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La production d’électricité nucléaire à son plus bas niveau en France depuis trente ans

Centrale EDF Belleville

Confronté à une forte baisse de la consommation et à des problèmes d’organisation et de personnel liés à la pandémie, EDF réduit la production d’électricité nucléaire et modifie le plan de maintenance des centrales. L’objectif est d’assurer la production électrique nécessaire lors du prochain hiver.

L’électricité d’origine nucléaire, qui a représenté plus de 70% de la production l’an dernier en France, devrait être en 2020 à son plus bas niveau de puis 30 ans. EDF, confronté à une baisse, sans précédent, de la demande du fait de la pandémie, notamment dans l’industrie et les transports, a fortement réduit ses estimations de production.

L’électricien public a annoncé qu’il tablait sur une production d’environ 300 térawatts-heure (TWh) contre 375 à 390 TWh l’an dernier. A capacités comparables, le niveau de 300 TWh constituerait un plus bas historique pour la production nucléaire française. La crise sanitaire liée au virus a, à la fois, provoqué une baisse de la consommation d’électricité pouvant atteindre 20% par rapport aux niveaux habituels, mais elle perturbe également les opérations de maintenance des centrales et donc leur capacité de production.

Sécuriser la production alors du prochain hiver

«Dans ce contexte, EDF est en train d’adapter son programme d’arrêts pour maintenance afin d’ajuster au mieux ses capacités de production», annonce l’entreprise publique. Elle a aussi indiqué qu’elle souhaitait contribuer «à la sécurisation de l’approvisionnement en électricité pendant l’hiver 2020-2021» et que la production de plusieurs réacteurs «pourrait être suspendue cet été et cet automne, afin d’économiser le combustible de ces unités». EDF ne précise pas quels sont les sites potentiellement concernés.

«Il faut revoir tous les arrêts de tranche qui étaient envisagés dans le cadre du grand carénage ainsi que la gestion du combustible, ce qui n’est pas simple», a expliqué à l’agence Reuters une source proche de la direction. «Notre objectif, est de faire en sorte que les centrales soient capables de tourner l’hiver prochain. Mais si le virus revient à ce moment-là, la situation sera catastrophique», a ajouté cette source montrant que EDF doit se préparer aux scénarios les plus difficiles.

Yves Marignac, responsable du pôle nucléaire au sein de négaWatt et porte-parole de l’association, qui promeut les économies d’énergie et les renouvelables, explique à Reuters que les contraintes liées au coronavirus conduisent EDF «à devoir se projeter dans une situation potentielle de conflit entre la bonne réalisation des opérations de surveillance et de maintenance et la disponibilité des réacteurs sous l’angle de la sécurité d’approvisionnement».

Un réseau fragilisé par les productions renouvelables intermittentes

Le paradoxe est que la baisse de la consommation d’électricité est aussi une source de fragilité des réseaux. La part plus importante des productions intermittentes et aléatoires (solaire et éolien) contraint à pouvoir mobiliser à tout moment des capacités de production pour faire face à des baisses soudaines provenant de renouvelables.

C’est ce qu’expliquait le mois dernier Fatih Birol, le directeur de l’AIE (Agence Internationale de l’énergie), «les opérateurs des réseaux électriques doivent constamment balancer en temps réel l’offre et la demande. Les gens pensent généralement que les coupures de courant se produisent quand la demande est supérieure à l’offre. Mais de fait, certains des blackouts récents les plus spectaculaires se sont produits pendant des périodes de faible demande.»

Cela est notamment lié à l’importance grandissante des renouvelables qui pose de sérieux problèmes à la stabilité du système. Quand l’éolien et le solaire assurent une partie importante de la production électrique, le système doit être capable à tout moment d’activer d’autres moyens de production non intermittents, dits «pilotables». C’est une nécessité quand il n’y a plus de vent et plus de soleil. «Une part importante de vent et de solaire dans la production rend plus difficile le maintien de la stabilité du réseau… Cela illustre la nécessité pour les décideurs politiques d’évaluer soigneusement le potentiel disponible de sources flexibles dans les conditions extrêmes». La sécurité de l’approvisionnement électrique est ainsi assurée par des centrales au gaz, au charbon et au fuel et, notamment en France, par des centrales nucléaires. Mais si les unes et les autres sont utilisées de moins en moins souvent, elles sont de moins en moins rentables tout en étant pourtant indispensables. C’est également le cas des centrales hydroélectriques.

Pas de coupures de courant jusqu’au 1er septembre

EDF dispose aujourd’hui de 19 centrales nucléaires et 57 réacteurs en France après la fermeture de l’unité n°1 de Fessenheim (Haut-Rhin) et avant celle de l’unité n°2 prévue le 30 juin. Le groupe public estime que la production nucléaire annuelle française sera comprise entre 330 et 360 TWh chaque année en 2021 et en 2022.

EDF a par enfin décidé de «garantir la fourniture d’énergie à l’ensemble de ses clients particuliers en suspendant, jusqu’au 1er septembre 2020, toute réduction ou interruption de la fourniture d’électricité et de gaz ainsi que les pénalités de retard pour tous ses clients particuliers.» Pour ses clients en difficulté, le groupe s’est en outre engagé à «assouplir ses modalités et échéanciers de paiement».

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