Transitions & Energies

La fin programmée de l’énergie nucléaire dans le monde

Centrale nucléaire de Fessenheim

Le déclin de l’énergie nucléaire semble inéluctable. Il y a aujourd’hui 447 réacteurs nucléaires civils en fonctionnement dans le monde. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, environ 200 réacteurs seront arrêtés dans les deux prochaines décennies. Et dans le même temps, seuls 53 nouveaux réacteurs seront construits.

Cela peut sembler paradoxal quand l’urgence est à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais le déclin de la production d’électricité nucléaire devrait s’accélérer dans les prochaines années. Et cela même si l’électricité nucléaire est celle qui produit le moins de CO2 avec les éoliennes, nettement moins par exemple que le solaire.

En janvier 2020, il y avait 447 réacteurs nucléaires civils en fonctionnement dans le monde. Mais près de 70% d’entre eux ont plus de 30 ans. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), environ 200 réacteurs seront arrêtés dans les deux prochaines décennies. Et la construction de seulement 53 réacteurs est aujourd’hui prévue dans le même temps. Par ailleurs, 182 réacteurs civils ont déjà été arrêtés dans le monde. En France, le réacteur numéro un de la centrale de Fessenheim sera stoppé définitivement samedi 22 février (voir la photographie ci-dessus).

Un article publié par EnergyPost montre comment l’électricité nucléaire va disparaître peu à peu du paysage énergétique du fait du vieillissement et du non-renouvellement des installations existantes et des politiques anti-nucléaires menées en Europe et en Amérique du nord. La situation en Asie est la même au Japon et en Corée du sud, seule la Chine poursuit un programme important de construction de centrales nucléaires.

Sur les 447 réacteurs en service en janvier, 306 exactement ont plus de 30 ans et 111 ont plus de 40 ans. Un réacteur peut en théorie et en moyenne fonctionner entre 60 et 80 ans, ce qui comprend une extension de 50 à 100% de sa durée de vie initiale.

Abandon en Europe, en Amérique du nord, au Japon et en Corée du sud

Le reflux du nucléaire en Europe est aujourd’hui clairement engagé. En Europe occidentale, centrale et de l’est, il y a d’ores et déjà 104 réacteurs qui ont cessé de fonctionner et 150 réacteurs en activité ont plus de 40 ans. Plusieurs pays européens ont annoncé l’abandon du nucléaire comme l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne et la Suisse. Le Royaume-Uni va fermer  l’ensemble des 15 réacteurs existants aujourd’hui entre 2020 et 2030 et les remplacera par des centrales nucléaires en cours de construction et des renouvelables. La France va fermer 14 réacteurs sur les 58 en opération d’ici 2035. La Lituanie, la Slovaquie et la Bulgarie vont arrêter tous leurs anciens réacteurs datant de l’époque soviétique.

En Amérique du nord, les 19 réacteurs canadiens devraient être fermés dans les années 2030. Aux Etats-Unis, plus de la majorité des réacteurs en service, 53, ont 40 ans ou plus. Ils ont tous reçu un renouvellement de 20 ans de leur autorisation de fonctionnement par la US Nuclear Regulatory Commission. Ces licences doivent expirer dans les années 2050. Mais cela ne signifie pas qu’ils continueront à fonctionner encore plus de 30 ans. Aujourd’hui, 14 réacteurs ont été fermés prématurément aux Etats-Unis dont 8 pour des raisons économiques de trop faible rentabilité.

En Asie du nord-est, 23 réacteurs au Japon et 2 en Corée du sud sont aujourd’hui arrêtés. Après les incidents de Fukushima, le Japon comme la Corée du sud se sont engagés à abandonner l’énergie nucléaire. En conséquence, 24 des 33 réacteurs opérationnels japonais ne sont pas en activité et 9 ont redémarré. Sur ces derniers, six devraient être fermés définitivement au cours de la décennie à venir. En Corée du sud, six des 24 réacteurs en opération devraient être fermés au milieu des années 2020.

L’énorme marché du démantèlement des centrales

Sur le plan économique, le marché du démantèlement des centrales nucléaires s’annonce colossal. La World Nuclear Association estime que d’ici 2035, il représentera 111 milliards de dollars. Plusieurs grandes sociétés ont formé des consortiums afin de se spécialiser dans le démantèlement des centrales. Il s’agit, notamment de Comprehensive Decommissioning International qui regroupe l’américain Holtec et le canadien SNC-Lavalin, de Accelerated Decommissioning Partners avec le français Orano et l’américain NorthStar et de Graphitechqui rassemble les français EDF et Veolia.

Parmi les annonces de contrats les plus récentes, le groupe américano japonais GE Hitachia obtenu celui du démantèlement de la centrale d’Oskarshamn en Suède. En 2018, l’américain Westinghouse et l’allemand GNS Zerkon ont obtenu le contrat pour démanteler six réacteurs en Allemagne. L’an dernier, le démantèlement des réacteurs bulgares a été attribué au consortium espagnol et britannique Empresarios Agrupados/Nuvia. Et toujours l’an dernier, Graphitech s’est vu confier le démantèlement des plus vieux réacteurs nucléaires français dits au graphite. Ils sont au nombre de 6 et ont tous été arrêtés entre 1973 et 1994.

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