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Investissement Vert

L’AIE demande à la France de mettre ses actes en accord avec ses discours


L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a beaucoup changé. Cette institution réputée pour la solidité et l’impartialité de ses analyses est devenue au fil des années plus politique et moralisatrice. Elle dénonce dans un dernier rapport les retards et les ratés de la transition énergétique en France. Qui sont bien réels. Elle reconnait aussi au passage que le pays a «le plus bas niveau d’émissions de CO2 par habitant parmi les économies avancées». Problème, l’Agence se montre bien moins pressante avec la Chine, les Etats-Unis, l’Inde et la Russie… Des pays dont l’impact sur les émissions de gaz à effet de serre dans le monde est sans commune mesure.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) est en pleine mutation. D’organisme reconnu pour la qualité et le sérieux de ses études, elle est devenue au cours des dernières années une institution moralisatrice et même parfois donneuse de leçons faciles. Manifestement, les discours du GIEC d’une multitude d’ONG et des militants climatiques déteignent sur l’institution basée à Paris. L’AIE, rattachée à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), fait aujourd’hui de en plus de politique et cultive clairement son image médiatique. Elle y gagne en notoriété et y perd en crédibilité.

Deux poids, deux mesures

Car le problème, comme pour tous les autres donneurs de leçons, est que l’AIE ne s’en prend pas vraiment aux pays dont le poids dans les émissions mondiales de CO2 a le plus d’impact sur le climat à l’image de la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, la Russie… mais à des cibles plus faciles. Un peu comme le fait Greta Thunberg.

Sa dernière cible a donc été la France dans le rapport qu’elle publie tous les cinq ans pour évaluer sa politique énergétique. Même si l’institution nage dans une certaine contradiction quand elle reconnait que la France a «le plus bas niveau d’émissions de CO2 par habitant parmi les économies avancées».

Dans le rapport publié le 30 novembre, l’Agence internationale de l’énergie estime que l’image et le prestige de la France sur les questions relatives à l’énergie et au climat masquent une réalité bien moins satisfaisante. Les discours et les actes ne s’accordent pas vraiment. Ce qui n’est pas contestable. «En 2021, la France ne respecte ni sa cible d’efficacité énergétique, ni celle en matière de développement des énergies renouvelables, ni non plus son objectif de la réduction des émissions de CO2, toutes trois fixées en 2015», écrit l’AIE.

Une programmation pluriannuelle de l’énergie et une stratégie nationale bas carbone pour la galerie

La France a la chance d’avoir une production électrique très largement décarbonée, grâce au nucléaire, et se repose sur ses lauriers. D’autant plus que l’essentiel de sa stratégie de transition a consisté jusqu’à aujourd’hui à remplacer de l’électricité nucléaire décarbonée par de l’électricité renouvelable décarbonée… Mais le reste des usages énergétiques est «dominé par les carburants fossiles» dans le secteur du transport notamment dénonce l’AIE. Comme tout les autres pays au monde…

Depuis la COP21 et l’Accord de Paris, la France est «largement vue au sein de la communauté internationale comme un précurseur de la transition énergétique», juge l’AIE. Mais pour autant, sa stratégie de transition énergétique tarde à prendre forme. La France s’est pourtant dotée de nombreux outils. Elle a adopté une programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et une stratégie nationale bas carbone (SNBC). Des textes qui sont en théorie des feuilles de route. En fait, il s’agit plus de documents de circonstances soumis aux calculs politiques et aux lobbys que de stratégies opérationnelles et crédibles. La création d’une filière hydrogène à coups de milliards d’euros ou la relance récente du nucléaire n’y figurent pas.

«Le pilier central» de la SNBC est l’efficacité énergétique rappelle l’AIE. Certes, les économies d’énergie sont une nécessité, mais la France ambitionne selon ce même document de diviser par deux sa consommation d’énergie finale d’ici à 2050, par rapport au niveau de 2012. Un objectif totalement irréaliste notamment quand l’électrification des usages et le développement de l’hydrogène se traduiront pas une plus grande demande d’énergie. La France ne se donne tout simplement pas les moyens de produire suffisamment d’électricité décarbonée pour répondre à ses besoins futurs et même immédiats et ne cesse, faute de courage politique, de repousser des prises de décisions indispensables. L’Agence exhorte donc le gouvernement à prendre enfin des décisions, engager des investissements de long terme et faire des choix.

Enfoncer les portes ouvertes

L’AIE juge qu’«en 2022, le gouvernement français devra prendre des décisions importantes pour que le pays soit sur la bonne voie pour atteindre son objectif de zéro émission nette en 2050… Le développement futur de l’approvisionnement électrique dans le pays nécessite une stratégie politique claire». La France se «rapproche d’un carrefour, alors que des décisions clés sur son futur système énergétique doivent être prises», affirme même Fatih Birol, le directeur exécutif de l’AIE. Il suggère donc «d’investir beaucoup plus dans l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire». Avec des conseils d’une telle originalité…

La rédaction

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