L’un des problèmes les plus immédiats résultant de la guerre de l’énergie menée par la République islamique d’Iran est la rupture d’approvisionnement en produits pétroliers raffinés. L’Europe en général et la France en particulier ont décidé depuis de nombreuses années et plus ou moins sciemment de délocaliser une partie de l’activité de raffinage pétrolier. Les raffineries sont des usines polluantes, loin d’être appréciées par les populations locales et en plus assez peu rentables. Résultat, cette activité a été en quelque sorte sous-traitée à la Russie, qui nous a fourni jusqu’à 20% de notre approvisionnement, à des raffineries nord-américaines, turques, asiatiques et du Golfe persique. On en paye le prix aujourd’hui avec des tensions considérables sur les prix du diesel et du kérosène pour les avions. Il faut dire que sur ses deux produits « lourds », la France en importe pas moins de 50%… Et sur les 50% restant, 30% proviennent du Moyen-Orient. Ce n’est pas le cas pour l’essence qui est produite à 90% sur le sol national.
Ce n’est donc pas pour rien si les prix à la pompe du diesel sont supérieurs aujourd’hui à ceux de l’essence en dépit du fait que les taxes sur le diesel sont légèrement plus faibles. Ainsi, par exemple, pour un litre de carburant vendu deux euros, les taxes représentent 1,17 euro sur l’essence et 1,09 euro sur le diesel.
Des capacités de production supplémentaires extrêmement limitées
Pour tenter de calmer la colère grandissante des Français condamnés à remplir le réservoir de leur véhicule pour travailler ou tout simplement pour vivre (faire des courses, se soigner, étudier, avoir une vie sociale…), le gouvernement Lecornu tente donc de montrer qu’il fait quelque chose. En l’occurrence, il a demandé au début de la semaine aux raffineries françaises d’augmenter leur production.
Les industriels ont été ainsi invités à demander des autorisations pour doper leur production, avec garantie d’un traitement éclair du dossier, « en 72 heures ». Sauf que les capacités supplémentaires sont extrêmement limitées. On est dans de la pure communication gouvernementale.
Compenser 2 à 3% du déficit
La France dispose de six raffineries sur son territoire, d’une capacité annuelle totale d’environ 58 millions de tonnes de pétrole brut. Rhône Energies opére celle de Fos- sur-Mer, Petroineos celle de Lavera dans les Bouches-du-Rhône, TotalEnergies possède celles de Feyzin (Rhône) en photographie ci-dessus, de Donges (Loire-Atlantique) et de Gonfreville (Seine-Maritime). Enfin, le canadien North Atlantic a récemment racheté celle de Gravenchon (Seine-Maritime) à ExxonMobil. C’est la seule qui soit capable aujourd’hui de produire un peu plus. Elle s’est manifestée auprès de l’Etat pour recevoir l’autorisation d’augmenter sa production « jusqu’à 10%, sans investissements », a expliqué North Atlantic. Le site est le deuxième de France, avec une capacité annuelle de 12 millions de tonnes de produits pétroliers (21% du total tricolore).
Mais il ne faut pas rêver. Gravenchon devrait pouvoir produire jusqu’à 12.000 tonnes de kérosène et 15.000 de diesel supplémentaires par mois en fonction des qualités du pétrole brut traité. Cela permettra, dans le meilleur des cas, de compenser de 2 à 3% le déficit actuel en diesel et en kérosène.
Pour ce qui est des trois raffineries de TotalEnergies, principal raffineur sur le sol français, elles fonctionnent déjà à leur maximum. De plus, ces sites sont ajustés à un type de brut donné à partir duquel ils produisent dans des proportions assez figées différents produits (GPL, naphta, SP95, SP98, diesel, kérosène, bitume…), voire ci-dessous. Pour les modifier et donc produire plus de diesel, il faudrait procéder à des investissements importants. Et les proportions dépendent aussi des qualités de pétrole.
Le principe du raffinage du pétrole brut

Dans une raffinerie, le pétrole brut est chauffé à plus de 450°C ce qui le transforme en vapeur. Cette vapeur entre dans une colonne de distillation où la température diminue progressivement en montant. À mesure qu’elle s’élève dans la colonne la vapeur de pétrole se décompose. Les molécules les plus légères se retrouvent vers le haut et les plus lourdes se condensent dans le bas de la colonne.
Ce processus permet de produire les produits suivants dans l’ordre du plus léger au plus lourd : du GPL (Gaz de pétrole liquéfié), du naphta, de l’essence, du kérosène, du diesel, du fioul lourd et des résidus lourds comme le bitume et l’asphalte.














