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L’éolien n’a pas tous les défauts, il en a un seul qui le disqualifie

Les arguments anti-éolien sur la dégradation des paysages, la mort des oiseaux en grand nombre et même la consommation massive de matières premières sont contestables. Après tout, ils ne sont pas l’apanage des éoliennes. Mais le vrai problème est celui de leur inefficacité à produire une électricité abondante, fiable et bon marché. Article publié dans le numéro 9 du magazine Transitions & Energies.

Au fur et à mesure du développement de l’éolien en France, ses opposants deviennent de plus en plus virulents. Ils s’acharnent à trouver à cette forme d’énergie tous les défauts de la terre…

Tout d’abord, ils dénoncent la laideur 
de ses grands mâts dont la taille peut atteindre celle de la Tour Eiffel. Beaucoup
 de militants anti-éoliens se sont engagés à l’occasion d’un projet de parc éolien sur leur territoire. J’avoue que si un tel projet s’était profilé dans un de mes lieux de villégiature favoris, je serais moi-même devenu sans attendre un opposant farouche à cette forme d’énergie. Les pro-éoliens ont cependant trouvé une réponse à l’argument de la laideur: «Les éoliennes ne sont pas plus moches que les pylônes électriques, elles seraient même beaucoup plus élégantes. » L’argument est imparable… Com- bien de hangars, zones industrielles, poteaux téléphoniques et pylônes enlaidissent aujourd’hui nos paysages? Ils sont légion. Ils font partie de ces infrastructures indispensables qui soutiennent nos modes de vie et, à moins de vouloir retourner dans les siècles passés, il faut bien accepter que se transforme le paysage…

Massacre des oiseaux

L’argument du massacre des oiseaux et des chauves-souris vient ensuite. Les éoliennes sont responsables chaque année de la mort de milliers de volatiles. La LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) a estimé à 56.000 le nombre d’oiseaux périssant tous les ans par la faute des pales d’éoliennes. Moi qui suis depuis l’enfance un ornithologue amateur, je dois bien avouer que j’aurais bien envie de toutes les dynamiter! Mais, lorsque je suis sur la route, je sais bien qu’il m’arrive de percuter des oiseaux. J’en ai le cœur serré, mais n’ai jamais renoncé à utiliser ma voiture… Les éoliennes ne sont certainement pas le plus grand péril pour la gent ailée. Les chats domestiques tuent chaque année en France 70 millions d’oiseaux et entre 1,3 et 4 milliards aux Etats-Unis! Ces chiffres font froid dans le dos et relativise le pouvoir destructeur des éoliennes.

Un gouffre de matières premières polluantes

L’argument à la mode est que l’installation d’éoliennes consomme beaucoup de matières premières: du béton, de l’acier, de l’aluminium, du plastique, etc. En fin de vie, elles sont transformées en déchets à enterrer… Je dois bien avouer que sur les routes de campagne, je détourne le regard pour ne pas voir les décharges et les montagnes éventrées où travaillent les pelleteuses. Reconnaissons pourtant que toutes constructions humaines, les routes, les maisons, les immeubles, les barrages, les usines nécessitent des matières premières et qu’usées jusqu’à la corde, elles deviendront déchets.

Quotidiennement, nous profitons de la «technostructure» qui, en ayant besoin d’être entretenue et perfectionnée sans cesse, nous fournit ce travail qui est notre gagne-pain.

Inefficacité énergétique et économique

Ne nous acharnons pas à trouver à l’éolien tous les défauts de la terre. En réalité il n’en a qu’un seul! Un défaut qui suffit pour le disqualifier à jamais: il est un moyen totalement inefficace pour fournir une énergie électrique abondante et bon marché.

Il s’agit d’une source d’énergie intermittente qui nécessite de construire ou de conserver des unités de production pilotables (nucléaire, charbon, gaz…) ainsi que des infrastructures de stockage lors des périodes de surabondance d’électricité (lorsque le vent souffle beaucoup). La production d’électricité est renchérie par le simple fait de devoir conserver en parallèle plusieurs moyens de production de même capacité… La durée de vie des éoliennes, à peine vingt ans, est par ailleurs bien trop faible comparée aux unités de production pilotables qui, avec de l’entretien, deviennent octogénaires.

Pour produire une part très faible de nos besoins en électricité, le coût de l’éolien, comme l’a révélé la Cour des comptes, est par ailleurs absolument astronomique. Il y a un très important problème de gaspillage d’argent public et d’allocation des ressources. Qu’aurions-nous pu faire avec la même quantité d’argent? Sans doute réinvestir dans la filière d’excellence française du nucléaire ou développer de manière importante la géothermie, c’est-à-dire assurer, sur le long terme, l’approvisionnement en énergie électrique tout en faisant fonctionner notre économie plutôt que celle de la Chine. Et enfin, ce qu’il faut de bêtise pour vouloir décarboner à un coût exorbitant une production d’électricité qui l’est déjà!

Faut-il vraiment refaire la démonstration cent fois déjà faite que le développement de l’éolien ne répond en France à aucune logique? Le scandale n’est pas que l’on abîme nos paysages, que des oiseaux et des chauves-souris périssent, que l’on prélève des matières premières et que l’on produise quantité de déchets. Non, le scandale est que ces conséquences néfastes soient les effets secondaires d’une politique totalement absurde.

Bertrand Alliot

La rédaction

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