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Peut-on croire à la transition énergétique chinoise?

Centrale au charbon Chine

La réussite de la transition est en grande partie entre les mains de la Chine qui est aujourd’hui, de loin, le premier producteur et consommateur au monde d’énergie et le premier émetteur de CO2. Pour tenir son engagement récent de parvenir à la neutralité carbone d’ici 2060, elle devra réaliser des investissements gigantesques de plus de 5.000 milliards de dollars, multiplier par 11 sa production d’électricité solaire et éolienne et faire passer de 4 à 325 millions le nombre de véhicules électriques sur ses routes.

Dans son discours à l’Assemblée générale de l’ONU le mois dernier, le président chinois Xi Jinping, a réussi à créer la surprise en s’engageant sur un objectif de neutralité carbone d’ici à 2060. C’est la première fois que la Chine se donne un tel objectif. Le pays s’y était jusque là toujours refusé, arguant qu’il était encore en phase de développement et ne pouvait pas accepter les mêmes contraintes que les occidentaux.

Reste à savoir si cet engagement correspond à autre chose qu’à la volonté d’améliorer l’image d’un pays considérablement dégradée par la pandémie de Covid-19. Il s’agissait aussi pour la Chine à la tribune de l’ONU de marquer sa différence avec les Etats-Unis de Donald Trump qui se sont désengagés des Accords de Paris.

Remplacer le charbon qui assure 58% de la consommation d’énergie

Une seule certitude, la réussite de la transition énergétique dépend bien plus de la Chine, de l’Inde et à terme de l’Afrique que des pays occidentaux. L’objectif chinois de 2060 semble moins ambitieux que la date de 2050 qui a été adoptée par l’Union Européenne et le Royaume-Uni, mais il est encore bien plus difficile à atteindre. C’est d’ailleurs pour cela que Beijing se refuse à se donner une date pour atteindre le pic d’émission et donne une indication, autour de 2030. L’Union Européenne s’est fixée 2025. Mais l’an dernier, avant la pandémie et ses conséquences économiques, les émissions de CO2 des pays européens avaient baissé en moyenne de 3,2% et celles des Etats-Unis de 3% tandis qu’elles augmentaient de 3,4% en Chine.

La Chine est aujourd’hui, de loin, le premier producteur et consommateur au monde d’énergie et le premier émetteur de CO2. Avec 18% de la population, elle produit 20% de l’énergie mondiale et en consomme 24%.Le pays est le premier producteur d’hydroélectricité, d’électricité solaire, d’électricité éolienne et surtout de charbon. Elle assure presque la moitié de la production mondiale (47,6%). La production d’aucune forme d’énergie est dominée à ce point par un seul pays que le charbon par la Chine. En Chine, le charbon représente 58% de la consommation totale d’énergie et pour le reste du monde 17% en moyenne.

Cela a évidemment des conséquences très importantes sur les émissions de CO₂  chinoises. Elles représentent 28,8% des émissions mondiales de CO₂ devant les Etats-Unis (14,5%) et l’Inde (7,3%).

Investissements gigantesques et changement économiques et sociaux majeurs

Maintenant, entre les promesses et la réalité, il y a souvent une marge. Surtout dans un régime totalitaire qui est celui d’un parti-Etat. La politique énergétique chinoise, jusqu’à aujourd’hui, ne se situe pas du tout sur une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre, contrairement aux pays occidentaux, y compris d’ailleurs les Etats-Unis. Le 14ème plan quinquennal, qui sera présenté en mars lors de la session parlementaire, changera peut-être cela. En attendant, comme le souligne l’agence Standard & Poor’s, «la transition énergétique chinoise cale sous l’effet Covid et les mesures de relance. Malgré la poursuite des investissements dans les renouvelables, les signes d’un retour au charbon pourraient s’accentuer à mesure que la géopolitique post-pandémique placera la sécurité énergétique au premier plan des préoccupations politiques.»

Si la Chine veut tenir son engagement, elle va devoir réaliser des investissements gigantesques et accepter des changements économiques et sociaux tout aussi importants. En est-elle capable et le pouvoir peut-il prendre le risque politique de freiner la croissance économique pour cela?

Une étude économique très récente réalisée par Wood Mackenzie, un cabinet international spécialisé dans les questions d’énergies et d’industrie, donne une idée de ce qu’il faudrait pour que la Chine atteigne la neutralité carbone dans 40 ans. Cela nécessiterait plus de 5.000 milliards de dollars d’investissements. Il faudrait d’ici 2050 multiplier par 11 la capacité de production d’électricité solaire et éolienne du pays à plus de 5.040 GW et le doter de capacités de stockage très importantes de cette électricité intermittente.

Programme nucléaire massif

Dans le même temps, toujours d’ici 2050, il faudra réduire de moitié l’utilisation du charbon (avec capture du carbone émis) et maintenir au même niveau qu’en 2019 celle du gaz naturel. Et il faudra également multiplier par 2,5 la capacité de production électrique pour atteindre 18.835 TWh.

Le problème que souligne Wood Mackenzie est la difficulté aujourd’hui d’accès à des technologies permettant à grande échelle d’avoir des alternatives bas carbone dans les transports et l’industrie. L’an dernier, les émissions de CO2 chinoises dans ces deux domaines ont atteint 5,7 milliards de tonnes, c’est-à-dire à peu près l’équivalent des émissions totales combinées des Etats-Unis et de la France.

L’électrification des usages devra être massive. Si le transport routier chinois doit être totalement électrifié, cela signifie que d’ici 2050, le nombre de véhicules électriques (à batteries ou hydrogène) devra atteindre 325 millions à comparer à 4 millions aujourd’hui. Et cela avec toutes les conséquences en matière de consommation de matières premières pour les batteries et les moteurs.

Dans l’industrie, la sidérurgie, la production de ciment, la chimie devront utiliser massivement l’hydrogène et recourir à la capture et au stockage du CO2 à une échelle tout aussi massive. La production d’hydrogène devra être multipliée par 5 pour atteindre 150 millions de tonnes d’ici 2050 et devra être répartie également entre hydrogène vert (produit par électrolyse avec de l’électricité décarbonée) et hydrogène bleu (produit avec du charbon et du gaz naturel mais avec capture du CO2).

Enfin, la Chine n’y arrivera pas sans également avoir recours à un programme massif de développement de l’énergie nucléaire, qui est d’ailleurs en cours. Le pays entend construire plus de 100 nouveaux réacteurs au cours des quinze prochaines années. Comme le résumait il y a quelques mois Le Monde de l’énergie, «la Chine considère le nucléaire comme le seul type d’énergie susceptible de remplacer le charbon à grande échelle pour la production d’électricité et d’assurer la sécurité d’approvisionnement du pays

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