Le chancelier allemand Friedrich Merz l’a admis publiquement le 14 janvier. Un coup de tonnerre dans le ciel énergétique outre-Rhin. Abandonner l’énergie nucléaire a été « une grave erreur stratégique » et l’Allemagne mène la transition énergétique la plus coûteuse au monde qui appauvrit sa population et lamine son industrie. « Il y a au moins trois ans, nous aurions dû laisser les dernières centrales nucléaires allemandes en service afin de conserver au moins les capacités de production d’électricité dont nous disposions à l’époque. Nous avons hérité d’une situation que nous devons maintenant corriger. Nous n’avons tout simplement pas assez de capacités de production d’énergie. Je ne connais pas un autre pays qui ait fait des choses plus coûteuses et plus compliquées que l’Allemagne », a ajouté Friedrich Merz.
La meilleure démonstration de l’impasse dans laquelle se trouve l’Allemagne, après avoir investi en deux décennies plus de 600 milliards d’euros dans sa révolution énergétique (Energiewende) et avoir tout misé sur les renouvelables intermittents, a été donnée il y a quelques jours par Eric Van Vaerenbergh, le Directeur général de Atenas Belgium. Il explique la contradiction insurmontable entre le fait d’avoir toujours plus de capacités de production électrique photovoltaïque et éolienne (ENRi) et dans les faits une production d’électricité décarbonée qui plafonne.
L’Allemagne a même enregistré une augmentation (symbolique) d’un gramme par KWh de ses émissions de carbone résultant de la production d’électricité entre 2024 et 2025 tout en ayant 58,5% de sa production qui provient des renouvelables, dont 47,2% pour les intermittents éoliens et solaires. Ces émissions sont passées de 334 grammes par KWh en 2024 à 335 grammes en 2025. Par comparaison, la France, dont la politique énergétique est tellement décriée par l’écologie politique qui prend en exemple l’Allemagne et prône des investissements massifs dans les ENRi, en est à 32 grammes de CO2 par KWh produit. Son électricité est décarbonée à 95% et est l’une des moins chères d’Europe. La France émet dix fois moins de carbone par kilowatt heure produit que l’Allemagne ! Et elle produit cette électricité décarbonée en surabondance sans devoir recourir aux centrales thermiques ou dépendre de ses voisins quand il n’y a pas de vent et de soleil.
Admettre la réalité
Mais l’opposition à l’énergie nucléaire est tellement constitutive de l’idéologie écologiste, en Allemagne comme en France, qu’admettre cette réalité est psychologiquement impossible pour les Verts. Autre illustration de l’impasse allemande, ce pays a été importateur net d’électricité en 2025 pour la troisième année consécutive, avec un solde import/export de 19TWh, ce qui est équivalent à la production de 3 réacteurs nucléaires de type Fessenheim… Dans le même temps et les mêmes conditions météorologiques, un peu moins froides en hiver et un peu plus ensoleillées en été, la France a battu elle un nouveau record de son solde import/export d’électricité à plus de 92TWh.
Rappelons qu’Emmanuel Macron a fait fermer définitivement les deux réacteurs de Fessenheim en Alsace, en parfait état, en 2020 pour satisfaire le lobby renouvelable et plus particulièrement Nicolas Hulot et aussi… le gouvernement allemand. Aujourd’hui le gouvernement Lecornu sous la pression du même lobby éolien tente par tous les moyens de promulguer une PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3) qui stipule des investissements massifs dans les ENRi absolument inutiles et qui déstabiliseraient encore une peu plus notre système électrique.
Déstabilisation des réseaux
Il y a un problème de fond que ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre les lobbys renouvelables pour des raisons idéologiques et plus encore d’intérêts particuliers. Accumuler les moyens de production et les équipements ne les rend pas plus performants… au contraire. Car l’intermittence reste la même. Et quand il n’y a pas de vent et pas de soleil (à commencer par le nuit), la rentabilité de ses équipements est encore plus problématique. La production brute d’électricité renouvelable allemande stagne depuis plusieurs années et chaque gigawatt supplémentaire de capacité produit de moins en moins d’électricité utile.
L’éolien et le photovoltaïque sont intermittents, non pilotables, et contraints par la saturation des réseaux liée notamment au fait qu’ils produisent toujours trop… ou pas assez. Dans le premier cas, celui de la surproduction, ils déstabilisent et fragilisent les réseaux et les marchés en faisant s’effondrer les prix. En revanche, quand les renouvelables intermittents ne produisent pas les prix s’envolent. Et l’accumulation de nouveaux équipements ne règle pas le problème. Elle l’aggrave. Car elle contribue à faire encore baisser le facteur de charge des renouvelables intermittents, déjà très peu élevé (moins de 25% pour l’éolien terrestre et 15% pour le solaire photovoltaïque en France), à mesure que les meilleurs sites sont déjà occupés.
Subventionner l’électricité pour sauver l’industrie
L’Allemagne a eu beau continuer à développer massivement son parc éolien et solaire, elle a consommé plus de combustibles fossiles (charbon, lignite et gaz naturel) pour produire de l’électricité en 2025 qu’en 2024 ! Et au passage, ce qui n’est pas un hasard, le coût de l’électricité en Allemagne est le plus élevé en Europe. Ce qui tend à démontrer une fois de plus que les renouvelables intermittents poussent mécaniquement les prix de l’électricité à la hausse. Du fait des subventions dont ils bénéficient, de la nécessité d’investir massivement dans les réseaux électriques et de leur intermittence qui contraint à avoir des équipements de production d’électricité en réserve, dits pilotables, qu’il est très difficile de rentabiliser.
Les prix de l’électricité en Allemagne ont plus que doublé au cours des dix dernières années. En octobre 2025, ils étaient pour les particuliers les plus élevés en Europe à 40,35 euros du KWh en moyenne à comparer à 25,24 euros en France. Et la situation est la même pour les entreprises au point que l’Allemagne va maintenant subventionner l’électricité pour tenter de soutenir et même sauver son industrie.
40 centrales à gaz construites en urgence
Sans surprise, avec des prix aussi élevés, l’électrification des usages est à la traîne. Un rapport réalisé à la demande du gouvernement allemand par la société de conseil BET et l’Institut d’économie de l’énergie (EWI) de l’université de Cologne montre que l’électrification des usages dans les transports, l’industrie, le chauffage… n’est pas au rendez-vous, comme d’ailleurs en France et dans de nombreux autres pays européens. Les experts estiment que la consommation électrique de l’Allemagne se situera entre 600 et 700 térawattheures (TWh) à l’horizon 2030. En 2023, elle avait été estimée par le gouvernement et l’Agence fédérale des réseaux à 750 TWh.
L’Allemagne qui dépend donc encore beaucoup des centrales à charbon et au lignite (un charbon encore plus polluant et de mauvaise qualité) a fait le choix de passer au gaz naturel pour ses centrales thermiques afin de réduire, un peu, ses émissions de gaz à effet de serre. Mais comme il n’est plus question d’importer du gaz russe, elle importe massivement du GNL (Gaz naturel liquéfié), notamment américain, extrêmement cher… Elle devrait devenir d’ici la fin de la décennie le quatrième importateur mondial de GNL derrière la Corée du Sud, la Chine et le Japon. Et le gouvernement du chancelier Friedrich Merz a donc annoncé il y a quelques mois la construction en urgence dans le pays de 40 centrales à gaz.














