Il s’en sera fallu de peu. Tandis que la mesure était inscrite par le gouvernement dans le projet de loi de finances (PLF) 2026, la hausse de la fiscalité sur les biocarburants superéthanol-E85 et B100 a, finalement, été retoquée par les députés, et écarté de la mouture finale retenue par le gouvernement lors du recours au 49-3. L’augmentation des taxes de +380% et +400% sur les deux biocarburants d’origine agricole avait en effet suscité une levée de boucliers de la part des producteurs français de betterave ou de colza, soutenus par la FNSEA ; et, donc, par une partie des élus de l’Assemblée nationale.
Et pour cause. Cette hausse brutale de la fiscalité, qui aurait elle-même entraîné une augmentation d’environ 50 centimes d’euros par litre, avait été décrétée sans concertation ni études d’impact par le gouvernement Lecornu. Une décision qui, si elle avait été suivie d’effet, se serait inscrite à contre-courant des habitudes des automobilistes comme des objectifs climatiques français. Pour des raisons tant budgétaires qu’écologiques, le carburant E85 est en effet plébiscité par quelque 400.000 automobilistes français – un chiffre en hausse constante.
Les dangers du tout électrique
Initialement défendue par le gouvernement de Sébastien Lecornu, la hausse de la fiscalité sur les biocarburants ne sera donc pas pour tout de suite. Mais le seul fait qu’une telle mesure ait été proposée – et défendue par l’exécutif – interroge, en ce qu’elle témoigne d’une orientation politique vers le « tout électrique » aussi manifeste qu’incongrue. Si une telle vision énergétique se défend, force est en effet de constater qu’elle se heurte, pour l’heure, au mur du réel.
A commencer par l’écart, grandissant, entre la production et la demande électriques françaises. Comme l’a révélé le dernier bilan du gestionnaire du réseau RTE, la France est, avec 538 térawattheures (Twh) d’électricité produite en 2024, en situation de surproduction chronique. Une surcapacité qui pourrait, toujours selon RTE, conduire à un « surdimensionnement pérenne du parc de production » français. L’incertitude est d’autant plus grande que l’on ignore toujours, à l’heure actuelle, quelles seront les orientations de la future programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), dont le gouvernement retarde la publication depuis de longs mois.
Un répit pour une filière agricole importante
Ce flou institutionnel a des répercussions très concrètes. Ainsi de la décision, récemment entérinée par la Commission européenne, de renoncer à l’objectif d’interdire la vente de voitures neuves à moteur thermique dès 2035. Ou encore des difficultés croissantes de certains secteurs économiques qui naviguent, par la force des choses, à vue : la hausse annoncée des taxes sur les biocarburants a ainsi fait bondir de nombreux transporteurs routiers, par ailleurs déjà « sur la corde raide », incitant certains à renoncer ou repousser leurs investissements en faveur de nouvelles flottes de camions roulant au B100.
L’annulation, au dernier moment, de la hausse de la fiscalité sur les biocarburants E85 et B100 sonne donc comme un répit pour une filière agricole qui représente 30.000 emplois en France, répartis sur une centaine de sites industriels. Non seulement la production des biocarburants E85 et B100 génère des revenus pour 120.000 agriculteurs français, mais elle permet aussi d’éviter d’importer deux millions de mètres cubes de carburants fossiles par an – ce qui représente un gain annuel, pour la balance commerciale française, de 1,5 milliard d’euros.
Ne pas opposer alimentation et énergie
Produire et transformer en France le colza utilisé pour la fabrication des biocarburants permet également d’éviter l’importation de produits agricoles de moindre qualité ; notamment en provenance des pays d’Amérique du Sud, dans un contexte d’opposition continue à l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Et s’il est parfois reproché à cette approche de servir notre souveraineté énergétique au détriment de notre souveraineté alimentaire, les faits contredisent cette critique.
Car, contre-intuitivement, opposer cultures à vocation alimentaire et cultures à vocation énergétique n’a pas de sens. Les filières industrielles qui transforment le blé, le colza ou la betterave produisent simultanément de l’énergie et des protéines végétales. La France couvre ainsi plus de la moitié de ses besoins en protéines pour l’élevage grâce aux drêches et tourteaux de colza issus de ces productions dites « énergétiques » (55%, contre 30% en moyenne au niveau européen). Cette synergie constitue donc un atout majeur, qu’une hausse de la fiscalité sur les biocarburants viendrait fragiliser.













