Transitions & Energies

Les embouteillages sont un signe fort d’inégalités sociales

Les embouteillages sont un signe fort d’inégalités sociales

La société néerlandaise TomTom, spécialisée dans les outils de navigation automobiles, a publié son classement annuel des villes les plus embouteillées en 2018. Les résultats compilés de 403 villes dans 56 pays sur 6 continents sont sans réelle surprise. Dans le monde, Bombay, Bogota, Lima, New Delhi et Moscou sont les métropoles les plus congestionnées. En France, Paris, Marseille et Bordeaux sont les villes où les conducteurs perdent le plus de temps, d’argent et de leur santé dans les embouteillages. Cela représente en Ile-de-France, 40 minutes perdues par jour en moyenne. Les embouteillages dans les villes concentrent toutes les nuisances du transport automobile et des moteurs thermiques. Mais vouloir chasser les voitures des villes n’est pas sans créer et approfondir les inégalités sociales. TomTom l’a découvert presque par hasard.

En fabriquant ses statistiques, TomTom a découvert quelque chose d’encore plus intéressant que les simples chiffres de temps passé dans les embouteillages. En Allemagne, les villes où les tarifs de location des logements sont les plus élevés et augmentent le plus rapidement sont également les plus affectées par les bouchons. TomTom n’a pas effectué le même travail statistique dans d’autres pays, mais il est plus que vraisemblable que cette corrélation entre prix de l’immobilier et embouteillages se retrouve fréquemment. Ainsi aux Etats-Unis, 7 des 10 villes avec les niveaux de loyers les plus élevés et 6 des 10 villes où le coût de la vie est le plus important se retrouvent dans la liste des 10 villes les plus congestionnées.

La conclusion de  TomTom est la suivante. Plus la vie coûte cher dans une ville, plus les populations les moins favorisées ont tendance à aller s’installer dans les banlieues et les zones périurbaines où le coût des logements et le coût de la vie sont plus faibles. Mais elles continuent souvent à venir au centre des villes pour travailler, pour rencontrer des clients, pour intervenir sur des chantiers… «La déconnexion entre le lieu de résidence et le lieu de travail» joue un rôle important dans les problèmes d’embouteillage des villes allemandes», écrit TomTom. Les embouteillages sont ainsi liés directement aux inégalités sociales et affectent plus particulièrement les catégories de population repoussées à l’extérieur des villes pour des raisons économiques.

Les villes essayent la plupart du temps de réduire les problèmes de congestion en se débarrassant des voitures à l’image, par exemple, de ce que fait la mairie de Paris. Elles entendent interdire rapidement les véhicules utilisant des moteurs thermiques. Tout cela peut sembler être des mesures progressistes et nécessaires pour réduire la pollution et les nuisances. Mais dans les villes qui conservent une activité économique importante en leur centre, cela revient à pénaliser les plus pauvres. Le message subliminal, ou pas, est que ceux qui viennent des zones périurbaines les plus éloignées, qui ont peu d’accès direct aux transports en commun et n’ont pas les moyens de s’équiper en véhicules récents et propres, ne sont pas les bienvenus dans les riches métropoles.

Si les villes veulent réduire la congestion automobile sans accroître la ségrégation sociale, elles doivent trouver le moyen de rapprocher des logements abordables des lieux de travail. C’est coûteux et pas forcément très populaire, mais certainement plus satisfaisant que d’assigner de fait à résidence les plus pauvres.

En ligne dès maintenant


Inscrivez-vous à la newsletter de Transitions&Énergies




Agenda

Les embouteillages sont un signe fort d’inégalités sociales
Qui fait quoi dans le monde de l’énergie