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Usine de gaz liquéfié en Alaska ConocoPhilips

Le gaz naturel liquéfié ne connait pas la crise

Le gaz naturel est aujourd’hui l’énergie fossile la moins décriée. Elle est utilisée par de nombreux pays dont la Chine, l’Inde, les Etats-Unis et l’Allemagne pour remplacer leurs centrales électriques au charbon. Le gaz naturel émet 50% de moins de CO2 que le charbon. L’an dernier, en dépit de la récession mondiale liée à la pandémie, le gaz naturel sous sa forme liquéfiée (GNL), facile à transporter, a continué à se développer tandis que la consommation de pétrole et de charbon baissait sensiblement.

Parmi les énergies fossiles, le gaz naturel a longtemps été dans l’ombre du pétrole et charbon. Il sera pourtant celle qui devrait continuer le plus longtemps à se développer et à être utilisée massivement pour produire de l’électricité, de la chaleur et de l’hydrogène combiné avec la capture du CO2. Le gaz naturel est considéré aujourd’hui dans de nombreux pays comme un carburant de transition. Il bénéficie de son abondance, de coûts relativement réduits, de pouvoir être transporté facilement via des gazoducs ou liquéfié et d’émettre deux fois moins de CO2 que le charbon.

L’Allemagne donne un bon exemple du recours au gaz naturel dans une stratégie de transition énergétique. Ayant investit massivement dans les renouvelables intermittents depuis 20 ans pour produire de l’électricité, éoliennes et panneaux solaires, et ayant décidé d’abandonner le nucléaire, Berlin doit impérativement avoir des sources dites pilotables (mobilisables à la demande) pour assurer la stabilité de son approvisionnement électrique. L’Allemagne a donc eu recours aux centrales à charbon et au lignite, ce qui n’est pas exactement la meilleure stratégie pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. Elle a donc décidé de remplacer ces centrales à charbon par des centrales au gaz.

Diversifier les sources d’approvisionnement en gaz

La Chine, l’Inde et les Etats-Unis, les principaux consommateurs de charbon au monde, suivent le même modèle et investissent eux aussi massivement dans le gaz naturel. Il a été adopté depuis déjà plusieurs années par les Etats-Unis qui ont remplacé leurs centrales au charbon par des centrales à gaz. Au cours des quinze dernières années, le charbon est revenu de 40% de la production d’électricité américaine à 27% et dans le même temps, le gaz naturel est passé de 17% à 35%.

Mais si les Etats-Unis bénéficient de leurs ressources considérables en gaz de schiste, la sécurité d’approvisionnement en gaz naturel est un problème pour de nombreux autres pays. L’Allemagne a beaucoup misé sur le gazoduc Nordstream 2, qui la relie directement à la Russie. Mais les Etats-Unis veulent empêcher par tout les moyens sont entrée en service. Ils considèrent que l’Allemagne se mettrait alors entre les mains du bon vouloir russe qui lui fournit déjà de 50 à 60% de son approvisionnement en gaz. Berlin cherche donc aussi à se doter de terminaux portuaires pour importer du gaz naturel liquéfie (GNL), notamment du Qatar et des Etats-Unis…

Son succès, le gaz le doit notamment au fait que le GNL a continué à se développer dans le monde l’an dernier, en dépit de la pandémie et d’une récession économique mondiale.«C’est avec les renouvelables la seule source d’énergie qui a augmenté malgré la crise de 2020», souligne Jean-Baptiste Dubreuil de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Le GNL a ainsi connu une croissance de 1 à 2% l’an dernier, quand le pétrole chutait de 9% et le charbon de 4%. Ce gaz refroidi à -163 degrés peut être facilement acheminé par bateau au plus près des lieux de consommation. Il est pratique et relativement bon marché.

Le GNL pour le transport maritime

Le GNL est aussi devenu aujourd’hui le premier carburant de substitution dans le transport maritime au fioul lourd très polluant notamment en soufre et très émetteur de CO2. Cela se traduit par le fait sans précédent que 13% des nouveaux navires commandés par les armateurs dans le monde fonctionneront au GNL. Le groupe français CGM-CMA est dans ce domaine un exemple.

«Le marché du GNL sur les 20 dernières années a évolué de façon très notable: beaucoup plus globalisé avec un nombre d’acteurs beaucoup plus important et des profils d’acheteurs et de vendeurs qui se sont très largement diversifiés», a expliqué Jean-Baptiste Dubreuil lors de la convention annuelle de l’Association française du gaz (AFG). Près de 45 pays comptent ainsi aujourd’hui des capacités d’importation de GNL, dernièrement la Birmanie, le Ghana ou encore le Sénégal.

Les professionnels du secteur mettent volontiers en avant ses atouts en terme d’émission de gaz à effet de serre. «Il représente un vecteur de transition désormais incontournable», estime Patrick Corbin, le président de l’AFG. «Beaucoup de pays utilisent le charbon comme énergie principale pour produire de l’électricité. C’est clairement un des enjeux majeurs de pays comme la Chine ou l’Inde: la question centrale est à quel moment se fera le switch entre le charbon et le gaz», ajoute-t-il.

Pour autant, la consommation de gaz naturel en général et de GNL en particulier est appelée à se stabiliser dans les prochaines décennies. L’AIE a construit plusieurs scénarios de transition énergétique. Dans le plus volontariste, le plateau pour le GNL devrait être atteint entre 2035 et 2040.

La rédaction

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