Les promoteurs éoliens osent tout, c’est même à cela qu’on les reconnait

23 janvier 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Eoliennes Wikimedia Commons
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Les promoteurs éoliens osent tout, c’est même à cela qu’on les reconnait

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Le puissant promoteur allemand d’éoliennes, le groupe Windstrom, a traîné en justice un petit village de 200 habitants de Charente-Maritime, Puyrolland qui se trouve entre La Rochelle et Angoulême. Il lui réclame la somme extravagante et sans précédent de 44 millions d’euros pour entraver la construction de son parc éolien… Il oublie au passage de dire que pour amadouer les habitants du village et les propriétaires de terrains, il leur avait fait des promesses qu’il n’a jamais tenu. Mais une fois obtenue l’autorisation préfectorale, Windstorm s’est comporté en terrain conquis et occupé. Windstrom est d'ailleurs coutumier du fait au point de susciter des critiques sur ses méthodes brutales y compris dans les milieux très favorables aux éoliennes. Ainsi, son projet à Puyrolland n’a cessé de prendre de l’ampleur avec des éoliennes toujours plus massives et des demandes de voies d’accès devenues destructrices. Et pour parvenir à ses fins, il a décidé d'intimider.

La campagne française n’appartient plus aux communes, aux élus et aux habitants mais aux promoteurs et opérateurs de parcs éoliens. Et s’ils entravent la construction de parcs éoliens qui certes ont obtenu l’aval des autorités préfectorales, mais ont changé de dimensions, ils s’exposent à des poursuites, des intimidations et des pressions considérables. Telle est en substance le message envoyé par le très puissant groupe éolien allemand Windstrom. Il réclame la somme extravagante et sans précédent de 44 millions d’euros en justice à la municipalité de Puyrolland, petit village de 200 habitants de Charente-Maritime, et à 50 propriétaires de parcelles. Il leur reproche d’avoir renoncé à son projet d’implantation, ce qui est faux, et d’en entraver la construction, ce qui est vrai.

Windstrom est coutumier des passages en force, des menaces et de se comporter en terrain conquis et occupé. Il traite souvent par le mépris les habitants des communes où il construit et exploite ses parcs. Au point d’ailleurs, de susciter des critiques au sein même des milieux partisans des éoliennes. Windstrom ne communique pas, n’a pas de version française de son site internet, pas d’agences en région et refuse tout contact avec la presse. Fondé en 1992 près d’Hanovre pour profiter de la révolution énergétique allemande (Energiewende) construite sur le tout renouvelables, le groupe est aujourd’hui à la tête d’un parc de 472 éoliennes installées en Europe avec une capacité de production supérieure à un Gigawatt. Et il tente par tous les moyens ou presque de poursuivre son développement.

« Préjudice lié au retard d’exécution… »

Pour en revenir à l’affaire de Puyrolland, le groupe allemand traîne devant le tribunal civil de Saintes la municipalité pour lui avoir refusé les autorisations de voirie nécessaires à l’acheminement de sept éoliennes de 180 mètres de hauteur jusqu’aux parcelles où elles doivent être installées. La logique de Windstrom est celle de l’intimidation. « Leur objectif est de faire peur aux administrés », explique Olivier Chambord, l’un des avocats de la commune. « On se bat contre beaucoup plus fort que nous », reconnait Thierry Giraud, maire sans étiquette de Puyrolland depuis 1995. Illustration, Windstrom a pris pour avocat l’ex-ministre Jean-François Copé qui appartient au cabinet Everlaw & Tax. Ce dernier, actuel maire de Meaux (Seine-et-Marne), a même contacté le préfet de la Charente-Maritime au nom de WindStrom. Ce qu’il a confirmé au Parisien.

Avec son « action en désenclavement », WindStrom espère obtenir des servitudes de passage et construire son parc. A défaut, il réclame donc 44 millions d’euros pour compenser son « préjudice lié au retard d’exécution du projet », qu’il évalue à 6,5 millions d’euros par an. Ce qui au passage illustre la rentabilité hors norme de ce type d’investissement ! Une fois installé, le parc éolien devient une rente avec une garantie de prix pour l’électricité produite, supérieure dans la majorité des cas au prix du marché, et avec un accès prioritaire au réseau. Et quand cela n’est pas possible pour cause de saturation du réseau, le producteur éolien est dédommagé. Cette situation de surproduction grandissante de productions renouvelables intermittentes n’est pas d’ailleurs sans poser de sérieux problèmes techniques et économiques au parc nucléaire contraint de s’effacer pour laisser la place aux productions éoliennes et solaires.

Intimidation juridique

Pour tenter d’arriver à ses fins et obtenir des conditions d’accès permettant de faire passer ses camions avec des pâles de 60 mètres ce qui nécessite de renforcer la voirie, araser les haies et empiéter sur les champs, WindStrom a choisi l’intimidation juridique et financière. En l’espace d’un an, l’opérateur est passé de dommages estimés à 93.000 euros puis à 1 million d’euros et depuis avril dernier à 44 millions d’euros… En comparaison, le budget annuel de la commune est de 150.000 euros.

Le groupe allemand avait aussi porté l’affaire devant la justice administrative… mais sans succès. Le 4 décembre dernier, la cour administrative d’appel de Bordeaux, statuant en référé, a rejeté son recours. WindStrom a depuis formé un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État. Il est vrai que le Conseil d’Etat prend souvent des décisions très favorables aux promoteurs éoliens. Sans doute pour des raisons idéologiques

Des promesses très vite oubliées

Validé par arrêté préfectoral le 18 octobre 2019, le parc des Chênaies Hautes devait voir le jour sur trois communes près de La Rochelle, dont donc celle de Puyrolland. Mais une fois obtenue l’autorisation administrative, Windstrom n’a pas vraiment tenu ses promesses envers les communes. « Ce sont eux qui nous ont démarchés. Avant de venir en mairie, ils étaient déjà allés voir les propriétaires de parcelles, souvent des agriculteurs, qui y voient une source de revenus » explique à Ouest-France Thierry Giraud qui est lui-même agriculteur.

En 2016, il avait ainsi signé avec Windstorm « une promesse de bail et de servitude », pour permettre la réalisation du parc en échange de plusieurs contreparties promises par le promoteur. Notamment une aide pour rénover l’église du village et le financement de chèques énergie pour les habitants… « Sauf qu’il n’y a rien eu de concret (…) Nous n’étions pas enchantés d’avoir des éoliennes, alors nous ne voulions pas que le sacrifice soit vain. Nous leur avons donc demandé de faire des efforts. Leur réponse a été de nous emmener au tribunal », affirme le maire.

« Passage en force »

« Tous les coups sont permis. Le projet nous a été présenté au début des années 2010. Sauf que les éoliennes sont toujours plus grandes, toujours plus grosses, avec des pâles de 60 mètres… La dimension des engins nécessaires à leur installation est telle qu’ils doivent couper des haies, élargir et consolider les voies d’accès en rognant sur les champs attenants », ajoute Thierry Giraud au Parisien.

Patrick Beslin, président de l’Association foncière de remembrement de Puyrolland qui fédère 200 propriétaires, dont ceux assignés en justice, raconte la même histoire. « Ils nous ont d’abord parlé d’études de faisabilité. Puis il a fallu dire « Amen » à tout. Il y a eu un passage en force ». Patrick Beslin a été lui-même assigné par WindStrom tout comme… ses parents décédés.

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