<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Factures d’électricité: le vrai du faux

30 janvier 2026

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Factures d’électricité: le vrai du faux

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Tandis que le baromètre annuel du médiateur national de l’énergie révèle que 36 % des foyers rencontrent de grandes difficultés à payer leurs factures d'énergie, l’espace public est envahi d’une désinformation massive sur la réalité de l’augmentation des prix de l’électricité et sur le rôle joué dans cette situation par les renouvelables éoliens et solaires. Par Fabien Bouglé. Article paru dans le numéro 27 du magazine Transitions & Energies.

Lobbystes de la filière éolienne, chefs d’entreprises du secteur des renouvelables intermittents, syndicats professionnels, anciens ministres, officines de guerre informationnelle, ces derniers mois, nous avons pu assister à une multiplication des déclarations mensongères visant soit à nier purement et simplement l’explosion de la facture d’électricité des Français, soit à tenter de masquer les subventions massives qui en sont en partie responsables et financent les renouvelables. Évidemment, l’apprêté du débat sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) n’y est pas étrangère.

Cette désinformation orchestrée n’a qu’un seul objectif : sous couvert de transition énergétique, permettre à ceux qui profitent d’une manne financière payée à la fois par le contribuable et le consommateur de continuer à s’en mettre plein les poches.

Pour lutter contre ces mensonges répétés visant à faire perdurer une situation que nous qualifions de « grand racket », nous apportons des éléments factuels, vérifiables et documentés pour distinguer le vrai du faux. Florilège.

-Doublement de la facture d’électricité des ménages depuis dix ans :

                                                  VRAI !

Dans un document de septembre 2025, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) affirme qu’il est faux de dire que les factures d’électricité ont doublé depuis dix ans. Pour cela, elle procède à un tour de passe-passe en se basant uniquement sur l’augmentation du tarif réglementé de vente (TRV) qui, d’après elle, s’est limitée à 20 % de hausse sur la période. Cette manipulation réduit la facture d’électricité au tarif de vente de l’électricité sans tenir compte des taxes dont le montant est tout aussi important comme l’accise ou le Turpe, qui financent le raccordement des énergies intermittentes. L’augmentation de la facture d’électricité comprend l’ensemble de ses composants et le prix réel est celui payé par le consommateur au bas de sa facture…

Un rapport du SDES (Service des données et études statistiques) du ministère de l’Écologie, publié en juillet 2025, met à mal les allégations de la CRE. D’après cette étude, le prix moyen toutes taxes comprises (TTC) de l’électricité sur le marché résidentiel en France s’est élevé à 280 €/MWh en 2024. La facture des ménages a augmenté de 18 % entre 2023 et 2024, soit un rythme très supérieur à l’évolution des prix à la consommation.

Et surtout, dans le graphique ci-dessous issu du rapport du SDES, on ne peut que constater que le prix de l’électricité pour les ménages en France a clairement doublé entre 2014 et 2024.

 

-Le financement des renouvelables intermittents fait mécaniquement augmenter la facture d’électricité :

                                                 VRAI !

Les lobbies éoliens et solaires ont multiplié les communications pour nier le fait que les Français financent les rentes éoliennes et solaires, qui contribuent fortement à faire augmenter le coût de l’énergie. Contrairement à ces dénégations, l’augmentation des factures d’électricité des Français est liée au financement des subventions des énergies intermittentes. Deux composantes de la facture en sont directement issues.

La taxe appelée accise est prélevée sur la facture pour financer les charges de service public (articles L. 121-7, L. 121-8 et L. 121-8-1 du Code de l’énergie), qui regroupent notamment les surcoûts résultant des mécanismes de soutien aux énergies renouvelables et à la cogénération (lire page 28). Dans un tableau publié par la CRE en août 2025, l’autorité présente le coût et les quantités d’électricité sous obligation d’achat par EDF pour 2026, qui viennent alourdir les charges de service public. Cela donne une idée des sommes en jeu.

Électricité sous obligation d’achat 2026 Coût d’achat en mW/heure Montant
Éoliennes en mer 185 1,3 milliard
Éoliennes terrestres 100 1,5 milliard
Panneaux solaires 211 5 milliards
Cogénération gaz 233 0,8 milliard
Hydraulique 111 0,3 milliard
Biogaz 217 0,5 milliard
Incinération 74 0,01 milliard
Biomasse 200 0,5 milliard
Autre 93 0,02 milliard
TOTAL   9,9 milliards

Le Turpe finance, sur la facture (lire page 28), le coût des raccordements nécessaires pour moderniser les réseaux et, en particulier, pour intégrer les énergies intermittentes aux réseaux. Sur les 200 milliards annoncés dans les années à venir par RTE et Enedis, entre 120 et 150 milliards seront consacrés au raccordement des éoliennes et des panneaux solaires si la PPE 3 est promulguée.

« Les renouvelables sont un levier de souveraineté » :

                                                 FAUX !

Catherine MacGregor, directrice générale d’ENGIE, Le Figaro, 5 septembre 2025.

Les composants des éoliennes et les panneaux photovoltaïques qui envahissent les campagnes ne sont pas construits en France, mais essentiellement en Chine. La France et l’Europe ont poussé au développement des renouvelables intermittents en faisant tout dans le désordre. Au lieu de permettre à une industrie européenne et française de se développer et de se consolider, ils ont ouvert des marchés fortement subventionnés à l’industrie chinoise qui est totalement dominante en matière de compétitivité, de technologie et des ressources en matières premières. Et puis l’intermittence nécessite d’avoir des moyens de production de secours, la plupart du temps des centrales à gaz. Depuis l’invasion de l’Ukraine, l’Europe a ainsi troqué sa dépendance au gaz russe pour celle au gaz américain, nécessaire pour les centrales électriques qui viennent en complément. L’Allemagne envisage aujourd’hui de construire en urgence 40 nouvelles centrales au gaz (lire page 69).

« Le dernier parc d’éolien offshore attribué à … 66 €/MWh ! À retenir quand vous entendrez que “l’éolien offshore c’est cher” » :

                                             TROMPEUR !

Nicolas Goldberg, lobbyiste Columbus Consulting et activiste Terra Nova, Twitter, 24 septembre.

La moyenne de prix d’achat garanti de l’électricité des éoliennes en mer en France a été publiée par la CRE. Elle se chiffre à 185 euros le MWh. Partout dans le monde, les exploitants éoliens en mer se désengagent des appels d’offres, au point que celui d’Oléron en France n’a reçu aucune proposition. La raison : le coût de production d’un mégawattheure d’éolienne en mer a explosé ces dernières années. Dans un rapport publié en 2024, le cabinet Wood Mackenzie a évalué à 230 dollars/MWh le coût d’installation des éoliennes en mer plantées et à 320 dollars/MWh celui des éoliennes flottantes. Compte tenu de cette situation, le tarif à 66 euros/MWh accepté par TotalEnergies sous la pression des pouvoirs publics est avant tout une opération de communication. Il se traduira par de lourdes pertes pour l’entreprise publique et n’a aucune chance de se renouveler.

« Le parc nucléaire fait ses arrêts pour maintenance en été, nous avons alors besoin de davantage de renouvelables. La complémentarité des deux permet d’avoir de l’énergie tout le temps » :

                                                     FAUX !

Emmanuelle Wargon, présidente de la CRE, Le Figaro, 8 juillet 2025.

En été, la demande d’électricité est beaucoup plus faible en raison des vacances, des conditions météorologiques et d’une demande plus faible de l’industrie, etc. De ce fait, même avec les arrêts de centrales nucléaires, la production électrique classique (nucléaire, hydraulique, etc.) suffit amplement à répondre à la consommation. Le surplus de production lié aux énergies intermittentes ne sert pas à répondre à nos besoins, mais à nos exportations. Il est mensonger d’affirmer que les éoliennes ou panneaux solaires complètent le nucléaire. Il s’agit de sources d’énergies intermittentes et aléatoires. Elles produisent toujours trop ou trop peu.

« Non, l’intermittence ne provoque pas de black-out » :

                                          FAUX !

Marc Ferracci, ancien ministre de l’Industrie et de l’Énergie, post Linkedin, 20 juillet 2025.

Depuis des années, la fragilité grandissante des réseaux électriques basés sur une part importante de productions renouvelables intermittentes a provoqué des black-out un peu partout dans le monde (lire page 76). Que ce soit en Australie, au Texas, ou plus proche de nous en Espagne et au Portugal en avril dernier. Pour des raisons techniques d’absence d’inertie électro-mécanique, les éoliennes et les panneaux solaires ne peuvent pas stabiliser la fréquence et la tension d’un réseau électrique. Quand ils assurent une part trop importante de la production, le risque de black-out augmente. De nombreux spécialistes des réseaux s’inquiètent de la place trop importante des énergies intermittentes en Europe et estiment qu’il faut éviter d’approcher les 50 % de la production électrique.

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