Automobile: on fait dire ce que l’on veut aux statistiques

29 janvier 2026

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Charging electric cars Wikimedia commons
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Automobile: on fait dire ce que l’on veut aux statistiques

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A en croire les titres de bon nombre de médias, les ventes de véhicules électriques s’envolent et ont maintenant dépassé en Europe celles des voitures à motorisation à essence. C’est exact… mais uniquement au mois de décembre dernier avec un écart de 1.406 véhicules en faveur de l’électrique. Et sur l’ensemble de l’année 2025, l’essence a un million de ventes en plus. Cela ne signifie pas que le mois de décembre n’a pas marqué une première et une évolution notable, mais qu’on ne peut pas en conclure que la motorisation électrique domine maintenant le marché automobile. Sauf à vouloir manipuler l’opinion…

« Les seules statistiques dans lesquelles vous pouvez avoir confiance sont celles que vous avez falsifié vous-même ». Cette citation célèbre est attribuée à Winston Churchill. Et elle n’a pas perdu de sa pertinence. On vient d’en avoir encore la démonstration avec les derniers chiffres de ventes automobile en Europe. L’erreur consiste à croire que les chiffres ne mentent pas…

En pratique, il est facile de trouver des statistiques qui soutiennent presque tous les points de vue et il suffit de les calibrer pour cela, de les manipuler en jouant sur les ordres de grandeur, sur les durées et même sur les sources. Sans parler évidemment de la présentation des infographies qui peut totalement fausser les impressions, notamment de progressions et de reculs en fonction des échelles choisies.

Dans les années 1970, Alexandre Soljenitsyne mettait en garde contre les ravages du mensonge pour une société. Il parlait évidemment alors de l’URSS et de questions bien plus graves que des statistiques automobiles. Mais il appelait à la vigilance car quand les faits perdent leur valeur, lorsque les statistiques sont manipulées et les discours officiels deviennent de la pure mise en scène, la société flotte dans une irréalité qui la mine.

Evolution notable, pas un basculement du marché

Pour en revenir à l’automobile, l’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA) vient donc de publier le 27 janvier ses statistiques pour décembre 2025. Et pour la première fois, le nombre de véhicules électriques à batteries vendus neufs (217.898) a dépassé celui des véhicules à motorisation à essence immatriculés dans le même temps (216.492) dans les 27 pays de l’Union Europénne (UE). C’est une évolution notable à souligner, mais pas le basculement majeur qu’on essaye de nous faire croire. Et elle tient en partie au fait que les constructeurs ont fait immatriculer en décembre bon nombre de véhicules électriques par les concessionnaires pour atteindre en 2025 un quota qui leur évite des amendes de la Commission européenne, liées au niveau de leurs émissions moyennes de CO2 par véhicule vendu dans l’année. Une pratique très courante.

On comprend bien aussi que les constructeurs automobiles mais aussi les institutions européennes et la plupart des gouvernements des pays européens tiennent absolument à démontrer, avec l’aimable relais des médias, que la marche forcée vers la motorisation électrique est un succès. Et ils sont prêts à tout ou presque pour cela, notamment les manipulations statistiques. Même si la Commission européenne a fini par revenir, très symboliquement, en décembre, sur l’obligation de cesser toute commercialisation de véhicule à motorisation à combustion interne d’ici 2035.

Le rebond spectaculaire du marché allemand qui s’était effondré en 2024

Maintenant, si les ventes de véhicules électrique ont connu une progression sensible l’an dernier (+29,9%), notamment en se remettant de l’effondrement du marché allemand en 2024 avec l’abandon temporaire des subventions pour des raisons budgétaires, les véhicules thermiques essence sont encore restés loin devant. Ils ont représenté 2,88 millions d’immatriculations contre 1,88 million de véhicules électriques, même s’ils ont reculé de 18,7% par rapport à 2024. A noter que les ventes de voitures 100% électriques ont augmenté en Allemagne en 2025 par rapport à 2024 de 43,2% passant de 380.609 immatriculations à 545.142. Il y a bien eu un rebond spectaculaire après le rétablissement des subventions et des aides à l’achat.

Mais ce qui domine le marché européen dans son ensemble n’est ni l’électrique, ni le thermique à essence, mais le mélange des deux… à savoir l’hybride. Avec 3,73 millions d’immatriculations en 2025, cette catégorie a capté 34,5% des parts de marché, le double des véhicules 100% électriques et encore sans tenir compte des hybrides rechargeables (9,4%). Dans l’ordre (voir l’infographie ci-dessous), les motorisation à essence suivent (26,6%), les 100% électriques (17,4%), les hybrides rechargeables (9,4%), les diesel (8,9%) et les autres (3,3%) qui sont les GPL, les hydrogènes…

Les hybrides rechargeables et non rechargeables ont près de 44% du marché

Part des immatriculations de véhicules neufs en Europe en 2025 en fonction des types de motorisations. Source : ACEA.

Il faut souligner enfin que les statistiques à l’échelle de l’Europe n’ont pas grande signification tant les disparités entre pays sont considérables.

La Norvège (qui n’est pas dans l’Union Européenne) atteint des sommets avec 96% de véhicules électriques sur l’ensemble de l’année 2025 tandis que la Bulgarie n’a pas franchi le seuil des 5% à 4,9% exactement. L’Allemagne est à 19%, le Royaume-Uni (hors UE) à 23%, l’Espagne à 8,8% et l’Italie à 6,2%. En France, sur l’ensemble de l’année les électriques ont représenté exactement 20% des ventes neuves, les hybrides, rechargeables ou pas, 50,5% avec 824.781 immatriculations, les essence 21% et les diesel 4,9%.

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