital d’Uniper à hauteur de 30% et ramener ainsi la participation de Fortum de 80% à 56%. Pour ce faire, il va souscrire à une émission d’obligations convertibles en actions pour un montant pouvant atteindre jusqu’à 7,7 milliards d’euros. Par ailleurs, Uniper voit sa facilité de crédit passer de 2 à 9 milliards d’euros auprès de la banque publique KfW. Au total, l’engagement public pour sauver Uniper devrait approcher 15 milliards d’euros. L’opération devra encoe être approuvée par la Commission européenne.

Ce n’est pas la première intervention de ce type depuis la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine. Début avril, le gouvernement a pris le contrôle de la filiale allemande du groupe Gazprom qui exploite des installations de stockage et de transport de gaz vitales pour l’Allemagne. Une aide de 9 à 10 milliards d’euros, toujours via la banque publique KfW, avait alors dû être débloquée.

Soutien public aux plus modestes

Uniper pourra par ailleurs, après l’été, répercuter enfin ses surcoûts sur ses clients afin de pouvoir équilibrer son activité. Olaf Scholz a estimé que cela pourrait alourdir de 200 à 300 euros par an la facture de gaz d’une famille de quatre personnes.

«Uniper est une entreprise d’une importance capitale» pour le pays, a déclaré le chancelier allemand. Il a annoncé également un ensemble de mesures pour limiter l’impact de l’augmentation des prix du gaz sur les personnes les plus modeste, notamment les retraités, les étudiants et celles percevant l’aide sociale et les aides au logement. L’Allemagne a déjà débloqué plus de 30 milliards d’euros pour le pouvoir d’achat depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février.

L’État sera encore là a assuré Olaf Scholz. «You’ll Never Walk Alone» (tu ne marcheras jamais seul) a répété à plusieurs reprises le chancelier reprenant le titre de cet hymne cher aux fans de football du club de Liverpool.

 

 

La rédaction

En ligne dès maintenant


Inscrivez-vous à la newsletter de Transitions&Énergies




Agenda

Le gouvernement allemand sauve Uniper de la faillite
Qui fait quoi dans le monde de l’énergie