Véritable coût des renouvelables, la Cour des comptes remet les pendules à l’heure

19 mars 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Solaire Eolien Wikimedia Commons
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Véritable coût des renouvelables, la Cour des comptes remet les pendules à l’heure

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Pour justifier l’injustifiable, c’est-à-dire la promulgation par décret le mois dernier de la PPE3 Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3), le gouvernement a multiplié les arguments douteux et même les mensonges. Il n’a pas cessé notamment d’affirmer que le développement massif des renouvelables intermittents (éolien et solaire), stipulé par le PPE3, ne ferait pas s’envoler les factures d’électricité et les dépenses publiques. Des « fake news » démolies par tous les experts sérieux. Même la Cour des comptes vient dans un rapport publié le 18 mars de montrer que le seul coût pour les finances publiques des subventions et des aides aux renouvelables intermittents est extrêmement élevé, près de 11 milliards d’euros l’an dernier, et ne peut qu’augmenter dans les prochaines années. Et tout cela pour une production d’électricité supplémentaire dont le pays n’a nul besoin. Il produit déjà en surabondance une électricité décarbonée à plus de 95%...

Après avoir promulgué par décret il y a un mois la trop fameuse PPE3, (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3), le gouvernement Lecornu a tenté de se justifier en multipliant les informations douteuses, parcellaires, les approximations et même les mensonges éhontés. On peut parler d’une stratégie de communication sciemment trompeuse. Le gouvernement a ainsi été jusqu’à caviarder le rapport interne d’EDF sur le coût économique et technique très élevé pour son parc nucléaire résultant de la nécessité de s’effacer face aux productions des renouvelables intermittents (éolien et solaire) qui sont prioritaires sur le réseau. Entre le pré-rapport de décembre 2025 et la version rendue publique le mois dernier, il manque un chapitre essentiel sur les coûts financiers de la modulation pour l’entreprise publique. Il a disparu par enchantement…

Pour en revenir aux « fake news » entendues sans cesse depuis un mois et la promulgation de la PPE3, il y a notamment les affirmations selon lesquelles les subventions et les aides aux renouvelables intermittents ne feront pas augmenter la facture d’électricité et la dépense publique. Sachant que les investissements massifs programmés dans les renouvelables intermittents seront non seulement extrêmement coûteux pour le contribuable et le consommateur, mais en plus totalement inutiles. La France produit aujourd’hui en surabondance une électricité décarbonée à plus de 95%… Au point qu’elle bat des records d’exportations d’électricité à ses voisins, parfois à n’importe quel prix.

La clarté dans la confusion

La Cour des comptes vient tout de même apporter un peu de clarté dans une confusion entretenue à dessin par le gouvernement avec un rapport de 113 pages publié le 18 mars. Il a un intitulé à rallonge : « Le soutien aux énergies renouvelables à travers les charges de service public de l’énergie ». Il concerne donc uniquement les aides et autres subventions payées par l’Etat et pas la facture d’électricité. Il faut souligner au passage que comme le rapport d’EDF sur le coût de l’effacement du nucléaire devant les renouvelables intermittents, celui de la Cour des comptes a été aussi rendu public après la promulgation de la PPE3. On comprend pourquoi le gouvernement Lecornu s’est précipité pour promulguer la PPE3 avant que des rapports indépendants et indiscutables viennent en illustrer la nocivité.

Justement le constat du rapport de la Cour des comptes est sans appel. La facture des énergies renouvelables pour les finances publiques est à la fois élevée, fluctuante et souvent injustifiée. La Cour dénonce ainsi pêle-mêle des « sur-rémunérations avérées », « les effets indésirables des modalités de soutien sur les marchés de l’électricité », « un contrôle insuffisant des producteurs », « des sanctions quasi-inexistantes », « des impact sur les finances publiques significatifs mais difficilement prévisibles » et « un transfert de la contrainte budgétaire infra-annuelle aux dépens de la trésorerie d’EDF ».

Les tarifs moyens d’achat de l’électricité produite « restent nettement plus élevés que les prix habituellement constatés sur les marchés de gros » qui sont de l’ordre de « 40-50 euros le MWh pour l’électricité et moins de 50 euros pour le gaz ». Et le terme utilisé par les magistrats de « nettement plus élevés » est un euphémisme. Ils expliquent que : « le soutien aux producteurs doit s’exercer au meilleur coût pour les finances publiques. Le code de l’énergie précise ainsi qu’il doit assurer une rémunération normale des capitaux investis, et donc éviter toute sur-rémunération… ».

266 euros le MWh pour le solaire photovoltaïque !

Les centrales sous obligation d’achat, dont toute l’électricité produite est achetée par l’Etat quelles que soient les conditions de marché, ont perçu en moyenne la somme extravagante de 174,8 euros le MWh en 2024. Elle se décompose de la façon suivante : 97 euros pour l’éolien terrestre, 211 euros pour le biogaz et enfin 266 euros pour le solaire photovoltaïque, soit plus de cinq fois le prix de marché ! Les centrales sous complément de rémunération, l’Etat compense l’écart avec les prix de marché quand il est inférieur à celui du producteur, ce qui est le cas la plupart du temps, ont touché en moyenne 73 euros le MWh. Ce qui semblerait presque raisonnable. Mais qui ne l’est pas quand on sait que le pays n’a pas besoin de cette production intermittente et qu’elle nécessite pour être distribuée des investissements massifs dans les réseaux et affecte fortement la maintenance et la rentabilité du parc nucléaire amorti d’EDF.

Selon la Cour des comptes et uniquement en métropole « les contrats de soutien à la production d’électricité d’origine renouvelable et à la production de biométhane ont représenté pour l’Etat un coût total cumulé de 26,3 milliards d’euros entre 2016 et 2024, soit un coût annuel moyen de 2,9 milliards d’euros ».

Près de 11 milliards d’euros en 2025

Mais le coût moyen n’a pas grande signification. Car pendant la crise énergétique de 2022 qui s’est prolongée jusqu’en 2023, l’Etat a reçu des recettes exceptionnelles sous forme de versements des producteurs éoliens et solaires d’une partie de leurs surprofits. La vraie facture est celle de 2025 qui est de 7,3 milliards d’euros, selon la dernière estimation de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Et encore, elle se monte à 10,9 milliards d’euros en intégrant l’Outre-mer. Et compte tenu de la promulgation de la PPE3, cette facture ne peut que continuer à augmenter…

L’évaluation de la Cour des comptes pour qui l’ensemble des contrats de soutien en vigueur représentait à fin 2024 des « engagements financiers à long terme pour l’État estimés à 87 milliards d’euros au sein des engagements hors bilan de l’Etat » est donc d’ores et déjà totalement dépassée.

Une politique énergétique contraire à l’intérêt général

La Cour a aussi fait un certain nombre de recommandations pour mieux contrôler le coût de soutien aux renouvelables. Mais on est au mieux dans des corrections à la marge comme « élaborer un plan d’audit des filières de production par la Commission de régulation de l’énergie et un tableau de bord de suivi de l’économie des principales filières soutenues budgétairement par l’État (ministère chargé de l’énergie ». Il s’agit aussi de « renforcer la clause de compétitivité prévue dans les cahiers des charges des appels d’offres en prévoyant par exemple, comme le recommande la Commission de régulation de l’énergie, la suppression systématique d’au moins 20 % des dossiers conformes déposés… » et « d’établir un plan de lutte contre la fraude… ».

Le problème de fond est tout simplement que la politique énergétique suivie depuis des années et amplifiée par la PPE3 est contraire à l’intérêt général et ne se fait au bénéfice que d’intérêts particuliers. Son coût est exorbitant pour les finances publiques, ce qui est totalement irresponsable compte tenu de la situation du pays, et il est tout aussi élevé pour les consommateurs d’électricité. Ces derniers devront, par exemple, payer via le Turpe (Tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité) les 200 milliards d’euros d’investissements dans l’adaptation des réseaux électriques nécessaires d’ici 2040. Et il sera presque impossible d’accélérer la fameuse électrification des usages, la clé de voûte de la transition énergétique, si les prix de l’électricité augmentent sans cesse… Aujourd’hui, l’électrification des usages est devenu uniquement un slogan répété sans cesse en espérant qu’il devienne réalité.

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