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Les 110 km/h sur autoroute, une question politique pas technique

Les 110 km/h sur autoroute, une question politique pas technique


Selon une étude du Commissariat général au développement durable, abaisser la vitesse maximale sur autoroute de 130 à 110 km/h permettrait de réduire de 2% par an les émissions de CO2 provenant de la circulation des automobiles. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Depuis deux ans, la question de la limitation à 110 km/h au lieu de 130 km/h de la vitesse maximale sur les autoroutes revient à intervalles réguliers. Dans son inventaire à la Prévert de propositions plus ou moins sérieuses, la Convention citoyenne pour le climat en avait fait une de ses mesures phares, Elisabeth Borne, alors ministre de la Transition écologique, y était favorable, Emmanuel Macon avait dit non. Il se souvenait bien de l’impact politique et social de la décision imposée par son Premier ministre d’alors, Edouard Philippe, de ramener en 2018 de 90 km/h à 80 km/h la vitesse maximale sur les routes secondaires. Cette mesure n’avait pas été pour rien dans le déclenchement spontané de la révolte des Gilets jaunes.

La Fake news d’Agir pour l’environnement

Mais la nécessité de limiter la consommation d’énergie et son poids sur le budget des ménages, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de donner des gages sur la volonté de mener une politique «écologique» a suffi à ramener au premier plan la question des 110 km/h. Une sorte de ballon d’essai. Cela a été encouragé par un sondage plus que contestable réalisé par l’Ifop à la demande de l’association Agir pour l’environnement. Cette dernière a publié en mai dernier un communiqué triomphal : «63 % des Français prêts à réduire leur vitesse sur autoroute». Sauf que la question réellement posée dans le sondage était la suivante: «Vous personnellement, seriez-vous prêt à réduire votre vitesse sur l’autoroute à 110 km/h, spécifiquement dans le but de réaliser des économies de carburant?». On peut parler de fake news… Car l’objet de la question n’était pas de savoir si les personnes sondées étaient prêtes à rouler à 110 km/h, mais si elles étaient prêtes à le faire… pour réduire leur consommation.

Un sondage plus ancien, publié en juin 2020, donnait des résultats totalement contraires à celui publié par Agir pour l’environnement. Réalisé par Odoxa-Dentsu pour France Info et le Figaro, il montrait que les trois-quart des Français (74%) étaient opposés à la mesure. Même les sympathisants d’Europe Écologie-Les Verts n’y étaient favorables qu’à 47% ! Pas moins de 69% des personnes interrogées considèraient que la mesure allongerait leur temps de déplacement et 66% y voyaient une décision technocratique prise par des personnes qui ne comprennent rien à la vie quotidienne des Français.

Pour bien mesurer l’impact de la mesure, il faut aussi prendre en compte le fait que la vitesse moyenne aujourd’hui des voitures sur autoroute, compte tenu de nombreux facteurs, la circulation, la météorologie, le comportement des conducteurs…, est de 118 kilomètres heures. Cela signifie que les gains seraient bien moins importants que ceux théoriques de baisse de consommation entre un véhicule roulant de manière constante à 130 kilomètres heure et un autre à 110 kilomètres heure. Ils sont alors compris selon les véhicules et les carburants entre 20 et 25%.

L’étude du Commissariat général au développement durable

Sur le fond, celui de la baisse réelle de consommation de carburant et des émissions de CO2, la mesure des avantages et des inconvénients d’une réduction de 20 km/h de la vitesse maximale autorisée sur autoroute pour les voitures a été apportée en 2018 par une étude très sérieuse du Commissariat général au développement durable. Il ne peut pas être suspect de défendre un quelconque lobby et dépend du ministère de la Transition écologique. On aurait même pu considérer que, comme certaines agences gouvernementales, il aurait un parti pris idéologique et politique anti-voitures. Ce n’est pas le cas. Les chiffres de l’étude sont ceux de 2018, mais les ordres de grandeur restent aujourd’hui les mêmes. L’étude montre la chose suivante. Une baisse de 20 kilomètres heure de la vitesse maximale sur autoroute permettrait de faire des économies de carburant de 360 millions d’euros par an. Mais le coût de la perte de temps, le temps c’est de l’argent, est évalué à 1.150 millions d’euros. Economiquement, la mesure ne présente donc aucun intérêt.

Reste la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Elle est calculée par le Commissariat général au développement durable à 1,45 million de tonnes de CO2 par an. Ce chiffre est à comparer aux 70 millions de tonnes émises tous les ans en France par les voitures en circulation (130 millions de tonnes pour l’ensemble du transport routier). Cela signifie que la baisse des émissions de carbone serait de 2% en ramenant la vitesse maximum sur autoroute de 130 à 110 km/h. Le jeu en vaut-il la chandelle ? La réponse est uniquement politique.

 

 

 

 

 

La rédaction

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