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UFC-Que Choisir dénonce les errements des diagnostics énergétiques


La rénovation énergétique des bâtiments devrait être la grande priorité de la transition énergétique, bien avant la production électrique, déjà décarbonée en France, ou même les transports. Mais elle s’est égarée depuis des années dans les méandres de procédures administratives qui changent sans cesse et de l’inefficacité des normes et des aides. Dernier épisode, l’association UFC-Que Choisir vient de publier une enquête approfondie montrant que les diagnostics de performance énergétique (DPE) des logements, la base du système, ne sont absolument pas fiables.

La politique publique de rénovation énergétique des bâtiments est devenue en France au choix un gag permanent ou une tragédie. Une série ininterrompue depuis de nombreuses années d’échecs, de dysfonctionnements, de réformes inachevées, d’effets d’annonce… Et pourtant avec pas moins de 44% de la consommation finale d’énergie et 27% des émissions de gaz à effet de serre du pays, le secteur du bâtiment (résidentiel et non résidentiel) devrait être une priorité absolue de la transition.

Une enquête d’UFC-Que Choisir rendue publique le 22 septembre montre une fois encore les errements des diagnostics de performance énergétique (DPE) des logements. Une véritable catastrophe, car la DPE permet de classer les logements en fonction de leur consommation d’énergie et donc de déterminer ceux qui sont des passoires thermiques et ne pourront plus à terme être loués. L’association demande au gouvernement de revoir et vite le processus de certification des professionnels.

Le nouveau mode de calcul n’a réglé aucun problème

D’ores et déjà depuis le 24 août, les propriétaires de logements à étiquette énergétique F et G ne peuvent plus augmenter les loyers. Cela représente 17% du parc de résidences principales. Et à partir de 2025 pour les F et 2028 pour les G, il ne sera tout simplement plus possible de les louer.

Et ce n’est pas la première fois que UFC-Que Choisir dénonce la DPE. Dans une enquête parue en 2017. Avec la mise en place d’un seul mode de calcul à partir de juillet 2021, le ministère du Logement avait alors promis que le nouveau DPE serait «plus fiable». Ce n’est pas vraiment le cas… «Notre étude met en évidence des notes parfois à géométrie variable en matière de DPE mais également de travaux conseillés», souligne Gwenaëlle Lejeune, juriste de l’association.

Cette dernière a fait réaliser 34 diagnostics dans sept maisons situées dans différentes régions de France. Chacune des maisons a fait l’objet de quatre ou cinq DPE différents, tous réalisés par des entreprises figurant sur le site gouvernemental qui recense les diagnostiqueurs certifiés. L’UFC-Que Choisir constate d’importantes différences selon les professionnels sollicités. Six des maisons «ne se sont pas vues reconnaître la même classe énergétique», indique l’association. Pour l’une d’elles, l’écart est de trois classes puisque les notes vont de B à E, «alors qu’elle est basse consommation», note l’association.

Des travaux recommandés dont les coûts vont de 1 à 10

Cette différence a de lourdes conséquences sur le prix de vente ou de location et sur l’estimation des factures de consommation d’énergie. Surtout, «la pertinence du DPE est plus que jamais indispensable compte tenu des conséquences d’une qualification du logement en tant que passoire thermique». La loi Climat prévoit en effet l’interdiction de louer les logements les plus mal isolés dès l’année prochaine.

De la même manière, dans leurs diagnostics, les entreprises ne recommandaient pas toutes de réaliser les mêmes travaux avec des différences considérables. Les professionnels sont «incapables de tous s’accorder sur la principale source de déperdition de chaleur des logements», UFC-Que Choisir. «Pour un même bien, le DPE d’un diagnostiqueur indique que les murs pèsent pour 49% dans la déperdition de chaleur du logement, quand celui de l’un de ses concurrents indique qu’ils ne pèsent que pour 19%.» Résultat: «Les estimations de travaux jugés essentiels pour une même maison varient d’un peu plus de 3.000 euros à 10 fois plus pour un autre diagnostiqueur».

Avec cette enquête, le constat est sans appel. La certification des professionnels ne fonctionne pas et les diagnostics réalisés sont problématiques. Cela signifie que le système dont le lancement a été retardé à plusieurs reprises n’est pas prêt de fonctionner correctement. Puisqu’avec la nouvelle formule du DPE mise en place en juillet 2021, les acquéreurs ou locataires peuvent contester le bilan réalisé s’ils estiment qu’il est erroné. On peut imaginer qu’un grand nombre va contester des diagnostics qui ne conviennent pas, à tort ou à raison. Et UFC-Que Choisir demande que la contestation puisse s’étendre aux travaux préconisés…

La rédaction

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