De nombreux pays à travers le monde sont affectés par la crise énergétique qui a éclaté à la suite des attaques américano-israéliennes contre la République islamique d’Iran et de l’utilisation par cette dernière de l’arme énergétique avec le blocage du détroit d’Ormuz et des attaques contre les installations pétrolières et gazières de ses voisins du Golfe persique. Cela a fait flamber les prix du pétrole et du gaz et créé la perspective de ruptures d’approvisionnement.
Mais la Chine, premier importateur mondial de pétrole, semble jusqu’à présent relativement épargnée en ayant fait de la sécurité d’approvisionnement l’axe majeur de sa politique énergétique depuis de nombreuses années, dans la perspective éventuelle d’ailleurs d’une guerre pour mettre la main sur Taiwan.
De très importantes réserves de pétrole et de gaz
La Chine a ainsi constitué d’importantes réserves de pétrole et de gaz ces dernières années. Les stocks de pétrole sont généralement estimés entre 1,3 et 1,4 milliard de barils et certains experts comme ceux de Gavekal vont même jusqu’à les estimer à 1,9 milliard de barils, soit plus que les stocks américains de 1,7 milliard de barils. Cela permettrait à la Chine de s’assurer deux années de consommation. Mais il faut être prudent, car le volume réel des stocks de pétrole chinois est un secret d’État. Les estimations sont à prendre avec des pincettes car elles sont basées sur des observations satellitaires de réservoirs de stockage, généralement situés à proximité des terminaux côtiers d’importation de pétrole. Comme les toits de ces réservoirs flottent sur le pétrole qu’ils contiennent, la longueur des ombres projetées sur les toits par les parois des réservoirs sur les photos satellites permet aux analystes d’estimer les niveaux de remplissage. À la fin de 2025, on estimait que ces réservoirs contenaient au moins 1,2 milliard de barils de pétrole brut.
La Chine n’a pas non plus réduit ses investissements dans le charbon, dont elle dispose de réserves abondantes dans son sous-sol et les a même accélérés que ce soit les mines ou les centrales thermiques. Les capacités de production de charbon en cours de développement à l’échelle mondiale s’élèvent à 2,27 milliards de tonnes par an, dont la moitié en Chine. La production annuelle actuelle est légèrement inférieure à 9 milliards de tonnes par an.
Le charbon et l’hydraulique
En 2015, le charbon représentait 69% de l’énergie primaire consommée en Chine. En 2024, ce chiffre était descendu à 56%, mais le volume réel de charbon consommé était plus élevé que jamais, simplement parce que la demande en électricité de la Chine a considérablement augmenté entre 2015 et 2024 (+17%). Toujours en 2024, la Chine consommait plus de charbon que le reste du monde… et en aura utilisé environ 5 milliards de tonnes l’an dernier.
Elle a continué à développer également l’hydraulique avec notamment le projet pharaonique et controversé lancé officiellement en juillet dernier du barrage de Motuo sur le fleuve Yarlung Tsangpo situé sur le haut plateau tibétain. Il sera quatre fois plus gros que le barrage des Trois Gorges sur le Yangtze qui est déjà le plus grand au monde. Pour donner un ordre d’idée, la puissance du barrage de Motuo sera 42 fois celle du nouveau réacteur nucléaire EPR de dernière génération de Flamanville… Le projet devrait donner un coup de fouet économique au pays notamment dans des secteurs comme la construction, le ciment et l’acier et évidemment apporter une nouvelle source importante de production d’électricité bas carbone. Mais il aura de très sérieuses conséquences environnementales et politiques. Notamment parce que le Yarlung Tsangpo, long de 2.900 kilomètres, devient le Brahmapoutre quand il traverse l’Inde et le Bangladesh. Deux pays très inquiets de voir la Chine prendre le contrôle d’une ressource en eau vitale pour eux…
Le solaire et l’éolien
Enfin, la Chine domine également et totalement toutes les filières industrielles de la transition énergétique le solaire, l’éolien, les batteries, les véhicules électriques, les pompes à chaleur, les électrolyseurs… et l’extraction et surtout le raffinage des minéraux stratégiques qui permettent de les fabriquer.
Cela a entraîné une baisse de la demande chinoise en pétrole raffiné, diesel et essence pendant les deux dernières années réduisant la dépendance du pays vis-à-vis des importations de pétrole et amenant les experts à penser que la demande chinoise en pétrole et en gaz pourrait avoir atteint son pic.
Cette stratégie de souveraineté méthodiquement mise en place est aussi devenu un atout géopolitique. Ainsi plusieurs pays asiatiques plutôt hostiles à l’impérialisme chinois, comme le Vietnam et les Philippines, confrontés à des pénuries de carburants, ont reçus en secours au cours des derniers jours des cargaisons chinoises de 260.000 barils de diesel et de 100.000 barils d’essence.
Le charbon utilisé massivement dans la chimie et moins pour produire de l’électricité
Evidemment, la Chine n’est pas totalement autosuffisante en matière d’énergie, loin de là. Elle continue à importer les trois quarts de ses besoins en pétrole et une grande partie de son gaz. Ces importations de pétrole ont même sensiblement augmenté l’année dernière, le pays ayant acheté d’importantes quantités de brut à prix réduit à l’Iran et à la Russie pour justement constituer des réserves.
Cette stratégie a été mise en place pendant la pandémie de Covid-19, tandis que le monde connaissait d’importantes perturbations des chaînes d’approvisionnement et que les relations entre la Chine et les États-Unis commençaient à se détériorer. Le gouvernement chinois a alors établi une doctrine officielle sur la manière de traverser les périodes de turbulences, qu’il a publiée dans la revue Qiushi du Parti communiste.
Bien qu’elle se soit officiellement engagée à réduire sa dépendance au charbon, la Chine a fait le contraire et utilisé le charbon, un peu moins pour produire de l’électricité, mais beaucoup plus comme substitut au pétrole et au gaz dans l’industrie. Pékin a fortement augmenté l’utilisation du charbon pour produire des produits pétrochimiques. Elle est passée de 155 millions de tonnes en 2020 à 276 millions de tonnes en 2024 et devrait avoir encore augmenté de 15% en 2025.
Une pensée stratégique
Un excellent exemple de cette stratégie est donné avec la production d’engrais azotés, essentielle pour assurer l’indépendance alimentaire du pays, qui ne peut se faire sans de l’ammoniac provenant soit du gaz naturel, soit du charbon. Et la Chine a fait le choix du charbon. Résultat, la Chine assure environ un tiers de l’approvisionnement mondial en engrais, dont près de 80% sont produits à partir du charbon. Tandis que les prix mondiaux des engrais ont augmenté depuis le début de la guerre en Iran, ceux de la production nationale chinoise sont restés stable.
Début avril, le président chinois Xi Jinping a rappelé la doctrine énergétique du pays. « Notre développement pionnier de l’énergie éolienne et solaire s’est désormais révélé visionnaire. Dans le même temps, l’énergie au charbon reste le pilier de notre système énergétique et devrait continuer à jouer un rôle de soutien », a-t-il déclaré.
En fait, contrairement à l’Europe la Chine a fait de longue date de la souveraineté énergétique et de la sécurité d’approvisionnement sa priorité même si elle ne dispose pas de ressources abondantes d’hydrocarbures comme les deux autres grandes puissances que sont les Etats-Unis et la Russie.














